Crimes à Mimboman: éviter l'amalgame

II y a quelque temps, des meurtres odieux et horribles de plusieurs jeunes filles ont été perpétrés au quartier Mimboman.

Prenant connaissance de tels faits, j'ai été moi aussi horrifié et ému jusqu'aux larmes.Je me suis demandé ce qui peut pousser des êtres humains ayant une âme, un esprit et une conscience à commettre de telles horreurs sur leurs semblables. J'ai aussi lu un certain nombre d'écrits sur ces crimes. Dans certains articles de journaux, on a tenté de les expliquer et de trouver leurs mobiles, tournant sur le trafic d'organes humains pour les uns, la magie et la sorcellerie aux fins d'enrichissement pour les autres, à tel point qu'on les a carrément désignés comme étant des crimes rituels.

«La seule voie normale et autorisée pour obtenir de la nourriture ou s'enrichir est de travailler avec acharnement et honnêteté».

Mais dans tout cela, deux choses m'ont fortement sidéré et indigné. La première,c'est qu'au-delà de l'horreur, de l'effroi, de la peur, de la recherche du sensationnel et du scoop, du sensationnalisme, je n'ai pas clairement ressenti une réelle et ferme condamnation des crimes commis et de leurs auteurs. Or, pour moi, face à de tels actes et avant même d'aller chercher des explications, la première chose à dire est que de tels crimes sont inacceptables et inadmissibles dans une société civilisée, que ceux qui les commettent ne sont pas des êtres humains dignes de ce nom, mais des monstres et même des démons incarnés ou des âmes damnées, et doivent être bannis de la société, que ceux qui connaissent ces criminels et les côtoient doivent immédiatement les dénoncer pour ne pas être leurs complices et partager ainsi leur damnation. Or, à la lecture de beaucoup d'articles de journaux, peut-être que la condamnation est implicite, mais j'ai plutôt semblé percevoir comme une sorte de compréhension, où l'on tente d'expliquer et même d'excuser ces actes.

Pour certains, c'est la pauvreté. Mais le fait qu'on soit pauvre autorise-t-il à aller trucider des jeunes filles pour s'enrichir? Non! Le fait que vous ayez faim vous autorise-t-il à aller couper la main de votre semblable pour la manger? Non ! Même les animaux ne le font pas. En réalité, cette tolérance envers l'abominable traduit l'état de pourrissement actuel de la mentalité camerounaise, à travers une forte propagande médiatique négative. Nous sommes dans une société où l'on pense de plus en plus que la fin, que dis-je, la faim justifie tous les moyens, où les gens, tout bedonnants qu'ils soient, sont toujours convaincus qu'ils sont pauvres et que cela les autorise à faire n'importe quoi. Non, non, et non! La seule voie normale et autorisée pour obtenir de la nourriture ou s'enrichir est de travailler avec acharnement et honnêteté, dans le respect des autres et de leur dignité, et surtout de leur droit à la vie. Ce n'est que de cette façon qu'on peut manger une nourriture pure et aboutir à une richesse saine et durable. Toute autre voie d'enrichissement n'est qu'éphémère et mène tout droit vers la perdition. N'oublions jamais ceci : "tu mangeras ton pain à la sueur de ton front" et que, entre nourriture et pourriture, l'écart n'est pas très grand.

Pour d'autres, la cause de ces crimes, c'est que les routes ne sont pas bitumées dans le quartier et que les voies ne sont pas éclairées. Là encore, je pose la question de savoir si cela légitime le fait que certains aillent se placer dans des coins pour égorger de jeunes filles. Non! L'absence de route ou de lumière ne peut pas être avancée pour expliquer ou justifier un crime. Moi, j'ai grandi à une époque où dans cette partie de la ville, la route bitumée s'arrêtait à l'Avenue Germaine. Ce n'est pas pour autant qu'on trouvait des cadavres de jeunes filles dans les quartiers. Route ou pas de route, dans l'obscurité ou dans la lumière, le crime ne doit pas exister, qui pis est de cette façon, et ceux qui le commettent doivent être durement réprimés et mis au ban de la société. L'obscurité ou l'absence de voies carrossables sont peut-être des paramètres, mais ne peuvent pas devenir des éléments de justification de telles horreurs. Imaginons-nous le nombre d'endroits sans route ou lumière qui existent dans notre pays et le nombre de décennies qu'il nous faudra encore pour tout avoir bitumé et électrifié. Est-ce à dire que des gens ont la justification d’aller y perpétrer des crimes ? Non ! Le crime est, dans tous les cas, inadmissible et abominable. Il doit être condamné sans aucune réserve ou atténuation.

