Cameroun - Palmiers à huile - Affaire Heraklès Farm: Paul Biya cède face aux Américains

Un décret du chef de l’Etat octroie 20 mille hectares à la société américaine pour moins de 200 millions Fcfa de redevance foncière Emplois contre environnement: la bataille perdue des écologistes

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 Palmiers à huile: Paul Biya cède face aux Américains Il a signé un décret qui octroie plusieurs concessions d’environ 20 000 hectares à Herakles Farms dans la région du Sud-Ouest à un taux faible de la redevance foncière. L’entreprise doit cependant investir 100 milliards Fcfa durant la période transitoire qui est de 3 ans pour garder ces concessions. Le président de la République remet au-devant de la scène le projet controversé de la société Sgsoc/Herakles Farms. Ce lundi 25 novembre 2013, Paul Biya a décidé par décret d’attribuer une concession provisoire de 17 dépendances du domaine national à l’entreprise américaine, pour une durée de trois ans et sur une superficie totale de 19 843 hectares. Il s’agit d’un lot de 7 dépendances d’une superficie de 13 195 hectares, avec une redevance foncière de 131,950 millions Fcfa à payer.

Le deuxième lot compte 3 dépendances du domaine national pour une superficie totale de 1 264 hectares, avec 12,640 millions Fcfa de redevance foncière à payer. Enfin, un lot de 7 dépendances d’une superficie totale de 5 384 hectares. Redevance forestière à payer : 53,847 millions Fcfa. Des délimitations précises de ces concessions ont également été faites. Elles contournent des forêts communales, des rivières, des domaines nationaux, des communautés. Sur ces terres, l’entreprise compte réaliser un vaste projet de plantations de palmiers à huile, ce qui devrait créer près de 30 000 emplois directs et indirects.

Projet controversé

Mais, il s’agit d’un projet contesté par la société civile. Une coalition d’organisations non gouvernementales locales, conduite par le Centre pour l’environnement et le développement (Ced) et appuyée par Greenpeace et l’Ong américaine Oakland Institute, n’ont eu de cesse de chicaner cet ambitieux projet. Ces organisations ont démontré une série d’irrégularités et de fraudes, des méthodes douteuses de la part d’Herakles Farms et un impact négatif d’un projet industriel de grande envergure sur l’équilibre économique local et l’environnement riche en biodiversité. A plusieurs reprises, les rapports d’enquêtes menées par ces acteurs de la société civile avaient dénoncé des actes d’intimidation et de corruption des chefs coutumiers et de membres des communautés locales par l’entreprise.

Les mêmes Ong dénonçaient récemment le fait que le Cameroun ait accordé, dans des conditions opaques, cette concession à Herakles Farms. Expliquant que le projet n’est pas viable et apporterait plus de problèmes que des retombées bénéfiques pour l’économie du pays et la vie des populations. Au moment où Paul Biya signe ce décret, l’avenir du projet semble quelque peu compromis. Selon des informations du Modern Ghana news, relayées par le site internet afrik.com, « les équipes dirigeantes auraient quitté le navire. Il ne reste plus qu’un chantier de défrichage et des arbres abattus, stockés dans l’attente de leur sort définitif. Les 750 employés ont été presque tous remerciés et seules resteraient 27 personnes pour veiller sur les jeunes plants de palmiers ».

Cadeau empoisonné ?

Paul Biya semble avoir quelque peu suivi le plaidoyer de la société civile et des populations. Premièrement, parce qu’il a décidé de diminuer la superficie des terres à concéder aux Américains. Dans un premier temps, il s’était s’agit de 73 000 hectares, maintenant on est à environ 20 000 hectares. Deuxièmement, le président de la République a décidé de raccourcir le temps de la concession. Au lieu des 9 ans annoncés au départ, il est maintenant question de 3 ans, encore qu’on parle cette fois de période transitoire. Enfin, les Américains doivent investir environ 100 milliards Fcfa durant cette période, sinon il leur sera retiré ladite concession. En plus, comme l’avaient souhaité les Ong, Herakles Farms n’est pas autorisé à faire de l’exploitation forestière. S’agit-il d’un cadeau empoisonné de Paul Biya aux Américains ? Nul ne peut encore le dire.

Toujours est-il qu’au regard de la situation financière de l’entreprise Sgsoc/Herakles Farms telle présentée dans certains milieux et rapports, on pourrait supposer que le président de la République a voulu les coincer en leur demandant d’investir 100 milliards Fcfa en seulement trois ans. Mais, au sein de l’entreprise, du moins selon certains responsables que Le Messager a pu joindre au téléphone, les Ong font tout simplement une campagne d’intoxication. « Ce projet est viable. Nos partenaires financiers et techniques sont prêts. Il n’est pas question d’abandonner maintenant », explique sous anonymat l’un d’eux. Encore que la société déclare avoir déjà investi 20 milliards Fcfa dans ce projet.

Faible redevance foncière

Du côté de la société civile, dont les réactions n’ont pas pu être recueillies jusqu’au moment où nous allions sous presse, nul doute que la satisfaction y est. Mais, elle sera forcément mitigée. Si la durée et la superficie de la concession ont plus que considérablement diminué, il est cependant intéressant de constater la redevance forestière imputée à ces concessions est jugée très insuffisante. Tous calculs faits, on se rend compte que la redevance à payer par la société pour chacun de ces lots est de 10 000 FCfa par hectare. Si le coût a été revu à la hausse par rapport à la convention initiale entre le Cameroun et l’entreprise, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit là d’un bradage des terres camerounaises par le président de la République. Encore que le décret du locataire d’Etoudi ne précise pas si cette redevance est payée une fois pour toute la durée des trois ans ou alors c’est chaque année qu’Herakles Farms va devoir la verser. Dans tous les cas, on semble n’en avoir pas encore fini avec cette saga à rebondissements.

Alain NOAH AWANA

 © Alain NOAH AWANA | Le Messager

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