Cameroun - Travaux publics: Le Minmap bloque l'autoroute Yaoundé-Douala

Abba Sadou n'est pas pressé de signer le contrat d'exécution des travaux, alors que les financements sont disponibles depuis un an.

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L'entreprise chinoise de construction s'impatiente. Voilà une affaire qui ne va pas arranger les rapports entre le Ministre des Travaux et son collègue des Marchés publics, après l'échange houleux et public entre les deux hommes le 20 août à l’hôtel Hilton de Yaoundé. Depuis la mi-juillet, M. Patrice Amba Salla a écrit à M. Abba Sadou pour solliciter la signature du contrat d'exécution des travaux de construction de la première phase de l'autoroute Yaoundé-Douala. La signature de ce contrat serait synonyme du démarrage effectif du chantier pour ce projet majeur des «Grandes réalisations» qui doit relier les deux plus grandes villes du pays.

Il s'agit en fait de la première phase de 100 kilomètres pour lesquels toutes les mesures préalables ont déjà été prises, jusqu'à la liquidation des indemnisations des populations sur l'emprise de l'autoroute, qui démarrera à Nkolnkoumou dans la périphérie de Yaoundé. A la suite du Mintp, l'entreprise chinoise de construction a rompu le silence légendaire du peuple de l'Empire du milieu en prenant une pleine page d'annonce dans «Cameroon Tribune» de lundi 2 septembre où, délicatement mais fermement, la China first highway engineering company annonce qu'elle est fin prête pour le démarrage des travaux.

A la vérité, les responsables de cette entreprise sont «agacés par cet atermoiement de plus aussi inutile que contreproductif». La réponse du Minmap n'a pas tardé. Le lendemain, dans le même journal, il a expliqué qu'une commission centrale va s'asseoir pour examiner le dossier technique, examen qui sera effectué par un comité ad hoc qui «regarde de très près les clauses et caractéristiques du projet de contrat afin de l'adopter ou de le sanctionner». En langage simple, on n'en a encore pour un certain temps avant que le premier coup de pioche soit donné à ce projet. Le diable est dans le détail de la déclaration de M. Abba Sadou à CT.

Après avoir reçu le projet de contrat élaboré par le Ministre des Travaux publics, le Minmap pense qu'il faut «s'assurer de la pertinence des coûts» et que le reste suivra assez vite «aussitôt que le comité sera convaincu du juste prix de ce marché…». Le Minmap révèle que ce comité s'est déjà accordé sur un coût réaliste qui reste à faire accepter au partenaire chinois. Les soupçons de surfacturation du marché au niveau du Mintp sont à peine voilés. Ce qui met les responsables de ce Ministère en colère. «Nous devons savoir ce que nous voulons. Nous avens déjà perdu beaucoup de temps à négocier avec la partie chinoise, et voilà qu'on nous dit qu'un autre round va être engagé. La question était: quel type d'autoroute souhaitons-nous? L'entreprise nous a fixé un coût au kilomètre concordant à ce que nous voulons et nous sommes tombés d'accord.

Le reste est perte de temps», confie un responsable du Ministère des Travaux publics. Autre pomme de discorde entre le Mintp et le Minmap, la deuxième phase du projet d'autoroute. Le Mintp veut aller vite, au regard des bonnes dispositions présentées par un bailleur de fonds. Eximbank China est en effet prête à mettre sur la table 1,103 milliards de dollars, soit près de 550 milliards de francs CFA, comme elle l'a confié à une délégation camerounaise conduite par le Minepat en Chine en juin dernier. Un coût qui tient compte des ouvrages d'art sur la Sanaga et sur la Dibamba. Seulement, le Minmap n'est pas emballé par cette idée et veut que ce dossier soit séparé de la première phase et fasse l'objet d'une procédure enfermement à part.

Le risque encouru est de ne point trouver de bailleur de fonds le moment venu et de se retrouver avec une demi-infrastructure comme l'échangeur, d'Ahala. Il existe en effet un profond décalage entre les ambitions de l'ingénieur du gouvernement travaillé par un souci d'efficacité et le gardien de l'orthodoxie en matière de marchés publics. C'est toute la problématique du l'harmonisation de l'appareil gouvernemental en matière de marchés publics qui est posé avec le rôle assigné au Minmap. C'est en juin 2009 que le premier mémorandum d'entente a été signé entre le gouvernement et l'entreprise chinoise China first highway engineering company pour la construction de l'autoroute Yaoundé-Douala. Depuis lors, de nombreux arbitrages ont succédé à plusieurs études, tant sur le tracé que sur le coût. En juin 2012, Eximbank a débloqué 241,8 milliards pour le financement de ce projet. En juin 2013, une avance de démarrage a même été versée à l'entreprise chinoise et le gouvernement a mobilisé les fonds de contrepartie. Quatre ans plus tard, le premier kilomètre d'autoroute camerounais est toujours attendu.

© Parfait N. Siki | Repères

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