Cameroun - Remaniement ministériel : Franck Biya pour un rajeunissement de l’équipe gouvernemental

Depuis le double scrutin législatif et municipal du 30 septembre 2013, les yeux et les oreilles de tous les camerounais, ceux d’en haut et ceux d’en bas, sont tournés vers le palais d’Etoudi d’où devrait sortir un nouveau gouvernement.

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Le message du chef de l’Etat le 31 décembre 2013 qui a dénoncé tout ce qui ne marche pas dans l’appareil étatique, est venu renforcer l’idée que ce nouveau gouvernement, sera un gouvernement de rupture. Alors question : de quelle rupture attendraient les Camerounais dans un contexte où l’antienne entonnée par les membres du gouvernement est « l’émergence en 2035 » ? Une rupture générationnelle ? Une rupture de méthode ? Une rupture de rythme ? En effet comme le constate Paul Biya dans son adresse à la nation du 31 décembre 2013, très peu de choses avancent à bon rythme.

Et pourtant, pour parvenir à l’émergence, il faut accumuler un taux de croissance de l’économie à 2 chiffres pendant plus d’une décennie. Pour parvenir à l’émergence, il faut encore accroitre la productivité des salariés de façon continuelle et significative. Pour parvenir à l’émergence, il faut aussi maintenir une cohésion sociale que garantissent de gros investissements dans le domaine social (Education et Santé) et une politique républicaine d’égalisation des chances. La construction des infrastructures qui conditionne tout ceci piétine du fait, indiquent des observateurs bien avertis, du ministère du Plan et de l’Aménagement du Territoire où s’ébroue depuis quelques temps Emmanuel Nganou Djoumessi. Moins de 50% d’investissements publics réalisés en 2013. Cela voudrait tout simplement dire, et selon les experts, que la mobilisation générale du gouvernement et de l’administration de manière générale n’y est pas. C’est dans ce contexte que des sources bien introduites viennent confirmer que Franck Emmanuel Biya, le fils du président Paul Biya lui-même, aurait donné son avis à son père. Cet avis selon nos sources, semble correspondre à l’issue que le peuple attend depuis le dernier discours à la nation du chef de l’Etat. A savoir rajeunir nettement l’équipe gouvernementale. Selon certaines indiscrétions glanées dans le proche entourage de Franck Emmanuel Biya, le chef aurait été sensible à la suggestion de son fils et lui aurait même demandé quelques noms des jeunes « ministrables » qui pourraient répondre aux attentes des populations.

Une vraie relève politique

Seulement, relèvent quelques analystes, le Cameroun est de plus en plus une exception en terme de moyenne d’âge de son équipe gouvernementale. Alors que même le dynamisme d’un gouvernement dépend forcément de l’engouement et la jeunesse de ses membres. Ces analystes estiment qu’autour de nous, l’on voit des chefs d’Etat qui bien qu’étant d’un certain âge, se sont entourés de jeunes. C’est le cas des président Alassane Dramane Ouattara et de Teodoro Obiang Nguema Mbazogo qui ont des ministres généralement âgés de moins de 50 ans. Le président équatoguinéen a nommé son fils vice-président de la république et ce dernier a introduit des ministres de son âge au gouvernement. Les jeunes présidents du Gabon et du Togo, naturellement, gouvernement avec des ministres qui sont de leur génération.

Pour d’autres analystes, le président Paul Biya qui va fêter ses 81 ans dans quelques jours, a la chance d’avoir un organisme exceptionnel, il est bien portant et assume bien ses hautes fonctions, mais il ne peut plus courir comme un jeune, surveiller lui-même tous les chantiers. C’est son gouvernement qui doit tout faire. Mais on a plutôt l’impression que beaucoup de ministres et de directeurs généraux des entreprises publiques, sont plus fatigués que lui. Comme on l’a vu lors du comice agro pastoral d’Ebolowa, pendant qu’il faisait le tour des stands d’exposition. Paradoxalement. Alors questions : comment l’Etat peut-il être efficace ? Si en plus certains ministres et directeurs généraux ajoutent la mauvaise foi et fon du sabotage du régime leur politique sournoise ?

Le président Paul Biya n’étant qu’au début de la 3e année de son mandat qui court jusqu’en 2018, comment peut-on envisager la suite sans une nouvelle équipe gouvernementale jeune pouvant traduire concrètement et fidèlement ses ordres de façon à relancer notre croissance économique ? Le dilemme du locataire d’Etoudi est donc là : trouver des jeunes à qui il ferait confiance. Car au-delà du caractère impératif du rajeunissement du gouvernement, d’autres observateurs estiment qu’il est question de préparer une vraie relève politique. Or certains collaborateurs du chef de l’Etat ne l’entendent pas de cette oreille. Ils voudraient aller jusqu’au bout de leur mandat avec le président de la République, au risque de bloquer l’évolution économique et sociale du pays.

Un lien sûr

C’est justement ce danger que Franck Emmanuel Biya serait allé signaler à son père, mais il n’est pas allé au bout de la logique, par modestie indiquent nos sources. Car il est lui-même un élément de la confiance de son père vis-à-vis des jeunes cadres. Si lui-même entrait au gouvernement ça établirait un lien sûr entre le président de la République et un gouvernement rajeuni et entreprenant. Il pourrait ainsi transmettre l’information juste à son père sur l’action gouvernementale. Ce choix, loin d’enfreindre la logique républicaine du chef de l’Etat, viendrait plutôt renforcer, en limitant les dérives aristocratiques de certains « vieux » qui ne pensent qu’à eux et à leurs enfants seuls. Au lieu de défendre l’intérêt général, sans que le président de la République, qui les a nommés ne soit parfaitement au courant.

© Source : La Nouvelle

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