Cameroun:Quand la facilité mène les jeunes à la désillusion

La recherche effrénée du gain facile pousse les jeunes à succomber à toutes sortes de tentations. Notre fidèle lecteur, Joseph Tchamabo pense qu'il faut déployer beaucoup d'efforts pour protéger les jeunes contre les jeux du hasard, la débauche, les sectes, la publicité mensongère.

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Notre société humaine pourra être comparée au système sidéral où, dans une gravitation permanente, les astres gardent généralement leur trajectoire. Ainsi, notre société évolue-t-elle selon des normes déterminées, parfois presque génétiquement inscrites en chaque homme. Par une certaine forme gravitationnelle, le déséquilibre tend à s'instaurer, rendant certains éléments distants et incontrôlables, bref non plus soumis aux lois naturelles et sociales. Ce qui est de nature à perturber tout l'ensemble, pouvant mener à des accidents, à des fléaux de tous genres, car « toute maison dressée contre elle-même court à sa ruine » et plus on avance dans le temps, plus l'humanité semble s'éloigner des centres d'intérêts moraux et perd des repères qu'il devrait rétablir, en vue de sauvegarder notre monde en dérive, c'est-à-dire ayant échappé aux forces de gravitation normales.

Etant donné que le monde est un ensemble qui se tient, l'homme ne pourra pas enfreindre impunément les lois naturelles et sociales, de même qu'on ne peut pas scier la branche sur laquelle on est assis, sans se laisser choir. Il y va de la sauvegarde de l'espèce humaine dans sa valeur intrinsèque, si l'on cherche à rétablir certains grands équilibres naturels et moraux. Certes, il ne s'agit pas de s'engager dans une perspective de grandes ambitions, mais juste de balayer devant sa cour, afin de contribuer à la propreté de tout le village ou de toute la ville ; selon notre sagesse ancestrale qui dit que « la valeur humaine se construit à partir du noyau familial ». Autrement dit, c'est avec les encouragements et les conseils de ses proches parents que l'enfant pourra affronter la vie et s'en tirer avec une certaine bravoure.

Sans vouloir trouver « un point d'appui pour porter le monde » ou « trop embrasser pour mal éteindre ». Il s'agit de nous engager dans une réflexion de proche en proche, afin de mieux armer les enfants devant ce défi de transformation vertigineuse du monde, devenu, de surcroît, un village planétaire. Devant une foultitude de mutations environnementales, économiques, sociales et physiques, généralement néfastes au genre humain, il revient à ce dernier de redresser la barre pour éviter à notre navire terre d'évoluer vers des profondeurs obscures où le manque de visibilité ne peut mener que vers l'autodestruction.

Il nous revient de revenir sur (la) terre (ferme) pour rétablir ou redéfinir les paramètres de navigation, nous prémunir contre toute bourrasque éventuelle et nous préparer à voguer vers des lendemains qui chantent. C'est dans ce contexte que la cellule familiale revêt toute son importance selon cette sagesse bien de chez nous qui dit que « l'âme bien née manifeste sa valeur dès le noyau familial ». Autrement dit : les vraies valeurs humaines ne s'inventent ni ne s'inculquent à l'âge adulte, mais à partir de l'enfance dans le cercle familial (parental). Comme pour voyager de plusieurs kilomètres, on commence par ce premier pas qui concerne les parents et conditionnent toute la suite.

RESPONSABILITE

Les prémices à toutes dispositions devront être la parenté responsable ; c'est-à-dire être acquis au fait que la vie n'est pas un jeu (d'enfant). Ce qui revient à dire que toute précocité est à proscrire, tout pour la sexualité, le mariage que pour l'activité professionnelle. Autant des notions que l'enfant devra assimiler auprès de ses parents et de ses enseignants, lesquels devront œuvrer en étroite collaboration pour le développement harmonieux de l'enfant : science et conscience. A ce niveaux, l'accent devra être particulièrement mis sur la santé, pour que l'enfant puisse comprendre l'importance d'un « esprit sain dans un corps sain » : les drogues et les maladies ne peuvent contribuer qu'à sa déchéance. A la maison comme à l'école, l'enfant devra évoluer dans un cadre décent, disposant au moins du minimum vital lui permettant de ne pas succomber à différentes sollicitations.

