Faits-divers – Corruption – Tribalisme - Cameroun: Un prêtre met une de ses choristes en prison pour «kongossa»

Voici un film dont les droits de diffusion nous ont été refusés, mais que, au nom d’une certaine conception de la morale publique, nous mettons gratuitement à la disposition des Camerounais

Tribalisme, corruption, mœurs, jalousies, tant que nous ne sommes pas directement confrontés à la bassesse et la décomposition de la société camerounaise, les indignations ne semblent que livresques, tout nous semble excès, outrances et caricatures dans la bouche des victimes ou des témoins. « Le tribalisme ? Certes, mais pas plus qu’ailleurs ! La corruption ? Franchement la petite corruption ne fait de mal à personne, c’est pas la chose la pire à laquelle sont confrontés les Camerounais au quotidien ! La frivolité des prêtres ? pff ! Ce sont des êtres de chair, comme nous tous, ce sont des panneaux sur le chemin, pas le chemin lui-même, leur apport à notre société est inestimable, alors le petits travers, pff ! » Voici un film dont les droits de diffusion nous ont été refusés, mais que, au nom d’une certaine conception de la morale publique, nous mettons gratuitement à la disposition des Camerounais.

Les acteurs

Le père Guy René Zobo Ndzana est un prêtre séculier de l’ordre des Carmes. On l’appelle père supérieur, c’est donc que, en principe, on s’attend à une certaine hauteur. Dans la pratique, c’est surtout pour indiquer que c’est lui qui dirige la communauté religieuse des Carmes Dechaux, sise derrière Institut Catholique de Nkolbisson.

Diane Djogang est une étudiante en droit à l’Université de Yaoundé II. C’est une croyante engagée, très impliquée dans la chorale de l’Eglise des Carmes Déchaux. De condition modeste, cette Bamiléké de 22 ans vit encore chez sa mère. Elle n’a que sa mère, sa mère n’a qu’elle, ensemble elles n’ont toutes deux personne. Yolande Nga Ngono est une native de Nkolbisson, elle chante dans la même chorale que Diane. Elle aurait, selon des « sources concordantes et dignes de foi », été rapatriée de Turquie en novembre dernier. Yolande vit dans une famille qu’on dit proche du pouvoir, si proche qu’une petite fille dans cette maisonnée est l’homonyme de la première dame.

La commissaire de police s’appelle Nga Ndziele (une homonyme de la plaignante) et l’enquêteur, si tant est qu’il ait enquêté sur quoi que ce soit, s’appelle Endong Bissono. Psychologie des personnages : la police camerounaise est probablement le corps le plus corrompu de l’administration camerounaise.

De la base au sommet, ça schlingue, une vraie infection ! En sortant du Cameroun comme en y rentrant, en exerçant votre droit constitutionnel d’aller et venir, en allant vous faire établir un passeport ou une CNI, dans la rue ou dans les aéroports, vous trouverez toujours sur votre chemin un policier qui ne demande qu’à vous enfermer au moindre éternuement, à moins que vous préfériez un « arrangement à l’amiable ». Cette corruption se double en ce cas d’ignorance crasse, d’inconscience et d’incompétence manifestes.

Le lieu

L’affaire dont nous nous faisons l’écho se déroule à Nkolbisson, un quartier où les autochtones sont Betis et les tensions ethniques sont latentes entre les populations autochtones et les communautés allogènes.

Le temps

Le drame se noue et se dénoue tout au long du mois de mars, la pauvre Diane Djogang a passé la nuit du 26 au 27 mars au Commissariat du 12ème arrondissement avec une meute de Betis affamés la sommant de demander un « arrangement à l’amiable ». Le commissariat de Nkolbisson représente dans ce pays corrompu un pic de pollution morale.

Ce dont on l’accuse

Sur la convocation qui lui a été transmise par son chef de quartier, on parlait de « diffamation, injures publiques et menaces sous conditions » (une vraie terroriste que cette jeune fille Baganté !). Quand elle s’est rendue au commissariat ce 26 mars, accompagnée de sa mère, qui a été rabrouée comme une malpropre, on l’accusait désormais d’avoir traité l’enfant à naître de Yolande Nga de bâtard (selon le Larousse, le terme est vieilli et il peut être péjoratif : enfant conçu en dehors du mariage). Après vérification, Nga Yolande n’est pas mariée et autrefois on appelait les enfants qui naissaient dans de telles circonstances bâtard ! Je suis moi-même le père d’une bâtarde. Alors Nga Yolande, à moins d’avoir des lumières que nous n’avons pas et un acte de mariage divin, Nga Yolande est bien la future mère d’un bâtard.

