Cameroun - Perspective-Post double scrutin: Le maquis peut-il reprendre au Cameroun ?

Les déclarations incendiaires du président du MRC, Maurice Kamto, lors de sa conférence de presse de mardi dernier donnent A penser que ce leader de l'opposition prépare la guerre civile pour 2018.

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I.- L'argument démographique

«Les Bamiléké sont en train de tout faire pour prendre le pouvoir en 2018... Je dis bien tous les Bamiléké, tous bords politiques confondus... Ils soutiennent Maurice Kamto le président du Mrc... Ils disent qu'ils en ont assez d'attendre depuis plus de 50 ans et qu'après le Grand Nord avec Ahmadou Ahidjo et le Grand Centre-Sud avec Paul Biya, leur temps est arrivé de diriger le pays politiquement... Mais seulement ils auront en face d'eux le Grand Nord qui veut revenir, le Grand Centre-Sud qui veut se maintenir au pouvoir et les Anglophones des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest qui estiment que leur heure a sonné après le long règne des Francophones... » C'est un observateur averti de la politique camerounaise qui nous a fait cette analyse au lendemain de la conférence de presse du Professeur Maurice Kamto. Il suit depuis quelque temps ce qui se passe au pays surtout en ce qui concerne les Bamiléké qui sont alignés derrière le professeur de Droit qu'est Kamto tout en militant dans plusieurs partis politiques dont le Rdpc pour faire diversion.

Et que le moment venu, en 2018, pour la présidentielle, ils vont s'aligner, soutenir l'enfant de Baharu. Il y a une phrase de Kamto qui a attiré l'attention de notre observateur pendant la conférence de presse: Lors du prochain scrutin dans notre pays, à la barbarie électorale du Rdpc et du pouvoir, nous opposerons, jusqu'à notre dernier souffle, une résistance citoyenne et républicaine ». Pour les lecteurs qui ne comprennent pas bien le français du professeur Maurice Kamto, « résistance citoyenne et républicaine » veut dire la guerre, civile, le maquis.

Sur quoi compte Maurice Kamto pour déclencher une guerre civile ?

- La démographie. Les Bamiléké contestent les chiffres du Sème recensement général de la population et de l'habitat de 2005 publiés en 2010. Selon ces résultats, la population du Cameroun a 19 406 100 habitants dont 9 599 224 hommes et 9 806 876 femmes. Voir la répartition par région de la population (recensement 2005 majorée 2010). Les Bamiléké ne comprennent pas pourquoi ils ne sont que 1.785.285 habitants dans leur région d'origine, mais ils oublient qu'ils sont bien représentés dans la région du Littoral (département du Moungo et du Wouri où ils sont majoritaires) et dans le Centre. Sur les trois millions d'habitants du Wouri ou de Douala, les Bamiléké représentent au moins 1.5 millions d'habitants, suivis par le groupe bassa, le groupe Fang/Béti/Mbamois, Grand Nord.

Dans la région du Centre, à Yaoundé la capitale qui compte 2.5 millions d'habitants selon France 24, les Bamilékés sont plus de 500.000 soit au moins 20% de la population concentrés à Yaoundé Ile dans les quartiers Carrière, Madagascar, Mokolo ; à Yaoundé Ille dans la zone de Montée Jouvence et à Yaoundé VI, dans la zone de Biyem-Assi et Mendong où ils sont très largement majoritaires avec les Anglophones, surtout ceux du Nord-Ouest. Les Bamilékés sont aussi nombreux dans les quartiers Manguiers, Etoudi, etc. Si on compte avec ceux qui sont installés dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest comme le professeur Francis Wete Wete, directeur général adjoint de la Crtv qui est un Bamiléké (originaire du Ndé), nos compatriotes de l'Ouest sont plus de 4 millions si on tient compte du département anglophone du Lebialem (région du Sud-Ouest peuplé de 113.000. habitants d'origine Dschang comme les journalistes Asonglefack Nkemleke, Ebokem Fomenky et Kendezn Forbinake, etc.)

