Communauté urbaine de Yaoundé: Gilbert Tsimi Evouna se débarrasse d’un contrôleur financier

Craignant l’apparition dans sa gestion, d’un « intrus » difficilement contrôlable, le délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé organise la traque et la non-prise de service d’un contrôleur financier jugé «encombrant».

gilbert-tsimi-evouna-512x288.jpg

1. Au commencement, une nomination à problèmes

La chambre administrative de la Cour suprême va-t-elle être saisie dans les prochains jours de ce qu’il convient déjà d’appeler « l’affaire Roger Sombaye Koatadiba». En attendant l’ouverture du contentieux administratif par la plus grande juridiction du pays, l’affaire fait des vagues tant à la Communauté urbaine de Yaoundé que dans les couloirs du ministère des Finances. Le rodéo remonte au 17 mai 2013. Dans une ambiance électrique, intervient l’acte du ministre des Finances, Alamine Ousmane Mey, redéployant les responsables des contrôles financiers.

A première vue, la mesure est salutaire. Mais très vite, les langues vont se délier, au regard des curiosités qui entourent lesdites nominations. Pour certains, il y a une bonne dose de marchandage, de népotisme et de règlements de comptes. Des sources dignes de foi, laissent croire que des cadres inexpérimentés, bénéficiant d’une proximité certaine avec le ministre, sont par exemple propulsés au contrôle régional des finances du Centre et du ministère des Travaux publics. Dans la foulée des nominations du ministre Alamine Ousmane Mey, deux cas au moins suscitent la curiosité. Nghazi Gaspard, chef de la structure en charge de la préparation du budget est muté au contrôle financier au Nord-ouest ; Roger Sombaye Koatadiba, bien connu des milieux du parti du flambeau et des médias, est «promu» contrôleur financier à la Communauté urbaine de Yaoundé où règne en maître Gilbert Tsimi Evouna.

Trois mois après sa nomination, Roger Sombaye Koatadiba est viré; son bureau est scellé, lui-même accusé d’abandon de poste. « C’est une affaire étrange ; j’en parle avec beaucoup de réserve, parce qu’elle m’est étrangère aussi. Sans avoir sollicité la mutation, j’ai appris ma nomination au contrôle financier de la Communauté urbaine de Yaoundé. C’est vrai qu’il s’agit du contrôle de la gestion des finances de la communauté urbaine et des sept communes d’arrondissement du Mfoundi. Toujours est-il que, pendant que j’attends de prendre service, il n’est rien. Las d’attendre, je suis amené à aller en mission dans le cadre des investitures pour le compte du Rdpc. Plus tard, j’apprendrai que mon bureau a été scellé par une horde de fonctionnaires que je connais car venant de mon ministère. Je n’ai même pas eu le temps d’identifier les lieux, puisque, je n’avais même pas encore pris du service» avoue la victime.

A le croire, il s’agit d’un mélodrame qui caractérise la faiblesse de l’administration publique camerounaise. «Je suis en fin de carrière ; sur le chemin de la retraite. Notre administration est curieuse; on me nomme à un poste de responsabilité ; je n’ai pas encore pris service ; d’abord ça traîne trois mois sans que je sache pourquoi ; on me fait signer un procès-verbal que celui qui passe le service ne signe pas. Le lendemain j’apprends que j’ai déserté et qu’on m’a remplacé» rumine Roger Sombaye Koatadiba. Au ministère des Finances où, le reporter du Messager s’est rendu, bouche cousue. Aucun des cadres que nous avons rencontrés et qui pourtant parlent sous cape, n’a voulu se répandre sur le sujet.

2. Le plan pour se débarrasser du contrôleur financier

Réputé intransigeant et difficile à manœuvrer, le nouveau contrôleur financier n’était pas le bienvenu chez Gilbert Tsimi Evouna. Une descente sur le terrain, fait constater que des manœuvres dilatoires ont retardé la prise de service effective du nouveau contrôleur jusqu’au 4 juillet 2013. L’intéressé s’est présenté au poste, a eu une audience avec le délégué le 19 juin. La passation de service qui est finalement (avec beaucoup de retard) programmée pour le 4 juillet est supervisée par Djang Adoulcé, représentant le Dg du budget. Après les formalités d’usage, les registres sont arrêtés par Abega Pius, le contrôleur sortant.

Roger Sombaye contresigne avec Djang Adoulcé. La signature du procès-verbal (Pv) de passation de service qui va plus tard constituer «l’arme du crime», est renvoyée au lendemain, le temps d’établir l’inventaire du matériel. C’est alors que Djang Adoulcé choisit de faire le vide. Curieusement. Introuvable, il ne réapparaît plus à la Communauté urbaine pour signer ledit Pv. Par conséquent, le nouveau contrôleur n’entre pas effectivement en service. Le 19 juillet, Ndoumbouck Ruben, chef de service au contrôle à ladite Communauté, adresse une lettre au directeur du budget l’informant qu’Abega Pius, le contrôleur sortant, entre temps recruté par Gilbert Tsimi Evouna, continue à valider les dépenses. C’est ici que le complot et la manœuvre vont rapidement être mis en exécution. Tseck Serge, haut cadre au Minfi, qu’accompagne Djang Adoulcé (l’un des pivots à l’origine de la manœuvre sort enfin de sa cachette), se déporte à la Communauté urbaine. Comme dans une fiction hollywoodienne, la serrure de la porte du bureau du contrôleur est changée. Les complices récupèrent le composteur et scelle le bureau, sans aucun acte.