La deuxième chose qui m'a indigné, ce sont les tentatives de récupération politique de ces crimes et la forte politisation des analyses faites dans certains journaux et médias. Tour cela finit malheureusement par faire perdre de vue ceux qui sont les principaux et seuls responsables de ces abominations, à savoir leurs auteurs. Par le jeu de la propagande d'une critique politiquement orientée, les médias finissent par mettre en avant plus la Police qui, d'après eux, ne protégerait pas assez les populations, le Gouvernement qui ne bitume et n'électrifie pas les routes de tous les quartiers de la ville en même temps, plutôt que ceux qui ont commis des assassinats aussi horribles. J'ai même lu dans un journal une lettre ouverte qu'une journaliste, présentée comme étant la sœur d'une des victimes, a adressée au Président de la République pour pointer sa responsabilité dans ces crimes. N'est-ce quand même pas aller trop loin? N'est-ce pas donner une connotation trop politique à des actes crapuleux ? Tout en comprenant très humainement la forte douleur que peut ressentir un membre de famille face à une telle horreur, moi je me serais plutôt adressé directement aux auteurs de ces crimes pour leur dire combien leurs actes sont abominables et inhumains, horribles et démoniaques, et que rien ne peut justifier qu'ils fassent subir des souffrances aussi atroces à leurs frères et sœurs, et à des familles entières. Je leur aurais demandé s'ils avaient encore un peu d’âme, de sensibilité ou de conscience, pour envisager que ce qu'ils ont fait à ces jeunes filles arrive aussi à leur propre sœur ou à leur propre fille.

«L'absence de route ou de lumière ne peut pas être avancée pour expliquer ou justifier un crime».

Or, en politisant beaucoup trop les choses, on encourage plutôt ce type de crime, on en devient complice et on favorise leur prolifération. En effet, imaginons-nous ce que peuvent penser les auteurs de ces crimes à la lecture ou à l'écoute de certaines analyses faites dans les médias. Car, ne l'oublions pas! Ces criminels sont là parmi nous. Nous les côtoyons. Ils vivent avec nous. A travers ce type d'analyses et explications, ils vont certainement se dire que s'ils ont commis ces actes, ce n'est finalement pas de leur faute, c'est plutôt celle de la Police qui n'a pas pu les empêcher de les commettre, celle du Gouvernement qui n'a pas bitumé et éclairé les routes du quartier, et ainsi de suite ... Ils vont donc se sentir justifiés et encouragés à continuer, et faire des émules. C’est ainsi que, à dessein ou de manière inconsciente, nous nous rendons complices de ces monstres et participons au pourrissement de notre société. Normalement, la première réaction de tout citoyen face à de telles abominations doit être de les condamner de manière ferme et totale, quelque soit son camp politique, et de s'engager, en leur fournissant tout renseignement utile, à aider les autorités à démasquer le plus rapidement possible les criminels.

Ce n'est qu'après condamnation qu'on peut donc faire toutes les autres suggestions pour l'amélioration de la sécurité et la réduction des risques. Mais, se livrer à de mauvais amalgames à travers politisation à outrance de ces divers funestes ne peut être contre-productif et nocif pour société, car cela aboutit à tuer la responsabilité individuelle et le civisme qui sont les éléments fondamentaux d'une nation et les garants de sa cohésion et de sa stabilité, et que nous devrions tous promouvoir en premier, quelque soit notre bord politique. Et le rôle des médias essentiel à ce sujet.

Que gagne-t-on finalement à passer le clair de son temps à dénigrer l'autorité, même sur des faits divers aussi macabres, alors que toute la société devrait s'unir unanimement pour les condamner, et isoler totalement ceux qui les commettent? Même le petit gain que fait miroiter le calcul politique à ce sujet n'est qu'illusoire, car, le mal profond et les effets néfastes que de telles attitudes font subir à la société et les mentalités sont incalculables sur le moyen et long terme. N'oublions pas que les médias et tous ceux qui dégagent un rayonnement politique ont une forte influence sur les mentalités, qu'ils devraient utiliser beaucoup plus pour éduquer les masses dans le sens du patriotisme et du civisme, sauf si l'on pense effectivement que pour arriver au pouvoir, tout est permis y compris la destruction même du pays que l'on aspire à gouverner. Nous l'avons vu sous d'autres cieux. Mais est-ce vraiment raisonnable et patriotique? C'est bien la question à se poser.

© Julius ATANGANA | Cameroon Tribune

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