Entre ces deux cadres, devrait régner une certaine harmonie : il serait néfaste de sortir l'enfant d'une origine modeste pour aller l'inscrire dans l'établissement scolaire le plus huppé de la place. L'enfant ne pourra y éprouver que de la gêne devant ses camarades faisant étalage de leur suffisance matérielle. Ici comme ailleurs, la modestie devrait être une des vertus à inculquer à l'enfant et au jeune. En effet c'est souvent par des ambitions extravagantes que l'enfant s'engage sur des chemins périlleux. Les périls pourront être réduits au minimum par l'exercice d'un contrôle permanent sur l'environnement où se trouve l'enfant ; avec les moyens de communication modernes, l'enfant sera appelé à n'en user qu'avec modération et en cas de nécessité : des séjours prolongés dans les cyber cafés sont souvent plus nocifs qu'utiles à l'enfant.

Certes un courrier électronique peut être envoyé ou reçu, des recherches pour un travail scolaire ou académique précis peuvent s'effectuer sur la toile, mais ces lieux ne sont pas très indiqués pour les éloigner de l'oisiveté, quand bien « un esprit inoccupé serait l'atelier du diable ». Un choix s'impose pour déterminer l'utilité ou la nocivité de l'occupation, car si « le travail éloigne de nous trois grands maux : le vice, l'ennui et le besoin », ce ne serait pas une raison pour s'occuper n'importe comment. S'agissant du travail, il importe de savoir se concentrer pour un meilleur rendement intellectuel à tous les niveaux, ce qui implique encore une fois un cadre débarrassé de toutes sortes de bruits excessifs.

Encore que le bruit n'a jamais été utile à quiconque, mais au contraire, aux dires des spécialistes, il est même à l'origine de certaines maladies dont les symptômes se manifestent au fur et à mesure qu'on avance en âge. Et en même temps qu'on se restreint à sa tâche, il faut s'astreindre à l'effort par une pratique soutenue, comme aimait à le recommander un de nos prélats de regrettée mémoire : « Entraînez-vous sur le terrain de l'effort ». 

De cette façon, un avenir bien préparé ne saura aboutir à un échec catastrophique. Contrairement à ce qui précède, la facilité mène l'enfant aux rêves et aux désillusions. Les sirènes de la vie moderne ne construisent rien de durable, sans parler de celles qui ruinent immanquablement tels les jeux du hasard, la débauche, les sectes, la publicité mensongère, etc.De même qu'à « vaincre sans péril, on triomphe sans gloire », de même à acquérir sans effort, on gaspille de façon inconsidérée, pour retomber dans le statu quo ante qui n'en est que plus déprimant.

Or le rythme vertigineux de la vie moderne ne laisse que très peu de chance aux déprimés dont la précarité n'est plus à établir. Comme « il y a de la honte à être heureux tout seul », les parents doivent apprendre aux enfants à se serrer les coudes pour vivre en communauté, conscients que nous avons tous les mêmes sensations et les mêmes sensibilités en tant qu'êtres humains. D'ailleurs, « l'homme est un animal grégaire », qui doit dialoguer avec le prochain pour se faire comprendre et le comprendre. Cet esprit de dialogue devra prévaloir à tous les niveaux de l'organisation sociale, depuis le noyau familial jusqu'à la communauté nationale. Dans ce commerce avec autrui, la circonscription devra être de rigueur pour savoir distinguer le bon grain de l'ivraie.

© L'Effort Camerounais : Joseph TCHAMABO

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