Cameroun - Véhicules chinois «Made in Cameroon»: Qui torpille le projet de montage de l’usine?

Cameroun - Véhicules chinois «Made in Cameroon»: Qui torpille le projet de montage de l’usine? A deux mois de la fin d'année, pas un signe n'est visible sur la mise en place de ce projet ambitieux, qui a charrié, en son temps, de nombreux espoirs au sein des populations.

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Dans la période juin-juillet, ou au plus tard en fin d’année 2013, si le projet accuse du retard, la première voiture sortira d'usine au Cameroun. Telle est la promesse que Lu Fuqing avait faite à Paul Biya, en octobre 2012, au Palais de l'unité. En effet, le directeur général de Futian Automobile Industry et sa branche locale, Cameroon First Manufacture CO Ltd, avaient été reçus en audience au Palais de l'Unité, par le président de la République. A l'issue de l'entretien, qui avait duré une heure, l'industriel chinois avait évoqué plusieurs raisons ayant déterminé son groupe à s'installer et produire des voitures au Cameroun: un pays en paix, politiquement stable, occupant une position géographique idéale.

Bref, il avait laissé entendre qu'il existe au pays un marché porteur, ouvert à la sous-région. De même qu'il avait admire le climat et la position qu'il trouvait stratégique ail développement des affaires. En outre, Lu Fuqinq semblait avoir été déterminé par ce qu'il avait constaté à son arrivée au Cameroun: les voitures d'occasion ont pignon sur rue, avec tous les problèmes de pollution et les risques d'accidents que cela suppose. Le directeur général de la Cameroon First Manufacture CO Ltd avait promis, au contraire, de mettre sur le marché des voitures neuves, de bonne qualité, moins chères; dans des normes respectueuses de l'environnement. Selon ses prévisions, l'unité industrielle qui allait être mise en place aurait généré entre cinq et huit mille emplois. Avec pour effet d'entraînement, le développent d'une petite industrie parallèle concourant aux activités de l’usine-mère.

QU'EST-CE QUI COINCE?

Rendus à deux mois de la fin d'année, les langues se délient pour en savoir plus sur ce projet révolutionnaire: pourquoi les Chinois n'ont-ils pas encore démarré la mise en place de leur usine de fabrication de véhicules neufs au Cameroun, comme ils l'avaient promis au Chef de l'Etat, Paul Biya? Se pose la question un observateur -averti. A mesure que le temps passe, il y a matière à inquiétude: «Qu'est-ce qui coince» ? s'interrogeait également récemment un vendeur de voitures Yaoundé. En effet, depuis les assurances faites à Paul Biya en octobre dernier par les investisseurs chinois, rien de concret n'a été fait jusqu'ici. Au cours de cette audience, en effet, les Chinois s'étaient voulus pour¬tant très rassurants. Que s'est-il passé?Ont-ils finalement changé d'avis? Ya-t-il des goulots d’étranglement ? Mystère pour l'instant. Mais, une chose est certaine, les Chinois sont déterminés à imprimer leur marque au Cameroun, à l'image de leur voisin japonais, à travers sa marque à succès Toyota.

DES MARQUES ADMIRABLES

En 2010, la Chine s'est lancée à l'assaut du marché automobile camerounais, en introduisant trois marques chinoises, avec pour objectif de briser les préjugés. Il s'agit de Jac Motors, ZX Auto et Chery. Représentées par le concessionnaire automobile Tiger Mators appartenant au groupe Tractafic Motors, ces marques chinoises ont pour objectif de s'implanter durablement au Cameroun. «La réputation des produits chinois n'était peut-être pas la meilleure. Aujourd'hui, les préjugés sont dépassés. On a sélectionné les meilleurs constructeurs. Le seul souci, c'est la qualité du carburant et nous devons adapter le produit au marché», expliquait, à l'époque, Fredrik Morsing, ancien directeur général de Tractafric Motors. Ces véhicules chinois, par leur design, n'ont rien à envier aux marques japonaises pour ce qui est des 4x4, aux françaises pour les berlines, ou encore aux américaines et allemandes, pour les camions. Pour plu¬sieurs concessionnaires auto, ces véhicules chinois, neufs, sont une solution face aux problèmes d'insécurité et de pollution que posent souvent les nombreux véhicules- d'occasion qui inondent les routes.

LES CHIFFRES PARLENT D'EUX-MÊMES

Des sources dignes de foi, Geely, un constructeur chinois, convoite le marché africain. Le constructeur, apprend-on, a s'igné un accord -avec l'assembleur GB Motors -pour que les voitures de sa marche soient produites en Égypte, pour être commercialisées en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Le Cameroun se présente, d'après ces sources, comme un carrefour stratégique pour son implantation en Afrique subsa-harienne. A noter aussi que le 21 juillet 2012, une entreprise du pays a signé avec le chinois Genertec un accord pour la construction de la première usine de bus en Afrique centrale. Après plusieurs visites à Pékin et la création en février d'Intercontinental Business Development (Ibd), la société camerounaise porteuse du Projet, Zachatia Awanga, a finalisé le 21 juillet son premier accord 'avec Cmc, filiale du gigantesque conglomérat industriel public chinois Genertec. Il prévoyait la mise en place d'une chaîne de montage de bus à Bamenda, principale ville de la partie anglophone.

En tout cas, les intentions de la Chine sont réelles. Pour les neufs premiers mois de 2009, par exemple, les ventes de véhicules neufs ont enregistré une chute de 21,9% avec 2 426 véhicules neufs, vendus, contre 3 184 unités pour la même période de 2008 et 2 394 unités en 2007. Tous les types de véhicules ont connu ce repli. Il s'agit précisément des véhicules utilitaires légers (447 unités de moins), les voitures de tourisme (moins 105 unités en moins), les véhicules poids lourds (moins 68 Unités). Et la situation est loin d'avoir changé en 2010, 2011 et 2012. Pourtant, les statistiques des véhicules d'occasion donnent froid au dos. On parle de 20.000 à 80.000 véhicules d'occasion, importés à la même période. Des véhicules qui, dans la majeure partie des cas, sont des épaves et exposent les utilisateurs à de nombreux accidents.

© Josué Raymond Nguemadjé | Le Soir

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