Voir le récapitulatif de la population bamiléké ci-dessous. Les Bamiléké sont plus de 4 millions et demi si on tient compte de ceux qui vivent dans les autres régions du pays hormis celles citées plus haut. Sur le plan électoral, cette population est moins importante que celle du Grand Nord qui vit sur ses terres et qui est estimée 6.54.6.265 habitants, en réalité supérieure à 7 millions d'habitants. Le Grand Nord représente à lui seul 50% soit un tiers de la population camerounaise. Arithmétiquement, le professeur Maurice Kamto ne peut pas gagner la présidentielle de 2018 par les seules voix bamiléké, il lui faut des apports venant d'autres régions, les Bamiléké ne représentant que 25% des électeurs camerounais.

II- Les poutres d’appui Les moyens financiers.

Les Bamiléké en ont et c'est indiscutable. Ils peuvent ainsi alimenter le maquis pendant de nombreuses années. On connaît même déjà certains financiers du professeur Maurice Kamto tels le richissime homme d'affaires et banquier Fokam Kammogne, Baham comme le président du Mrc, entre autres milliardaires de l'Ouest. Les moyens financiers sont disponibles pour Kamto à Afriland First Bank de Fokam et dans d'autres institutions financières du pays. Les moyens militaires. Même dans l'armée, les Bamiléké sont bien représentés à un niveau élevé. Ils sont quatre parmi les officiels généraux : - Samobo Pierre (Bamboutos) ; - Njinè Djonkam Pierre (Haut-Nkam) ; - Mambou Deffo (Hauts-Plateaux; - Tsemo Hector (Hauts-Plateaux). Ces deux derniers généraux sont originaires des Hauts-Plateaux comme le professeur Maurice Kamto. De là à penser qu'ils pourraient lui apporter leur soutien au cas où... Les Bamilékés ont donc quatre généraux sur la vingtaine que compte le Cameroun, le général Esaïe Ngambou est originaire du département du Noun, donc d'ethnie Bamoun et non Bamiléké. Les moyens intellectuels. Les Bamiléké sont l'ethnie qui a le plus formé les enfants tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays.

A l'intérieur du pays, ils contrôlent la majorité des établissements d'enseignement supérieur comme l'université des Montagnes à l'Ouest du pays, l'institut supérieur du Golfe à Douala, Sup de Co à Douala tout comme Siantou supérieur à Yaoundé, etc à l'extérieur du pays, ils ont une forte intelligentsia qui fait honneur au Cameroun dans tous les domaines, mais surtout scientifiques. Ils n'ont fait que suivre les recommandations de Mgr Albert Ndongmo, évêque catholique romain, un homme d'une très grande intelligence qui avait demandé aux populations bamiléké d'envoyer les enfants à l'école. Voilà certains des moyens dont dispose Maurice Kamto pour gagner par la voie pacifique l'élection présidentielle de 2018. Ou par la force. III- La riposte éventuelle Les forces en face. Seulement les Bamiléké auront en face d'eux les autres Camerounais car n'oublions pas que le Grand Nord veut revenir aux affaires après le long règne de Paul Biya qui est Fang/Béti des régions Centre, Sud et Est. Et ce grand bloc Centre-Sud-Est ne veut pas lâcher le morceau. Guérilla urbaine. C'est à Douala que les Bamiléké peuvent ouvrir une guérilla urbaine, mais ils auront devant eux les Bassa, les Sawa, le Grand Nord, les Mbamois, etc. qui ne se laisseront pas faire. Prenons l'exemple du Grand Nord et choisissons une seule ethnie que sont les Toupouri qui sont de vaillants guerriers qui manient avec aise le gourdin.

