Cameroun : Patrice Nganang, "Les hommes de Tsala Essomba ont violé ma soeur !"

"Il est des textes que personne ne souhaiterait jamais avoir à écrire – encore plus cet écrivain-ci. Ce texte-ci est de ceux-là. Ma soeur, née entre mes mains, a été violée par quatre hommes dans la plantation de Tsala Essomba à Nkolfie, près d’Obala, et abandonnée nue dans la forêt par ceux-ci.

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Les témoignages concordants le certifient, et l’accusation va directement à la tête de ‘Va et raconte.’ Les raisons de ce viol collectif, précédé par une mise en esclavage totale de ma soeur, me sont devenues claires ces jours-ci quand au téléphone, ma famille n’a de cesse d’insister sur ma venue au Cameroun, elle qui déjà depuis voulait que d’une part j’arrête d’écrire le genre de textes que j’écris et qui ‘critiquent le chef de l’Etat’, mais surtout, que je me convertisse au culte de Tsala Essomba et témoigne de mon lavage de cerveau par une vidéocassette tel que voulu par l’homme. Je ne l’ai pas fait.

Après leur forfait, les disciples de Tsala Essomba ont abandonné ma soeur dans la forêt tard dans la nuit, avec la mise en garde qu’elle était encore chanceuse, car lui ont-ils dit, des jeunes filles avaient été découpées la veille sur le même lieu et leurs organes vendus. Heureuse d’avoir échappée à la mort, ma soeur a gardé ce secret odieux pendant un an, contrainte de retourner pendant tout ce temps dans l’église de son ordalie qui auparavant a pris possession de toutes ses pièces d’identité, de ses diplômes, de ses adresses e-mail et téléphone, la coupant ainsi de tout membre de sa famille externe à‘Va et raconte.’ Totalement coupée du monde, elle s’est retrouvée livrée à un groupe sous l’emprise de Tsala Essomba qui, au nom de la Bible, l’a mise en esclavage sur les champs, en même temps qu’il usait de son corps.

C’est qu’il faut dire que cette mise en esclavage vient du pupitre de Tsala Essomba qui, je me suis fait raconter, demande lors des cultes, surtout le vendredi, à ses fidèles d’aller travailler dans les plantations de sa mère à Nkolfie près d’Obala, et met à leur disposition des véhicules de transport. Ce travail dans ses champs familiaux qui n’est pas rémunéré est fait durant le weekend, et les travailleurs, hommes et femmes confondus, se retrouvent ainsi livrés les uns aux autres et au prédicateur esclavagiste, car ‘payés par Dieu et la bénédiction.’ Mais comment aujourd’hui, en 2013, une jeune fille, née à Yaoundé, étudiante heureuse et brillante, peut se retrouver ainsi mise en esclavage pendant des années, dans une ordalie dont les descriptions les plus sombres nous rappellent Perpétue ou l’habitude du malheur de Mongo Béti, sinon ses descriptions de la scandaleuse sixa de la période coloniale dans Le Pauvre Christ de Bomba ?

C’est en 2010 que ma soeur a abandonné tout, université, travail, voyages, pour être mise aux fers dans la galère de Tsala Essomba dans les mains de qui elle s’est jetée pour se secourir de la mort tragique de notre mère. Il faut bien décrire la machinerie de l’enfer qui, construite dans notre pays, l’a prise en captivité et pousse des antennes partout, au nom de la loi sur la liberté du culte religieux, machine dont ‘Va et raconte’ est sans doute l’une des inventions les plus diaboliques. Le rythme infernal des cultes qui commencent à 15 heures et ne finissent que le lendemain à six heures du matin, faits de chants, de danses infinies, de girations malades, de veillées, de prières iterminables, de consommation de drogue, rendent tout simplement une existence en dehors de tel temple de la possession impossible, car condamnée à la dépression du drogué en manque de sa substance et de son dealer.

