Cameroun - Visite - Biya-François: confessions vaticanes

La nomination de l'archevêque de Yaoundé au menu des échanges entre le pape François et le président camerounais.

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Le président camerounais a quitté Yaoundé hier en compagnie de son épouse à destination de Rome pour une visite officielle. Ce troisième séjour de Paul Biya dans l'Etat du Vatican intervient au lendemain de la renonciation, le 26 juillet dernier, de Mgr Victor Tonyè Bakot de la tête de l'archidiocèse de Yaoundé où il était en fonction depuis 2003. Cet événement avait considérablement écorné l'image de l'Eglise catholique romaine dans notre Pays. Ce départ subit intervenait à la suite de multiples dénonciations sulfureuses, ayant trait à de mauvais investissements et non à des détournements de fonds.

Le site web du Saint-Siège, «Vatican insider» qui avait relayé l'information, invoquait en effet des «questions domaniales». Le 26 août dernier, des «laïcs engagés» de l'archidiocèse de Yaoundé ont en outre écrit au Saint Siège pour dénoncer la manière avec laquelle le nonce apostolique, Mgr Piero Pioppo, avait géré cette affaire. «En droit positif tout mis en cause est présumé innocent et bénéficie, de ce fait, d'un droit à la défense en vertu du sacro-saint principe dit du contradictoire. Quant à notre archevêque, il n'a pas eu le temps de dire un seul mot», soulignaient-ils. L'intransigeance du diplomate du Vatican au Cameroun, qui contribuerait à polluer fortement l'ambiance au sein de la communauté catholique nationale, risque ainsi d'être au menu des échanges entre les deux personnalités.

D'autres sujets majeurs à l'instar de la question de la gouvernance, de la problématique du processus de démocratisation, du célibat des prêtres, de la désertion des fidèles au profit des églises dites de réveil, de l'épineuse question de l'homosexualité - contre laquelle s'est farouchement opposé un certain Victor Tonyé Bakot, devraient être au menu des échanges entre les deux hommes. Le sujet principal, sur lequel les deux hommes devraient s'entretenir, est cependant en rapport avec la vacance du poste d'évêque métropolitain de Yaoundé. Et sur la question, des sources introduites indiquent que le Paul Biya serait favorable à la promotion de Mgr Jean Mbarga, aujourd'hui évêque d'Ebolowa et administrateur apostolique de l'archidiocèse de la capitale depuis le 29 juillet 2013. Et les tractations dans ce sens sont très avancées, précisent les mêmes sources.

Interrogations

Si le déplacement du chef de l'Etat camerounais au Vatican se situe, selon les termes diplomatiques, dans le cadre de l'excellence des relations diplomatiques entre Yaoundé et Rome, comme en témoignent les trois visites au Cameroun de Jean-Paul II (1985 et 1995) et de Benoît XVI (2009), il reste que ce voyage «officiel» de Paul Biya suscite quelques interrogations. Dont la première porte sur l'opportunité, pour le chef de l'Etat, de quitter son pays en pleine période de proclamation des résultats des élections législatives et municipales du 30 septembre dernier.

Comment, en effet, le président camerounais, qui a dédaigné un séjour à New York à l'occasion de la 68 ème Assemblée générale des Nations Unies et dont les absences ont été fort remarquées aux derniers sommets de la Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale (Ceeac), de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac) et de l'Union africaine, s'empresse-t-il de trouver, subitement, de l'espace dans son agenda «fort chargé» pour s'envoler pour Rome? Il parait clair, en tout cas, que cette diplomatie sélective témoigne de l'intérêt que Paul Biya porte à la présence de l'Eglise catholique au Cameroun. Ou d'une volonté de fuir les sujets qui fâchent chez lui.

© Josué Raymond Nguemadjé | Mutations

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