Europe-Cameroun,Le retour au pays: «Jamais sans mon épous(e)!» Ces partenaires qui refusent de rentrer

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Parlant des épous(e)s qui refusent de rentrer au pays, il ne s´agit pas ici des femmes nanties envoyées en Occident pour accoucher ou pour se faire soigner et qui finissent pas élire domicile, laissant derrière elles maris, enfants et prestige social.

Non, il s´agit des partenaires rencontrées pendant les études ou pendant la carrière à l´étranger. Ce sont aussi des épouses venues dans le cadre du regroupement familial, qui cependant rejettent mordicus un retour quelconque lorsque l´époux décide de s´installer définitivement au pays où coule la Sanaga.

Les décisions sur un projet aussi décisif pour l´avenir d´une famille devant faire l´objet d´un consensus entre les partenaires, la question de retour définitif chez les couples s´avère être une équation à deux inconnues. Ceci étant, les facteurs qui entrent en jeu s´avèrent déjà complexes chez un célibataire. En ce qui concerne la famille, Cette décision n´engage pas seulement l´initiateur principal du projet mais aussi son/sa partenaire ainsi que les enfants et leur adaptation dans le nouvel environnement scolaire. D´après les statistiques, le nombre des Camerounais qui retournent au pays après les études reste très faible. Bon nombre trouvent le travail dans leur pays d´accueil, car appréciés par les entreprises pour leur dynamisme et leur approche interculturel des problèmes dans un environnement marqué par la mondialisation. D´autres continuent leur parcours migratoire pour s´installer dans d´autres pays comme le Canada et les USA qu´ils jugent être plus attrayants et propices pour leur carrière professionnelle.

La minorité qui décide de retourner au pays est souvent confrontée non seulement aux difficultés administratives pour mettre sur pied des microprojets, mais aussi à un climat familial peu encourageant pour la réintégration. A ce niveau, une forte croyance en son projet d´avenir et un moral fort pour surmonter ces obstacles s´annoncent nécessaires. Le cœur plein d´amour, la tête pleine d´idées et de projets, galvanisé par l´espoir, le jeune diplômé retourné au pays se rend vite compte que son entourage accorde moins d´importance sur les connaissances et les expériences qu´il a ramenées de l´étranger. Ce sont les proches installés en Occident et la famille au pays qui le torturent avec les problèmes de conscience, jugeant son projet comme étant illusoire et voué à l´échec. On lui reproche d´oser là où beaucoup d´osent pas. On lui fait savoir qu’en restant à l´étranger, il constituerait la figure de proue pour les futurs projets migratoires alors que retourné, il risque de s´exposer à la vulnérabilité et à la dépendance. On lui montre clairement qu´il ne sera point soutenu si jamais son projet arrive à faire long feu.

Loin de la famille et du cercle social, c´est le refus du ou de la partenaire de plier bagages pour rentrer au bercail qui reste la situation la plus difficile à gérer, l´argument étant généralement celui de la scolarisation des enfants, de la recherche du travail et de la possibilité de recevoir un salaire décent. Ce qui est sûr, c´est qu´il existe chez les femmes cette peur de perdre leur autonomie gagnée loin du contrôle familial et social. Habituées à un rythme de vie et un partage de droits et devoirs dans le foyer, nombreuses sont celles qui craignent un changement radical et la perte de cette harmonie en cas du retour définitif. Si beaucoup d´hommes mettent la main à la pâte pour le bon fonctionnement du quotidien de leur famille et se réjouissent d´ailleurs de cette nouvelle définition de leur rôle, d´autres, par contre, considèrent ce nouvel ordre comme étant un fardeau imposé par la vie à l´étranger, promettant la revanche dès leur retour définitif au pays où ils se mettront vite dans le bain des bars, des boîtes de nuit, des circuits et des «deuxièmes bureaux», loin de la compagnie de la femme, des travaux ménagers et des cris des enfants.

De toute façon, Le changement social exige toujours une nouvelle adaptation qui peut être propice ou défavorable selon les différentes positions des concernés. Alors, la crainte des épouses ne saurait être généralisée, car elles sont aussi nombreuses à aspirer à ce contexte social du pays où la gestion quotidienne et la garde des enfants sont moins stressantes qu´en Europe. Beaucoup avouent y avoir un cadre social beaucoup plus favorable à l´encadrement des enfants en cas du retour, car la possibilité d´être aidé par un membre de la famille ou celle de recruter une baby-sitter reste plus élevée, contrairement à l´Occident où une baby-sitter coûte les yeux de la tête et où chacun, jusqu´à la grand-mère à la retraite, a d´autres chats à fouetter que de passer les journées à garder un enfant. Retourner au pays avec ou sans sa famille, cela reste une question dont les réponses sont plus individuelles que générales. Quoiqu´il en soit, le projet de retour, comme celui du départ pour l´étranger, exige une planification, la prise en compte des facteurs structurels, personnels et financiers et se réalise au prorata de notre degré de réalisme ou d´idéalisme, d´optimisme ou de pessimisme, de planification ou d´improvisation, de réadaptation ou d´acculturation.

© Camer.be : Florence TSAGUÉ

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