En 2008-2009, on estimait qu'il y avait dans la ville de Douala 30 000 Toupouri qui sont très nombreux dans certains quartiers comme le Dernier poteau. On a vu, lors des «villes mortes» au début des années 1990, comment les Bassa ont sécurisé la vaste zone partant de Ndokoti jusqu'à Yaoundé, soit plus de 200 kilomètres ; Ndokoti n'avait pas connu le phénomène de ville morte, d'ailleurs le quartier était surnommé petit Paris. Les Bassa disaient aux Bamiléké qu'ils avaient beaucoup souffert du maquis pendant la période coloniale et sous Ahmadou Ahidjo qui avait laissé le pays bassa très enclavé alors que l'Ouest bamiléké était assez bien servi en infrastructures routières. A Yaoundé, les Bamiléké quoique étant très nombreux dans les arrondissements de Yaoundé IIe et VI ne peuvent pas tenter un coup de force contre Paul Biya car ils trouveront en face d'eux des gens, Ewondo, Bane, Eton qui n'attendent que ce prétexte pour en découdre. Même au sein des forces de défense, Paul Biya a pris suffisamment de précautions pour ne pas être surpris.

IV- Des moyens de rétorsion efficaces Contre Maurice Kamto.

Il n'est pas difficile d'empêcher Maurice Kamto par des moyens légaux de se présenter à la présidentielle de 2018 s'il continue à s'agiter comme il le fait là maintenant. Il suffit de fouiller dans sa vie pour voir s'il n'a pas par exemple détourné des fonds publics ou autres faits de nature à ternir son image et le mener tout droit en prison. A tout moment donc, la police ou la justice peuvent exhumer un dossier compromettant contre lui. Contre ses financiers qui sont bien connus. Dans les jours, semaines et mois qui suivent, il peut bien arriver des pépins à Fokam Kammogne et sa banque Afriland First Bank. L'Etat ou le régime de Biya peuvent couler cette institution bancaire d'une manière ou d'une autre. On sait ce qui est arrivé à Cbc du richissime homme d'affaires et éminent membre du Rdpc, Victor Fotso.

Le régime Biya a beaucoup de possibilités pour nuire à Afriland First Bank et en même temps réhabiliter la Cbc de Victor Fotso. D'autres ennemis en embuscade. le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, anglophones. Ces deux régions anglophones du pays estiment que leur temps est venu de diriger le Cameroun indépendant qui est resté longtemps entre les mains de la communauté francophone certes majoritaire. Et c'est le bon droit des Anglophones de revendiquer la présidence de la République. Selon nos analyses et celles de certains observateurs, si un Anglophone succède à Paul Biya, le Grand Nord, les Bamiléké, le Grand Centre-Sud-Est qu'on peut appeler le Grand Sud pourraient se tenir tranquilles.

V- Les affaires n'aiment pas le bruit Les perdants : les Bamiléké.

Si Maurice Kamto déclenche le désordre en 2018, ce sont les Bamiléké qui seront les plus grands perdants. Ce sont les plus grosses fortunes du pays avant le Grand Nord. En dehors des investissements extérieurs à Douala, les Bamiléké tiennent au moins 80% des affaires qui ont pignon sur rue dans la capitale économique qu'est Douala. Si donc les Bamiléké qui ont tant investi à Douala déclenchent les hostilités, c'est qu'ils sont totalement fous !!! En le faisant, ils vont chasser les investisseurs étrangers que le Cameroun intéresse de plus en plus grâce à son fort potentiel du sol et du sous-sol et intellectuel. Et le chef de l'Etat est quelqu'un de très intelligent, lui qui fait construire en ce moment le port en eau profonde de Kribi qui sera opérationnel en 2014.

Ceci pour empêcher que les agitateurs bamiléké ne bloquent celui de Douala et faire en sorte que le reste du Cameroun et les pays voisins et frères du Tchad, et du Centrafrique ne soient plus approvisionnés. Au total, Maurice Kamto et ses séides n'ont pas à déclencher une guerre civile dont il ne va pas maîtriser la suite. Il a le droit de faire des revendications pour que les choses changent au niveau d'Elecam, du Code électoral mais par des voies- pacifiques et non par la «barbarie» comme annonce dans sa conférence de presse du mardi 22 octobre dernier. L'époque de Um Nyobé, Ouandji, Takala, Ouambo le Courant, Félix Roland Moumié et autres est derrière nous, prof ! © Michel Michaut Moussala | Aurore Plus

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