Libres au Cameroun, esclaves au Liban

demandeur-asile231210300.jpg

Attirées par un salaire mirobolant ou persuadées de gagner facilement l’Occident, des jeunes femmes sont piégées par des arnaqueurs.

«Société de la place cherche jeunes filles de Douala et Yaoundé âgées de 20 à 40 ans pour travailler au Liban.» Cette annonce fait partie des multiples «offres d’emplois» qui foisonnent sur Internet mais aussi dans les quartiers de la ville de Yaoundé. Des recruteurs y proposent des places de femmes de ménage, gouvernantes ou baby-sitters dans des pays comme le Liban, l’Arabie Saoudite ou le Qatar. Ces annonces sont souvent accompagnées d’un contact téléphonique, comme cette offre de «recrutement massif pour le Liban», en ligne depuis la mi-février 2013. Au bout du fil, une jeune femme à la voix douce. Elle se présente comme la patronne d’une «agence sérieuse» de recrutement basée à Douala. Son offre d’emploi, placée sous la «haute supervision et coordination de son excellence Jean A Abboud, consul honoraire de la République du Cameroun» - une annonce par ailleurs truffée de fautes d’orthographe -, donne la possibilité de travailler et de vivre au Liban comme ménagère ou baby-sitter.

L’annonce se fait plus alléchante : billet d’avion offert gratuitement par l’employeur, ainsi que le logement, l’habillement, la nourriture et la prise en charge par une compagnie d’assurances. Le requérant devra cependant verser une somme de 50.000 Fcfa représentant les frais d’ouverture de dossier, et 300.000 Fcfa pour «les frais du bureau de placement». En sus d’autres examens médicaux à passer, dit-elle. Mais de tout cet armada de conditions, la patronne de «l’agence sérieuse», prénommée Natacha, ne veut pas en discuter en ligne. «La procédure est trop longue pour en parler au téléphone. Il faudrait qu’on se rencontre pour mieux en discuter», nous conseille-t-elle. Pour une personne avisée, cette annonce n’est plus ni moins qu’une arnaque.

Pourtant, beaucoup de Camerounaises, attirées par un travail bien rémunéré au Liban ou persuadées de rallier plus facilement l’Europe via ce pays, tombent pieds et poings liés dans ces pièges tendus par des vendeurs d’illusions. Tatiana, 35 ans, s’en mord encore les doigts. En 2008, elle vend son salon de coiffure à Douala, confie la garde de ses deux enfants à sa mère à Bafia et s’endette pour s’offrir un billet d’avion pour Beyrouth. Au préalable, elle a versé 1,5 millions de Fcfa à son rabatteur camerounais qui lui a trouvé une place de baby-sitter chez un couple libanais installé dans la banlieue de Beyrouth, la capitale. Mais sur place, la réalité est différente de ce qu’on lui a dit. «Six mois après son arrivée, elle s’est rendue compte qu’elle était tombée dans un traquenard. Le couple a prétendu avoir quitté le Liban et l’a confiée à un membre de la famille, qui avait soi-disant besoin de ses services», raconte un de ses proches à qui elle s’est confiée. Et c’est là que commence les ennuis. Tatiana est de suite enfermée dans la maison par ses patrons, son passeport lui est confisqué et elle ne peut joindre personne. Elle est obligée de coucher avec un livreur de pain libanais pour pouvoir appeler sa famille au Cameroun. C’est d’ailleurs ce dernier qui va l’aider à s’enfuir.

Viol

«Elle a vécu 3 ans en captivité, puis six mois en clandestinité. A tripoli, elle a réussi à embarquer sur un bateau qui allait au Caire où elle a fait un an comme coiffeuse. Puis elle s’est retrouvée à Abidjan où elle est devenue la maîtresse d’un homme d’affaires libanais. Et c’est de la Côte d’Ivoire qu’elle a pu regagner le Cameroun», relate un proche de Tatiana. Selon la Commission indépendante contre la corruption et la discrimination (Comicodi) dirigée par Jean-Claude Shanda Tonme, des Tatiana, il y en a beaucoup au Liban. Certaines sont battues, d’autres violées et/ou utilisées comme objets sexuels. Plusieurs Africaines, dont des Camerounaises, seraient mortes lors des bombardements israéliens en 2006, selon Jeanine, une autre victime qui a pu rentrer au pays après deux ans de calvaire à Beyrouth.

Elles n’avaient pas réussi à s’échapper du domicile en flammes où elles étaient gardées prisonnières par leurs «bourreaux». Pour Ursula Dippah Kayesse, co-directrice de «Ménage Plus», une structure qui recrute, forme et place des femmes de ménage, les femmes qui se rendent au Liban ne sont que des «aventurières». «Nous n’avons jamais envoyé nos femmes de ménage travailler hors du Cameroun. Nous les avons placées à Yaoundé, mais nous n’avions pas les moyens de nous assurer qu’elles étaient bien traitées. C’est pourquoi nous avons réduit notre champ d’actions à Douala où nous sommes basées, et où nous avons la possibilité de nous assurer que leur contrat est respecté, grâce à des descentes inopinées dans les familles où elles sont employées», dit-elle. Mais comme M. Shanda Tonme, elle déplore ce phénomène qui semble de plus en plus étendre ses tentacules. Au nez et à la barbe des autorités camerounaises.

© Mutations : Patricia Ngo Ngouem

Commentaires (2)

1. atangana jean pascal 08/06/2013

C' est la folie de grandeur qui emmene les jeunes filles a tombés dans ces pieges j'accuse aussi les parents qui croient que la pauvreté est un peché il faut eduquer les enfants dans le sens de la persevérance c'est vraiment impossible de croire que c'est facile ailleurs surtout quand on reve

2. yves antibe 27/07/2015

Plusieur personne ne vivent pas la meme chose,

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau

Date de dernière mise à jour : 11/06/2013