Cameroun - Tabagisme et alcoolisme: Yaoundé au rythme de la consommation des drogues

Des jeunes se livrent de plus en plus à la consommation des produits nocifs pour la santé dans la cité capitale. Du fait de la prolifération incontrôlée des espaces de loisirs.

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Reportage

Ce n’est plus un secret pour personne. Yaoundé abrite un nombre non négligeable de consommateurs des drogues de toutes sortes. Il suffit de faire un tour dans quelques points chauds de cette ville aux sept collines de nuit pour s’en convaincre. Au carrefour Mvog-Atangana Mballa, situé à un jet de pierre de marché de Mvog-Mbi, la quasi-totalité des jeunes ne jurent que par les drogues. Ici, le vin de maïs frelaté appelé «Bili-Bili», le cannabis et les whisky en sachet de toutes sortes se ravissent la vedette. Et les prix sont à la portée de toutes les bourses. Il suffit d’avoir la maudite somme de 50 francs Cfa pour s’offrir un sachet de whisky anormalement alcoolisé. La même somme donne également droit à un verre de «bili-bili».

Un vin artisanal à l’origine de nombreux décès ici. «C’est un vin dangereux puisqu’il est fabriqué de manière artisanal et sans dose. C’est fait pour les gagne-petits qui ne peuvent pas s’offrir une bière qui coûte 500 francs Cfa. Mais sa consommation exagérée peut entraîner le comma et provoquer un arrêt cardiaque. Nous en sommes conscients, mais nous n’avons pas le choix», révèle Bélibi Roger, 32 ans, jeune habitant de ce quartier. Il y a quelques mois seulement que ce quartier a fait les choux gras des journaux. Chaque semaine, des personnes âgées y succombaient après avoir ingurgité des doses de ce vin. Mais depuis lors, les jeunes semblent avoir renversé la tendance. Ce sont eux qui se livrent beaucoup plus à des balades dans les «bili-bilishop».

Les plus courageux font parfois le panachage avec le whisky en sachet, pour obtenir un résultat encore plus fort. « Mon frère, même celui qui ne boit pas meurt toujours. Si la bouche demande on doit lui donner. Parce qu’un jour, il n’y aura plus la force de boire. Vous pensez que c’est la drogue, alors que c’est une boisson comme toutes les autres. Son seul avantage c’est qu’il se vend à tous les prix. On ne boit pas lorsqu’on sait qu’on a quelque chose d’important à faire. Je suis en chômage. Je dois boire quand je trouve», tranche Léon, un sans emploi âgé de 22 ans. Il dit être parti de Nguelmendouka, son village natal, depuis l’âge de 10 ans pour trouver un emploi. Et à Yaoundé, la vie est devenue de plus en plus difficile. «J’ai travaillé comme pousseur devant la poissonnerie. Cela n’a pas marché. J’ai vendu les cigarettes, le capital est fini. J’ai décidé de rester d’abord comme cela. Lorsque j’ai 200 francs, je bois quelques verres avec des amis car ils m’en donnent aussi de temps à autres », explique t-il.

Homosexualité

Mvog-Atangana-Mballa est aussi le foyer de distribution du cannabis. Mais il faut avoir une maitrise parfaite du vocabulaire des consommateurs pour se ravitailler. Car les fournisseurs sont généralement des habitants du coin. Mais compte tenue du fait que cette activité est interdite, il faut jouer avec les complices. Et les prostituées, très nombreuses ici, jouent les intermédiaires. Cette activité prospère d’ailleurs dans les débits de boisson d’un autre genre qui se multiplient à Yaoundé ces derniers mois.

Dans les quartiers Essomba, Anguissa, Biteng, Emombo et bien d’autres, ces débits de boisson qui attirent essentiellement des jeunes ont pignon sur rue. Et ceux-ci très souvent, se livrent à des pratiques déshumanisantes. L’homosexualité est leur sport favori. Malheur au naïf qui se rend seul dans les toilettes. Car des homosexuels sont à l’affût. Ici, la cigarette est à la mode. Le jeune qui veut être sur la même fréquence que les autres doit tenir entre deux doigts une cigarette pour être sûr que ses avances seront prises en considération par ces bambines sans scrupule. Ainsi va Yaoundé et ses jeunes qui seront pourtant à l’honneur le 11 février prochain.

© Joseph Flavien KANKEU | Le Messager

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