Douala: Des commerçants chinois créent un marché «noir»

Selon des marchands camerounais, ces asiatiques ne suivent pas dans l’ensemble leur mot d’ordre de grève.

13h30. Mercredi 27 mars 2013. Le commerce des chaussures bat son plein, quelques mètres après le lieu dit Ancien Pmuc à Akwa à Douala. Sans surprise aucune, le visage de cet espace où les marchands chinois vendent les chaussures a changé. Tous leurs magasins sont fermés. Seuls les commerçants camerounais exposent leurs marchandises. En fait, depuis lundi 25 mars courant, les Chinois ont lancé une grève pour, disent-ils, protester contre l’insécurité dans laquelle ils vivent au Cameroun. Ils confient être ciblés et assassinés dans leurs magasins et domiciles par des bandits armés.

«Depuis 2004, six Chinois ont été assassinés et plus de trente braquages ont eu lieu», se plaignent-ils. Ils ont donc lancé un mouvement de grève. Qui n’est pas pour autant suivi. «Est-ce qu’ils sont en grève ? Ils ont juste fermé leurs boutiques», lance un commerçant. Ce que confirme Bertrand. Ce vendeur de chaussures confie que «les Chinois entretiennent un marché par derrière. C’est-à-dire que ce sont eux qui ravitaillent les grossistes chez qui nous allons à notre tour nous procurer la marchandise. Si ce n’était pas le cas, nous n’aurions plus d’articles, étant donné que nous commercialisons leurs produits.»

La poignée de Chinois que le reporter voit pourtant sur les lieux, du moins pour ceux qui sont un peu bavards se présentent comme de simples clients. «Est-ce qu’ils sont ici ? Ils ont leurs boutiques d’où ils retirent les marchandises pour nous les vendre.» Même son de cloche du côté de Borgeles. Ce marchand tient de prime abord à s’exprimer sur la question des agressions dont les Chinois s’estiment être victimes. «Tout le monde ici (Akwa) sait que tous ces commerçants chinois se promènent avec des millions en poche. C’est un secret de polichinelle. Mais au lieu d’emprunter les taxis, ils préfèrent toujours se déplacer à pied, ce, sans garde du corps. Comme ils sont agressés, c’est comme les autres commerçants imprudents le sont.»

Borgeles affirme également que l’activité des commerçants chinois est toujours en cours, nonobstant leur mot d’ordre de grève. «Les grossistes chinois nous vendent les marchandises par derrière.» Néanmoins, la fermeture des boutiques de ces asiatiques est une bonne chose pour certains commerçants. Ils avouent se frotter les mains. «Depuis lundi qu’ils ont fermé les magasins, j’ai eu des recettes que je n’ai pas fait depuis huit mois. S’ils peuvent poursuivre leur grève infiniment ça nous fera du bien.» Borgeles estime que ses amis (camerounais) et lui sont abusés. «Ces Chinois nous livrent des marchandises en gros, et ce sont encore eux qui font dans le détail et à bas prix.»

Il reconnaît quand même que «tous les Chinois ne vendent pas à vil prix. La preuve, il y a des ballerines que je cède à 2.300 Fcfa et qui se vendent à 2.500 Fcfa chez les Chinois. Comme nos sœurs noires sont attirées par la peau blanche, elles vont donner l’argent aux étrangers. Maintenant qu’ils sont en grève, elles sont obligées de venir chez nous.» Ne dit-on pas qu’à quelque chose malheur est bon?

Valgadine TONGA (Stagiaire)

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