Ces femmes nanties qui partent à «Paris à tout prix»!

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"...on assiste de nos jours à une tendance chez les «nouveaux riches» à envoyer leur épouse à l´étranger en quête du bonheur de la famille et d´un statut transnational. Elles se sont lentement installées dans des pays d´accueil en Europe et en Amérique du Nord avant de se lancer dans les petits métiers. Convoitées dans leur cercle d´amis au pays, leur aventure a de nos jours le vent en poupe dans la haute sphère des classes moyennes".

La précarité et l´incertitude face à l´avenir ont poussé bon nombre de citoyens à envisager ou à réaliser un projet migratoire. Pour les classes défavorisées, il s´agit de la survie tandis que chez les classes privilégiées, la maxime est celle d´«assurer ses arrières»! La spéculation sur la double-nationalité (la double-nationalité n´est pas autorisée par la loi camerounaise) de certaines personnalités politiques qui fait les choux gras des forums du Net, répond aussi, argumente-t-on, à ce principe d´«assurer les arrières» en cas de velléités ou d´un test positif de l´Épervier.

Certains compatriotes installés à l´étranger déplorent régulièrement les discriminations, le stress, les rêves brisés, bref l´Occident comme étant tout sauf le paradis, cependant très peu envisagent retourner au pays, sauf avec un passeport autre que le vert qu´ils chérissent pourtant au point de le baptiser du nom de notre délicieux plat national, le Ndolé. Là aussi, on dit qu´il faut assurer ses arrières au cas où la réintégration ferait long feu.

Une volonté de survie et un luxe de sécuriser une place dans deux mondes face au statu quo politique? A défaut de partir eux-mêmes, certains hommes financièrement bien assis envoient ou encouragent leur épouse dans leur aventure en occident. Lorsqu´on entend «Paris à tout prix», on pense à ce jeune personnage de Suzy (incarnée par Joséphine Ndagnou) qui rêve de partir en France pour sortir sa famille de la misère criarde. Loin de cette jeune fille d´une famille défavorisée, on assiste de nos jours à une tendance chez les «nouveaux riches» à envoyer leur épouse à l´étranger en quête du bonheur de la famille et d´un statut transnational.

Elles se sont lentement installées dans des pays d´accueil en Europe et en Amérique du Nord avant de se lancer dans les petits métiers. Convoitées dans leur cercle d´amis au pays, leur aventure a de nos jours le vent en poupe dans la haute sphère des classes moyennes. Une telle vie loin du mari et des enfants ne tarde pas à avoir des répercussions sur l´équilibre familial, l´éducation et l´épanouissement des enfants (voir la sonnette d´alarme tirée par Hugues Seumo dans son article du 26 décembre 2012) cependant ne décourage pas les candidates nanties à l´émigration.

Et pourtant, le fossé entre les facteurs pull (meilleures conditions de vie, santé, travail, statut…) qui attirent ces candidates et la réalité vécue au pays d´accueil se révèle comme étant énorme. Combien réussissent-elles à conquérir l´Europe sans perdre leur statut pourtant si convoité au pays? Et combien ont-elles le courage de peindre la réalité telle qu´elle est? L´euphorie d´envoyer son épouse en Europe laisse vite place au vide affectif, malgré de nombreux coups de fil et de promesses de retour. Cette émigration de luxe se heurte souvent à d´innombrables difficultés financières et d´intégration dans le pays d´accueil.

Viennent se greffer le coût élevé de la vie, le chômage, les tiraillements avec le service Émi-immigration, la frustration, l´isolement relationnel et social et la recherche d´une raison d´être. Ayant laissé derrière elles immeubles, voitures, personnel, mari et enfants ainsi que d´énormes ressources sociales, ces femmes emportées par l´aventure moderne au goût du conformisme et du suivisme, se retrouvent confrontées à une réalité autre qu´escomptée lors de la planification du projet migratoire.

Dans cette aventure «ambiguë», ces femmes, contrairement à Samba Diallo de Cheikh Hamidou Kane, peinent à retourner au pays, malgré les soubresauts, voire les déceptions du rêve européen. Sonne alors le moment du bilan lorsque l´époux, devenu impatient, menace d´accréditer le «deuxième bureau» qui pourtant n´est plus qu´un secret de polichinelle. Interrogées sur les leçons de leur aventure, les unes regardent en arrière avec nostalgie tandis que les autres refusent mordicus de faire une rétrospective, voyant en tout une volonté des choses.

© camer.be : Florence TSAGUÉ

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