Un rapport est dans la foulée adressé au ministre des Finances. Des sources bien introduites affirment que Gilbert Tsimi Evouna, sollicite le limogeage de Roger Sombaye. Sur ces entrefaites, un contrôleur par intérim est nommé le 29 juillet. Son installation n’est pas retardée car, elle se fait le jour d’après. Doit-on percevoir, une complicité entre le ministre des Finances, Alamine Ousmane Mey et le délégué du gouvernement dans la déchéance au nouveau contrôleur financier ? Epinglé par le dernier rapport de la Conac de l’année 2012, le délégué du gouvernement de la Communauté urbaine de Yaoundé n’est pas à son premier forfait. Il avait déjà fait chasser Ngo Telep. A la Communauté urbaine de Yaoundé, le délégué ne reçoit pas. De manière vague, un de ses collaborateurs nous a confié que « Gilbert Tsimi Evouna, n’a rien à voir dans la manœuvre». Roger Sombaye Koatadiba se trouve-t-il sacrifié par le délégué du gouvernement qui ne veut pas d’un contrôleur financier (un colis encombrant) qu’il ne peut contrôler ; « liquidé» également par les batailles de positionnement et de leadership entre les cadres du ministère des Finances, engagés qu’ils sont, à la course aux promotions à différents postes de direction. La voix enrouée et chagrinée, Roger Sombaye Koatadiba dément la version des faits le présentant comme un déserteur. Il exprime son amertume et sa détermination à ne pas se laisser faire; face à ce qu’il pense être une cabale menée contre lui, par ses collègues de la direction du budget.

3. Batailles internes au Minfi

«La nomination est une promotion; j’ai été promu le 17 mai. Quand on me limoge, c’est une sanction dans l’administration ; celle que j’ai apprise, celle que j’enseigne aux étudiants de l’école d’administration. La procédure disciplinaire fait l’objet d’un dossier qui est traité en confidentiel ; basé sur la règle, le principe du contradictoire. Quand un fonctionnaire a commis un faute, on l’interpelle, on lui adresse une demande d’explication, il donne sa version des faits ; l’administration étudie et on prononce une sanction. En la matière, je ne sais de quoi il retourne ; je n’ai été interpellé ni verbalement ni par écrit ; c’est pour cela que je dis ne pas me sentir concerné par cette affaire» martèle Roger Sombaye Koatadiba. En recollant pièce par pièce, les morceaux de la combine, l’on se rend bien compte qu’il n’y a pas eu prise de service effective le 4 juillet 2013.

Le nouveau contrôleur n’avait reçu ni les clés du bureau, ni les dossiers, ni surtout le composteur qui est l’outil principal de travail. En matière disciplinaire, la procédure, fondée sur le principe du contradictoire qui doit être strictement respectée ne l’a pas été. Aucune trace qui dénote que l’incriminé, a été interpellé, verbalement, ou encore par écrit. Roger Sombaye Koatadiba qui affirme ne pas être en situation de revendication de quelque poste de responsabilité, soutient que sa préoccupation consiste à exiger que son honorabilité professionnelle, bafouée à tord soit rétablie. Il annonce un début de contentieux administratif. « Je vais saisir le ministre des Finances dans les jours qui arrivent. Je ne l’imagine pas jusqu’à présent, être embarqué dans des errements obscurantistes, qui ont été ourdis par ces collaborateurs. J’affirme qu’il y a des gens qui ont traité ce dossier et qui ont amené le ministre à signer des errements qui relèvent de l’incompétence, dans l’esprit d’une nuisance.

Le ministre a été induit en erreur. Je le maintiens et je le prouverai» s’indigne-t-il. Dans les couloirs du Minfi, certaines langues font référence à des batailles de positionnement, nées après la publication d’un nouvel organigramme du Minfi, au mois de février 2013. La plus grosse attraction, objet de nombreux délires, coups bas, actes d’anti jeu et tacles par derrière, corruption, coups tordus, délation, maraboutisme…, était dirigée vers le poste stratégique du directeur général du Budget, qui au moment du déploiement des cadres, n’était pas nommé. La guerre des longs couteaux a fait surface, avec en prime, une adversité qui entraînait, l’élimination des challengers.

Au rang des protagonistes, figuraient, les chefs de division par intérim nommé par l’ex-Minfi, Essimi Menye. Roger Sombaye Koatadiba qui sollicite la mise sur pied d’une mission d’enquête conduite par l’inspection générale des services, à l’effet de procéder à l’audition et à la confrontation des protagonistes de la sordide affaire dont : Abega Atangana Pius ; Tseck Serge ; Djang Adoulcé ; Sombaye Koatadiba ; Ndoumbouk Ruben…, sera-t-il entendu ? Une certaine opinion pense que Roger Sombaye qui affiche le caractère de libre penseur, dans une administration publique camerounaise qui s’accommode difficilement des esprits vifs et éveillés, est dans l’œil du cyclone.

Nombreux sont également, ceux qui pensent que, l’affaire qui oppose Roger Sombaye Koatadiba à Gilbert Tsimi Evouna, s’apparente à un conflit entre deux pontes du Rdpc ; un parti en pleine controverse des investitures. Membre du bureau politique et trésorier national du Rdpc, le délégué du gouvernement, autant que Roger Sombaye Koatadiba qui est membre titulaire du Comité central, sont tous les deux, des cadres de haut vol du parti au pouvoir. Tous les trois, y compris le ministre des Finances, Alamine Ousmane Mey, étaient membres des commissions départementales, désignés par le Sg du Comité central, pour les mêmes investitures du Rdpc, sur l’ensemble du territoire.

@Le Messager

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau