Cameroun - Succession: La colère du fils Kodock

Deux ans après le décès de l'ancien Secrétaire général de l'Upc, sa progéniture n'arrive pas à jouir de ses biens.

Difficile d'imaginer que l'homme qui hèle le taxi sous le soleil est un fils Kodock, l'ancien Ministre d'Etat décédé dans la nuit du 23 au 24 octobre 2011 à l'hôpital général de Yaoundé. Tee-shirt, jeans et chaussures pas vraiment de ce qu'il y a de chic ou à la mode, Augustin Frédéric Mpeck Kodock, 47 ans, se trimbale dans la rue avec un sac rempli de documents. «Ceux qui me connaissent savent que j'ai toujours été quelqu'un de sobre. L'homme ne se juge pas à son Costume ou à la marque de la voiture qu'il conduit. C'est ma philosophie», sourit-il, en ajustant ses lunettes rondes. Un sourire qui dissimule mal la colère que ce fils de Ministre rumine depuis le décès de son père. Deux ans après le décès de l'ancien Secrétaire général de l'Upc, en effet, tous ses biens ont été placés sous scellés.

Impossible pour Augustin Frédéric Mpeck Kodock et sa sœur Cathy Kodock, qui vit aux Etats-Unis, de profiter du moindre bien laissé par leur défunt père. Plus grave, le compte bancaire du fils Kodock a été scellé, dit-il, parce qu'on a estimé qu'il ne pouvait pas justifier la provenance du solde de 13 millions que contient ce compte. «Vous vous rendez compte? 13 millions. J'ai travaillé avec mon père et on estime que je ne dois pas avoir d'argent dans mon compte. Quelle est cette injustice? Je connais des fils de ministres dont les comptes sont considérablement garnis et qui ne sont pas du tout inquiétés», dénonce-t-il. Pourtant, susurre le fils Kodock, quelque temps avant son décès, l'ancien Ministre d'Etat aurait rencontré le Président Biya pour lui faire promettre que ses enfants ne souffriraient pas s'il venait à quitter ce monde. «Il n'y a que le Président Biya pour débloquer notre situation», pense Augustin Frédéric Mpeck Kodock.

Fondation Kodock

Parmi les biens de feu Augustin Frédéric Kodock dont la progéniture ne peut jouir, il y a une villa scellée au carrefour Biyem-Assi et à l'Omnisports à Yaoundé, les loyers du siège de la Fao à Yaoundé, une grande Palmeraie dans son village à Mom et un grand troupeau de bœufs, sa pension retraite d'ancien Dg et Ministre d'Etat, des voitures (Hummer, une Prado, une Peugeot 607, deux Mercedes, deux Toyota 4x4, etc.), plusieurs comptes bancaires (Sgbc, Bicec, Standard Charted, Amity Bank, etc.) et de nombreux autres biens mobiliers et immobiliers à Abidjan et à Monaco en France, confie le fils Kodock. Au-delà des biens du défunt Ministre, son fils peine à s'insérer dans la société camerounaise.

Expert en sécurité et détective privé diplômé de la United Europeean Detective High School de Belgique, il a tout fait pour être recruté à la police camerounaise, en vain. Il a même créé la fondation Augustin Frédéric Kodock, dont le but est de réhabiliter la mémoire de cet ancien militant de l'Upc, mais elle a du mal à décoller. «C'est un projet qui me tient à cœur. Quand j'entends tous ces gars de l'Upc qui ont mangé dans la main de mon père et qui, aujourd'hui, le traitent de tous les noms d'oiseaux, j'ai mal.

Mon père était un patriote et on le saura un jour», dit-il, avant de poursuivre: «Les gens m'ont soupçonné de vouloir faire de la politique à travers cette fondation. Il y a des autorités administratives qui me l'ont clairement dit. D'où tous les blocages que je connais. Tout le monde me dit qu'on veut savoir quel est le camp du fils de Kodock. Je voudrais dire que je ne fais pas de politique. Et même si je dois militer quelque part, je ne vais quand même pas faire comme la fille d'Ahidjo».

© Jean-Bruno Tagne | Le Jour

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