Ce délit de bavardage aurait été commis par sms, par téléphone donc, assimilé par l’enquêteur à un « média public ». Au moment où j’acceptai de rendre compte de cette incroyable affaire, Diane Djogang était désormais accusée de « violence sur femme enceinte ». La qualification ira sans doute en se complexifiant jusqu’à ce que le ministère public ajoute la sienne. A 19 heures, Diane pleurait à chaudes larmes, au moment de la mettre en garde à vue, sans qu’aucune confrontation n’eût eu lieu avec le prêtre « supérieur » ou la mère du bâtard.

Sa version des faits

Le père supérieur a, par voie de téléphone, convoqué Diane le 12 mars, en son « Eglise ». Le 13 mars de 16heures à 21 heures, le père Guy René l’a « séquestrée » (suivant les mots de Diane Djogang) au motif qu’elle devait lui dire qui était, dans le quartier, le colporteur de tout le « kongossa » sur Yolande. En fait les mauvaises langues disaient que le père du bâtard (au sens vieilli d’enfant né hors mariage) de Yolande est en réalité… un prêtre… de la communauté des Carmes Dechaux !

Après de vaines et longues menaces, le père Guy René, se souvenant peut-être qu’il avait un Dieu à adorer, ouvrait à Diane Djogang le portail de sa résidence, en promettant toutefois à la pauvre orpheline des retrouvailles au Commissariat : « ce n’est plus entre nous que ça se règlera ! »

The next episode

Il ne s’agit pas de monter les Camerounais les uns contre les autres, de dire que les Etons sont comme-ci quand les Bamilékés seraient comme-ça, la jalousie d’une enfant gâtée ne doit pas déteindre sur l’honneur de tout le peuple beti. Seulement, dans cette affaire que j’ai suivie, tout ce qu’il m’est apparu, c’est un réseau de connexions familiales voire ethniques, des proches parents qui du fait de leur position sociale ont décidé de nuire et d’extorquer, à une jeune fille qu’on sait seule au monde, on ne sait quels aveux et l’argent qui pourrait préparer le trousseau du bâtard à naitre.Tout cela sous la bénédiction d’un prêtre qui a promis de faire des misères à la jeune étudiante qu’on veut ravaler au même niveau que toute cette meute d’intrigants.

Les Camerounais ne doivent plus tout passer aux autorités, se laisser faire est un crime, ceux qui ont les moyens d’empêcher que de telles abracadabranteries aient lieu doivent prendre fait et cause pour la jeune Djogang et tout faire pour qu’elle sorte des griffes de ses bourreaux. Appelé à la rescousse comme une élite du village, j’ai très vite réalisé que je ne pouvais pas grand-chose contre la bêtise. Je n’avais, moi, pour l’aider, que ces mots et le témoignage de ce que j’ai vu et entendu. Il vous appartient de réagir de là où vous êtes, avec les moyens qui sont les vôtres.

ERIC ESSONO TSIMI, Journaliste et écrivain

Commentaires (1)

1. ALIONA 16/06/2013

L'honnêteté intellectuelle voudrait qu'on dise des choses exactes. La définition que le pseudo journaliste et écrivain donne d'un enfant bâtard est fausse et erronée.LE MARIAGE EST UNE OPTION DE VIE COMME LES UNIONS LIBRES ET AUTRES CONTRAT DE VIE COMMUNE. Un enfant né hors mariage n'est pas forcément bâtard dès lors qu'il a été reconnu de son géniteur tout au contraire d'un enfant né d'un géniteur irresponsable qui fuit ses responsabilités des obligations de paternité. Un enfant bâtard est donc un enfant d'une union illégitime ce qui est une faute et donc une injure pour un parent qui n'a pas eu son enfant d'une union illégitime.
Voilà la nuiance

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