Changement d’âge: Un phénomène qui prend de l’ampleur au Cameroun

Selon le dictionnaire Petit Larousse, l’âge est le temps écoulé depuis la naissance jusqu’à un moment donné de la vie. Au Cameroun pourtant, cette donnée varie chez certains individus. Selon qu’ils font leurs études, sont dans l’administration, à la banque, ou chez le médecin…

Philémon T., fonctionnaire, fait partie de ceux-là. A son lieu de travail, sa situation constitue le sujet de conversation préféré de ses collègues. «En consultant les informations contenues dans une plaquette publiée par l’école professionnelle d’où il est sorti, l’on se rend compte qu’il y est rentré à l’âge de 13 ans. Ce qui est impossible», se gausse l’un de ses collègues, le document à charge en main. Nullement perturbé par ces moqueries, Philémon T., sérieusement affecté par le poids des années, continue de traîner sa carcasse jusqu’à son bureau situé au dernier étage de l’immeuble administratif. «Si l’on se fie à ses papiers, il devrait avoir 40 ans actuellement. Mais, il tient à peine debout. Seules ses jambes bougent quand il marche, on dirait qu’il est sur pilotage automatique. Certains jours, il n’arrive même pas à monter l’escalier: il passe alors la journée dans le hall. Sa demande de mise à la retraite anticipée a été rejetée. Le Ministre a dit qu’il a fait tous ces tripatouillages pour travailler longtemps, eh bien qu’il travaille», confie un cadre à la Direction des ressources humaines.

Bien sûr, le cas de Philémon T. n’est pas isolé dans la société camerounaise. De nombreuses personnes, pour diverses raisons, sont amenées à retoucher leurs âges. Le phénomène est très répandu, entretenu par les familles et même certaines autorités. C’est donc sans surprise que 199 sportifs, pris sur le fait lors des récents Jeux Fenassco A à Bertoua, ont été purement et simplement radiés. «A mon humble avis, cette décision devrait aller plus loin. Un enfant ne peut falsifier de lui-même ses documents. Ce sont les encadreurs qui doivent être sévèrement sanctionnés et ce d’autant plus qu’ils apprennent la tricherie aux jeunes générations. Ça c’est très grave», considère un observateur averti. Loin de ces discours moralisateurs, Maguy H., mère de famille, avoue avoir modifié l’âge de sa fillette.

Puisqu’elle parlait correctement et qu’elle s’intéressait à l’école, j’ai voulu la scolariser à deux ans et demi. Mais la Directrice de l’école exigeait, selon la loi, que l’enfant ait quatre ans pour une inscription en première année de maternelle. J’ai fait établir un autre acte lui donnant quatre ans et elle est allée à l’école. Mais dès le CM II, j’ai remis son vrai acte de naissance dans le circuit puisqu’elle devait commencer à passer les examens officiels», explique la mère. Simon K., lui, a carrément charcuté son âge pour présenter le concours d’entrée à la prestigieuse Ecole militaire inter-armée (EMIA). Mal lui en a pris. «J’ai été recalé lors des examens médicaux. Malgré les 22 ans affichés, l’examinateur a trouvé que je présentais un «ATV» : Aspect trop vieux. Il m’a vivement conseillé de décamper avant qu’il ne s’énerve», avoue le jeune homme.

Il est donc clair que l’âge est à géométrie variable chez de nombreux Camerounais. Quelqu’un veut passer le probatoire pour la septième fois, présenter un concours administratif alors qu’il n’a plus l’âge de jouer au football en professionnel? Il recourt à l’identité et à l’âge d’un cadet. Malheureusement, ces actes s’accompagnent souvent de véritables drames. Combien de jeunes se retrouvent aujourd’hui sans vie, sans identité parce que leurs diplômes ont été cédés à un aîné voulant renaître? Reste plus que le Bureau national de l’état-civil (BUNEC), récemment créé, mette un terme à ces pratiques mafieuses. Avec l’informatisation des différentes données émanant des centres principaux d’état civil et des centres secondaires disséminés à travers le pays et dans les missions diplomatiques ou postes consulaires du Cameroun à l’étranger.

© Yvette MBASSI-BIKELE | Cameroon Tribune

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