Cameroun - Prison centrale de Yaoundé: Ambiance d’attente du remaniement chez les anciens ministres

Le président de la République a été très menaçant dans son adresse à la Nation le 31 décembre dernier. Mais après, alors que l’on attend qu’il remanie le gouvernement pour sanctionner les « paresseux », il se recroqueville dans son village natal.

Ouvrant ainsi le bal des règlements de compte et autres coups bas entre ses collaborateurs. « Une stratégie savamment montée pour diviser afin de mieux régner », analyse un ancien ministre.

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Plusieurs observateurs avertis de la scène politique nationale avaient annoncé le remaniement ministériel avant la fin de l’année 2013. Mais nous voici rendus au 14 janvier 2014. Pourtant, le discours de fin d’année prononcé le 31 décembre dernier par Paul Biya augurait d’une fin imminente pour l’équipe de Philémon Yang, le Premier ministre. Car le chef de l’Etat a clairement dénoncé les goulots d’étranglement qui plombent encore l’activité de l’administration publique. Ce silence de l’homme-lion ne surprend guerre ceux qui le connaissent bien. « C’est une tactique propre à Paul Biya. Il est un adepte de la politique de l’immobilisme. Après avoir prononcé un discours-vérité comme celui-là, qui n’est destiné à personne directement, il se retire à Mvomeka pour attendre les réactions.

Parce qu’il sait que des ministres vont lui servir les têtes de leurs collègues dans des plateaux en or, les accusant des histoires vraies ou fausses. C’est comme cela qu’il réussit aussi à être renseigné sur les uns et les autres », confie un ancien ministre de la République ayant servi pendant plusieurs années sous le régime Biya et maintenant détenu dans le cadre de l’Opération Epervier. Celui-ci pense que les anciens ministres et directeurs généraux aujourd’hui en difficulté avec la Justice ont été rayés du carnet de Paul Biya par le même procédé. « Cette technique lui a permis de recevoir des rapports fondés ou pas sur certains de ses collaborateurs de qui des collègues ont dit des choses abominables dans l’intention de se maintenir à leurs fonctions. On a ainsi dit de certains qu’ils sont tellement fortunés qu’ils peuvent financer une milice, d’autres qu’ils ambitionnent de prendre le pouvoir et d’autres encore qu’ils tissent des réseaux pour déstabiliser le pays avec le soutien déjà négocié des Etats européens », ajoute notre source.

Discours pompeux

Pour cet ancien haut commis de l’Etat aujourd’hui en disgrâce qui résume le sentiment de ses camarades d’infortune, le chef de l’Etat vit exactement comme « une tortue» qui passe l’essentiel de son temps dans sa carapace, et ne ressort la tête que pour trouver de quoi manger. Son attitude vis-à-vis des grands rendez-vous de la sous-région en dit long. « C’est une pratique ancienne de la politique qui consiste à jouer la défense et à n’engager les offensives que lorsqu’il y a une position de contre attaque. C'est-à-dire que Paul Biya initie très peu. Il observe et saute sur les erreurs pour prendre des points.

Ce qui se passe aujourd’hui en République centrafricaine et son comportement vis-à-vis de cette situation en est une parfaite illustration. Sauf que cette méthode est aujourd’hui dépassée car qui ne risque rien n’a rien. Voilà qu’à force d’oser Idriss Déby Itno du Tchad réussit déjà à asseoir son hégémonie dans la sous –région Afrique centrale», analyse notre source écrouée depuis 2008. Au passage, elle observe que le chemin de Mvomeka est la destination privilégiée de ces personnes qui passent l’essentiel de leur temps à raconter des histoires rocambolesques aromatisées de discours pompeux au président de la République. Mais jusqu’à quand attendra-t-on ? se demande-t-on derrière la muraille de Kondengui.

© Joseph Flavien KANKEU | Le Messager

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