Longuè Longuè, “Ma vie en prison, c’était les pleurs tous les jours

L’artiste musicien parle de ses premiers jours de liberté au Cameroun. Il revient sur les conditions de sa libération en France, sa vie en prison, son état d’esprit actuel et ses projets. 

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Comment avez-vous apprécié votre accueil au pays?

Elle était fantastique, magnifique. Le public a répondu présent. Les fans étaient là. Mes partenaires ont vraiment bossé pour que tout se passe bien. Avec mon public, nous sommes allés à Pk12. Il y avait un grand podium installé par les Brasseries du Cameroun. On a fait la fête toute la soirée avec des collègues artistes. Il y avait Fingon Tralala, Petit Piment et bien d’autres.

Comment vivez-vous vos premiers jours de liberté au Cameroun ?

Je suis fatigué. Mais je n’ai pas tardé pour aller dans les coins chauds, voir un peu comment ça se passe. J’en avais vraiment envie. J’étais à Deido pour manger du bon poisson braisé. Ça m’a manqué en prison. Là bas, il n’y avait que les crèmes fraiches, alimenta râpé. Je suis aussi allé en boite. J’ai visité quelques snacks. Maintenant, je me mets déjà au travail. Je fais déjà la ronde des médias. J’ai commencé à faire la ronde des gens qui me font travailler.

Comment s’est passé votre vie en prison ?

En prison, on n’a pas 20/20 hein. C’est la prison quand même ! Vous y trouvez des gens qui sont là pour séquestration. Ceux qui sont là pour meurtre. Vous y trouvez des gens qui sont là pour des vrais délits, qui sont des vrais criminels, des vrais démons. Ma vie en prison a été très difficile, puisque je n’acceptais pas. Je n’ai jamais accepté faire ma vie en prison. Donc c’était les pleurs tous les jours. Je passais mon temps à appeler. S’il y a quelque chose qui m’a ruiné en prison, c’est le téléphone. J’appelais matin, midi et soir parce que je voulais toujours être en communication avec le dehors. J’appelais tout le monde. Si vous vous renseignez autour de vous, on vous le confirmera. C’est parce que je n’avais pas votre numéro de téléphone. Je vous aurais appelé. Au début, il y avait quelques embrouilles avec certains détenus. Mais tout s’est arrangé après. Ce qu’on me reprochait n’était pas très apprécié par ces grands voyous. Les vrais juges ce ne sont pas les magistrats, ce sont ces voyous-là. Quand vous arrivez, ils connaissent le problème qui vous y a conduit. Ils vont vous rejuger. Je me suis embrouillé plusieurs fois avec eux. Après, j’ai aussi porté la casquette de prisonnier pour m’en sortir.

Vos appels téléphoniques ont-ils obtenu des réponses favorables ?

Le gouvernement camerounais m’a aidé financièrement. Je remercie le secrétaire général à la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh. Sans oublier d’autres Camerounais comme monsieur Gouchengué de Congelcam, le colonel Jesus Edu Moto, le chef d’état major du président Teodoro Obiang Nguema. Je remercie le numéro 9 Samuel Eto’o, le fidèle, le record man, le père Térésa. Je remercie aussi mon producteur.

La prison a-t-elle fait de vous un homme nouveau ?

Je suis un homme plus que nouveau. Je vais mieux qu’avant. J’ai rajeuni. Je suis devenu plus beau. Je m’exprime mieux. Je suis devenu plus intelligent, humble, plus respectueux. Et je suis devenu un homme foiré. Ce n’est plus le richissime Lonhkanamania que vous avez connu. Il y a eu beaucoup de changements dans ma vie. Je demande donc aux Camerounais d’en profiter, de faire de moi ce qu’ils veulent. De m’inviter chez eux manger du ‘’Eru’’. J’ai mangé du taro avec de la sauce jaune hier (dimanche 18 janvier 2015, ndlr) c’était délicieux.

Est-ce que le Longuè Longuè « Grande gueule » qu’on a connu le demeurera ?

Non. C’est maintenant petite gueule. La grande gueule est partie parce que je réserve tout maintenant dans mes chansons. ‘’Les blancs croyaient qu’après avoir libéré Mandela, il se vengerait de ceux qui l’ont condamné/Mais Mandela leur a pardonné (X2)/Pardonner à son ennemi n’est pas synonyme de faiblesse (X2) (chant).