Durant ces veillées qui ont lieu tous les jours, je me suis fait dire, hommes et femmes dorment ensemble, sur les bancs du lieu de ce culte, et ne se réveillent au matin à six heures que pour se préparer au prochain culte de 15 heures. Quelles orgies se passent lors de ces nuits ? Et quel est le prix du refus ? Le prédicateur à la parole faite d’incantations, de menaces ouvertes et directes, qui fait campagne électorale dans son église de manière quotidienne et est d’une violence inouïe contre ceux qui ne supportent pas Paul Biya, s’en est allé jusqu'à une fois se réjouir de la mort par accident de circulation de Pius Njawe, parce que, disait Tsala Essomba, ‘Il a récolté ce qu’il a semé’, et parce que, ajouta-t-il, ‘il y a des gens qui insultent Biya, est-ce que c’est Biya qui demandé d’aller coucher avec des gens de 50 ans ? Quand ça ne va pas, vous accusez Paul Biya. Si vous le faites, vous attirez la malédiction sur vous !’ Mais aussi : ‘Il faut respecter les autorités, parce que Jésus a respecté les autorités.’ Prédicateur-politique qui au final demande à ses fidèles devenus esclaves, de ‘s’inscrire massivement sur les listes électorales et de voter pour Paul Biya.’ La culture de la peur, de la haine, de la division qui rend les Camerounais esclaves d’un homme qui leur dit : ‘sans Jésus, sans Tsala Essomba, sans ‘Va et raconte’, le sorcier peut t’attendre.’ Qui leur dit : ‘la seule maison où on est protégé des attaques de sorcellerie, c’est ‘Va et raconte’, lieu où rendus peureux devant la vie certains élisent domicile finalement. Culte qui fabrique des jeunes qui devant un chat ou un chien s’écrient : ‘Sang de Jésus Chris !’, qui devant leur propre ombre pensent au ‘sorcier’, qui devant le succès de l’autre pensent à la ‘possession’, à ‘l’envoutement’, qui courent les rites ‘d’exorcisme’ ; des jeunes dont les témoignages haineux sont passes à la télévision sur Canal 2, dont les mots maléfiques sont célébrés (‘Dans mon commerce’ dit un, ‘rien ne marchait, ma bailleresse est décédée, et j’ai su que c’est elle qui bloquait mon business, car depuis ça marche.’) ; multiplication d’interdits qui coupent de toute vie sociale, car les fidèles ont peur de manger dans des restaurants, ‘parce que c’est la nourriture sacrifiée au démon’, fidèles à qui Tsala Essomba demande de couper les relations toutes téléphoniques avec leurs frères et parents quand ceux-ci ne sont pas membres de ‘Va et raconte’ – quel culte ! Culte qui impose de jeuner jusqu’aux enfants de cinq ans, qui fantomatise ces enfants de cinq ans autant que les adultes, les jetant dans la dépression quand ce n’est pas la démence ; multiplication de visions de malheur qui rendent les sujets paranoïaques, leur fait se retourner jusque contre leurs propres frères et soeurs, contre leurs parents, contre leur époux, surtout quand ceux-ci ne sont pas dans ‘Va et raconte’ ! Jamais religion n’a été aussi plantée au coeur de notre capitale pour en même temps retourner les Camerounais les uns contre les autres, détruire les familles, et ainsi permettre au tyran de s’asseoir dans la ruine de foyers familiaux devenus inexistants ! Jamais culte ne s’est aussi clairement composé avec la volonté de faire du mal aux Camerounais, et cela avec la bsanction du pouvoir dont les ministres visitent les sessions de Tsala Essomba pour asseoir leur propre pouvoir dans un pays où la possession de la carte du parti RDPC ne crée plus des allégeances que lors du parti unique celle-ci fabriquait. Le tyran qui ainsi a planté dans ‘Va et raconte’ les racines de son pouvoir à perpétuité par la fantomatisation des citoyens, n’a plus besoin que de la multiplication de tels cultes dans lesquelles de sept à huit offrandes sont faites, offrandes qui vont des frais d’église, à l’offrande au personnel (qui ici dépend de la poche de chacun, mais commence à 5000Fcfa), à l’offrande au prédicateur ; aux sacrifices (somme d’argent qui dépend de la bourse de chacun, pour bénéficier d’une prière particulière de Tsala Essomba). Et ces offrandes qui commencent à 5000 Fcfa donc, sont données par des sujets qui sont classés bien visiblement dans le lieu du culte, selon la somme donnée par chacun. Temple de l’argent, classification des êtres humains selon les possibilités de leur bourse, par un prédicateur qui précise que l’on reçoit la prière en fonction de la somme donnée. Mais n’oublions pas le sacrifice ‘qu’est-ce que tu veux que Dieu fasse pour toi ?’ qui s’élève à 200,000 Fcfa, car selon le prédicateur: ‘plus tu donnes, plus quelque chose de miraculeux va arriver dans ta vie.’ Et que dire, au sortir de ce Mammon du Fcfa, de l’eau bénite qui coute 800 Fcfa la bouteille de source Tangui, vendue par le magasin de Tsala Essomba, eau qui, dit-il, est déjà bénite mais qui sans sa ‘bénédiction’, coûte en fait 350 Fcfa. Et s’ajoute une bibliothèque de démonologie, qui remplace tout ce que le savoir éclaire a jamais pu produire, pour systématiquement défaire toute raison, pour anéantir toute volonté d’indépendance, et plonger les sujets dans la totale nuit. Une véritable industrie de la feymania, qui ne peut fonctionner cependant que si au coeur de la capitale, avec la bénédiction d’un pouvoir en fin de souffle, qui a besoin de transformer les Camerounais en esclaves, le crime est devenu la loi ! Car affaiblis par les jeûnes interminables, rendus paranoïaques par les prédications démoniaques, redus aveugles par des livres sataniques, retournés contre leurs proches par des cultes de possession et de dépossession, coupés de leurs relations sociales par les prescriptions divisives, dépouillés de leurs cartes d’identité, les sujets sont livrés à la machine infernale qui fait d’eux des travailleurs forcés à Nkolfie, près d’Obala, dans la plantation de la maman de Tsala Essomba ! Ils sont transformés en viande, en bêtes de somme que les gros bras de Tsala Essomba violent à quatre àNkolfie, près d’Obala! Car c’est bien là, à Nkolfie, près d’Obala, dans ce lieu de l’infamie la plus scandaleuse que ce pays ait inventée, qui est le village de Tsala Essomba, que ma soeur a été violée par quatre hommes lors d’un des cultes sataniques du ‘pasteur’, par des hommes qui lui ont en plus interdit de donner le témoignage de ce qui lui a été fait ! Et qui aujourd’hui veut me faire chanter ! Il faut que ce pays ait des lois, il faut qu’il ait une justice pour punir les coupables, mais où est-elle quand le crime est commis en plein air ?

