Economie: Les critiques acerbes du Fmi sur la Cemac - Le Fonds monétaire international entrevoit des perspectives sombres pour la sous-région

Perspectives économiques: Le Fmi juge sévèrement la zone Cemac La mission du Fonds monétaire international (Fmi) vient de séjourner à Yaoundé, du 10 au 23 juillet 2013, pour mener les consultations sur les politiques communes des Etats-membres avec les institutions de la Commission économique et monétaire d’Afrique centrale (Cemac).

La mission, conduite par Joël Toujas-Bernaté, a rencontré plusieurs hauts responsables de ces institutions, en plus des représentants du secteur privé, de la société civile et de la communauté des bailleurs de fonds. Les entretiens ont porté sur l’évolution récente de la conjoncture économique et les principaux défis de la sous-région, notamment la politique de finances publiques la plus à même d’atténuer les risques et stimuler la croissance, les réformes du secteur financier visant à promouvoir le développement et la stabilité, et enfin les mesures pour renforcer l’intégration régionale. La mission s’est achevée par une rencontre avec la presse représentée à Yaoundé, dans l’après-midi du mardi 23 juillet 2013. Occasion pour Joël Toujas-Bernaté de revenir sur la situation macroéconomique de la Cemac. Un échange que Le Messager résume ici en quelques points.

La Guinée équatoriale tire la croissance vers le bas

Les perspectives économiques pour le reste de l’année 2013 indiquent un ralentissement de la croissance. Ainsi, la croissance du produit intérieur brut réel est projetée entre 3 et 3,5%, contrairement à ce à quoi on s’attendait, soit 5,2%. Cette contreperformance trouve sa principale raison dans la réduction anticipée des investissements publics en Guinée équatoriale. Le pays représente une part importante du Pib de la zone Cemac depuis plusieurs années. Une réduction de ces investissements publics entraînera immanquablement un ralentissement au sein de la sous-région.

Le chef de mission précise par ailleurs que la situation en Centrafrique ne devrait pas avoir un impact important sur cette croissance, dans la mesure où ce pays n’a qu’un apport infime au Pib, soit 3% à peine. Il va s’en dire que le commerce transfrontalier et la question humanitaire pourraient avoir des conséquences fâcheuses, sur l’économie interne du pays. Par ailleurs, d’après les prévisions, le taux d’inflation va s’établir autour de 3% en fin 2013 et les soldes budgétaires pourraient s’améliorer quelque peu. Il existe cependant d’importants risques baissiers tels une chute significative et prolongée des prix du pétrole et d’autres matières premières, et un ralentissement de la croissance globale.

Les Etats de la Cemac manquent de réserves budgétaires

Les recettes pétrolières élevées, selon le Fmi, ont permis le financement de grands projets d’infrastructures nécessaires. Cependant, les Etats membres de la Cemac n’ont pas accumulé des réserves budgétaires. Or, il existe des risques de baisse des cours mondiaux du pétrole et ces Etats devraient se préparer à l’affronter. La solution préconisée par le Fmi serait de créer des matelas budgétaires afin de financer le développement. De manière générale, a déclaré le chef de mission du Fmi, ces pays devraient mettre l’accent sur une gestion plus optimale des ressources pétrolières non renouvelables en faisant en sorte que les dépenses publiques ne soient plus tributaires des recettes générées par ces ressources.

La zone connaît un faible accès au secteur financier

La région Cemac fait partie des régions dans lesquelles l’accès au marché financier est des plus faibles en Afrique. Il y est très peu développé. Entre temps, la viabilité du secteur financier constitue un motif de préoccupation dans la mesure où certaines banques présentent des faiblesses qui doivent être corrigées. Il existe dans la zone moins d’une cinquantaine de banques. Parmi elles, environ 10 rencontrent des difficultés à cause de créances non performantes ou douteuses ; ce qui entraîne bien entendu le non-respect des normes prudentielles par ces banques. Le Fmi préconise donc que les autorités renforcent rapidement la réglementation du secteur bancaire, ainsi que sa supervision par la Commission bancaire d’Afrique centrale (Cobac)

La Cemac a une politique monétaire limitée

Selon les conclusions de la mission du Fmi, la Cemac a une politique monétaire limitée par le système de taux de change car il reste accroché à l’euro. Cela ne cadre pas beaucoup avec le système financier qui lui est très liquide. Cela a des effets néfastes notamment sur les marchés interbancaires qui sont peu développés car ne pouvant pas s’appuyer sur les marchés des titres publics. Cependant, nuance le chef de la mission du Fmi, le taux de change est en ligne avec les fondamentaux. Donc, il n’y aurait pas d’urgence à le revoir. Il est stable depuis la dernière dévaluation et il existe certains avantages que la zone en tire. Et pour l’instant, rien ne garantit sur cette stabilité si l’on venait à modifier ce taux de change. Ce que le Fmi conseille plutôt aux Etats de la Cemac, c’est d’améliorer la politique monétaire en revoyant les instruments de gestion de liquidité de la Beac. En outre, afin de promouvoir le développement du marché interbancaire, les autorités sont encouragées à accélérer les réformes visant à réduire le risque contreparties et améliorer les conditions d’emprunt.

Les systèmes d’intégration ne sont pas coordonnés

Les politiques de développement ne sont pas coordonnées en zone Cemac. Il existe certes des systèmes d’intégration, mais elles sont peu coordonnées, souligne Joël Toujas-Bernaté. Qui rappelle donc qu’il y a un besoin de multiplier les forums de discussions et de coordination dans la sous-région. En fait, la mission du Fmi estime que les objectifs pourraient bénéficier d’un renforcement de l’intégration régionale. Il faudrait par exemple penser à l’élaboration des politiques régionales plus efficaces en vue d’assurer une meilleure coordination des plans de développements nationaux.

La Beac et la Commission de la Cemac ont un rôle important à jouer dans ce sens, notamment à travers le renforcement de la politique monétaire régionale, l’amélioration de la coordination des politiques budgétaires, la promotion des initiatives visant à lever les barrières au commerce intérieur et extérieur, ainsi qu’à travers la poursuite de la mise en œuvre des réformes importantes du secteur financier. De même, l’amélioration du climat des affaires dans la région s’avère également indispensable pour l’atteinte d’une croissance plus élevée à moyen terme. Ces principales conclusions de la mission du Fmi en zone Cemac seront transmises dans un rapport au conseil d’administration de l’institution de Bretton Woods dès le mois d’août prochain, qui devrait en principe l’examiner en octobre 2013.

© Alain NOAH AWANA | Le Messager

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