Vous citez beaucoup Samuel Eto’o que vous ne cessez de remercier. Pourquoi ?

Le public sait que Samuel Eto’o m’a toujours soutenu. Depuis le début de cette affaire,Samuel Eto’o ne m’a jamais abandonné. Il m’a toujours soutenu moralement, physiquement, financièrement. Voila pourquoi je n’hésite pas à le citer dans mes chansons. Il a payé ma caution en 2011 pour qu’on me libère. Il m’a beaucoup aidé.

Une de vos premières phrases à votre arrivée à l’aéroport disait : « je pardonne à ces gens-là… » A qui faites vous allusion ?

C’est Mandela qui a pardonné à ces Anglais. Il est l’incarnation du pardon. Ce n’est pas une affaire de Longuè Longuè seul. Je dis bien toi opposant qui vient de conquérir le pouvoir, es-tu prêt à pardonner à tes prédécesseurs quoi qu’ils aient fait ? Parce que la plupart du temps, ceux qui prennent le pouvoir viennent plutôt chasser ceux qui étaient là avant. C’est ce qui crée des guerres civiles et des innocents meurent. Alors qu’on peut pardonner pour avancer et laisser la paix. Quand je parle de pardonner à ces gens-là, je fais allusion à tout le monde. Il n’y a pas que les gens avec qui j’ai eu des problèmes en France. On doit promouvoir le pardon. C’est ça le discours. Si je suis allé me présenter à la justice, c’est une sorte de pardon.

Aujourd’hui vous êtes entièrement libre. Qu’est ce qui a concouru à votre relaxe ?

J’ai fourni des efforts. J’ai travaillé. J’ai présenté des garanties de réinsertions. Là-bas, il faut travailler. J’ai eu une libération conditionnelle avec expulsion vers le Cameroun. Nous sommes passés aux débats contradictoires le 20 octobre et le juge d’application a dit que monsieur Longkana présente des garantis de réinsertion.

Au début de cette affaire, vous avez clamé votre innocence. Avez-vous maintenu le même discours ?

Bien sûr, j’ai toujours clamé mon innocence, mais je ne conteste pas la décision de justice. Si le procureur a fait appel, c’est d’ailleurs parce qu’il a vu que je n’ai pas avancé sur ma position. Ma position est toujours la même. Je clame toujours mon innocence. Lorsque cette affaire éclate, comment vous réagissez? Je n’ai jamais été abattu. Je n’ai jamais été traumatisé. Je n’ai jamais été affligé. Je ne suis pas là pour dire si je suis innocent ou si je suis coupable. Je suis là pour dire que j’ai purgé ma peine. J’ai payé ma dette. Les victimes ont été indemnisées. La justice m’a condamné et la même justice m’a libéré. Donc maintenant on pense le futur.

Quels sont vos relations aujourd’hui avec la dame qui vous a porté plainte pour viol sur mineure ?

On ne s’est plus jamais vu depuis dix ans. Mais moi je n’éprouve pas de la haine, pas de rancune. Tout ce que je veux, c’est faire ma vie. Je suis encore jeune. J’ai envie de profiter de la vie.

Avez-vous négocié avec elle ?

Mais non! On ne négocie pas en France. Je n’ai jamais négocié avec qui que ce soit. Si je négociais, je n’allais pas me présenter à la justice. Avant ce jugement définitif, la justice m’avait déjà autorisé sept fois à venir au Cameroun. J’ai respecté soixante six mois de contrôle judiciaire. J’ai comparu libre à mes deux jugements en provenance du Cameroun de mon propre gré. Il n’y a pas une histoire de négociation. J’ai été jugé. La justice m’a condamné. J’ai purgé ma peine. Je me suis battu pour ressortir.

Certains pensent que vous avez payé de votre arrogance. Qu’en dites-vous?

Longuè Longuè est plutôt l’incarnation de l’humilité. Si vous êtes orgueilleux et qu’il y a un jugement où vous risquez 20 ans de prison, est ce que vous y irez ? Un orgueilleux ne peut pas prendre ce risque. Il aura peur pour son image, son nom. Dès que vous êtes condamné, il y a des gens que vous n’allez jamais convaincre. Mais parce que Longuè Longuè est tellement humble, c’est pour cela qu’il est parti.

© Le Jour : Mathias Mouendé Ngamo

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