Quand la plantation de l’esclavage est construite au plein coeur de nos villes, et quand le prédicateur voue aux gémonies quiconque s’oppose a Paul Biya, et les pourchasse de son obscurité maléfique ! ‘Il a récolte ce qu’il a semé’, telle a été la phrase de Tsala Essomba à la mort de Pius Njawe, et c’est ce qu’il souhaite à toute autre personne qui s’oppose à Paul Biya – être écrasépar une voiture, donc à cet auteur-ci dont ma soeur porte le nom, nom qui est sur sa carte d’identité qui, elle, est aux mains de Tsala Essomba ! Retourné contre moi qui suis loin, Tsala Essomba n’a pu abattre sa rancune que sur ma soeur, qu’il a vidée de toutes pièces d’identité pour la rendre inexistante, qu’il a vidée de tout lien social pour la couper du monde, qu’il a mise en esclavage pour la posséder, et au final pour me contraindre à venir au Cameroun la secourir et ainsi tomber comme une mangue mûre aux mains des tortionnaires du renouveau ! Chaine du chantage ! Chaine mafieuse ! Devant de telles contraintes, elle a craqué il y a un mois, ma soeur, ayant cessé de manger, avant de sombrer dans une crise violente le 2 juillet, et de se retrouver une fois de plus dans les bras du pasteur Tsala Essomba par qui son malheur a commencé jadis.

Cercle vicieux, cercle maléfique qui lie le pouvoir à un culte maléfique, qui prend en otage une jeune fille, qui la menace de mort, qui la tient et ainsi veut me tenir, veut me rendre silencieux. ‘Il y a maman qui a besoin des gens pour son champ’, dit le prédicateur de malheur, ‘ceux qui sont aptes et volontaires seront bénis.’ Et ainsi s’ouvrent les portes de l’esclavage effectif aux volontaires, après celui de la subjection de leur corps et de leur esprit. Ainsi s’est ouvert le labyrinthe infernal, l’ordalie pas encore close, qui a déjà vu le viol de ma soeur par quatre disciples de Tsala Essomba.

Que me réserve donc cet homme qui s’est réjouit de la mort de Pius Njawe ? Pourquoi tient-il captive ma famille ? Pourquoi donc ? De quoi a-t-il si peur au point de commettre le crime ? Va-t-il empêcher par la mise en esclavage des Camerounais, par le viol de masse des Camerounais, à l’histoire camerounaise de s’écrire de toute évidence ? Pourquoi veut-il que je me taise ? En attendant que la voiture ne m’écrase comme il le souhaite à quiconque s’oppose à Paul Biya, pourquoi veut-il tuer ma soeur ?

© Le Jour : Patrice Nganang

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