Cameroun - Opération Epervier: Ces autres listes que Dooh Collins remet à Paul Biya à Baden Baden

L'expert en intelligence économique a bel et bien rencontré Paul Biya, non à Genève, mais à Baden Baden.

image.gif

Au cours des longues minutes d'un tête-à-tête entre le Chef d’Etat camerounais et Francis Dooh Collins, il a été question pour ce dernier de fournir à son hôte d'autres informations supplémentaires pour compléter celles que ce dernier avait déjà sur certaines personnalités camerounaises détentrices des comptes bancaires suffisamment fournis à l'étranger. Ce qui revient à confirmer l'authenticité des listes déjà publiées, il y a quelques mois. Francis Ebosse Dooh Collins reçu par le Président Paul Biya à Baden Baden en Allemagne? La semaine dernière, cette information a circulé avec persistance dans certains milieux de la capitale comme une rumeur.

Et comme souvent en terre camerounaise, la rumeur précède toujours l'information, nous allons apprendre par la suite que, contrairement à certains confrères qui se sont aussitôt faits l'écho de cette information en parlant d'une rencontre qui aurait eu lieu à Genève, l'expert en intelligence économique à qui le gouvernement camerounais a confié il y a quelques années, la conduite des investigations financières dans certaines banques occidentales, a bel et bien été reçu par le Chef de l'Etat camerounais à Baden Baden où il se trouve en séjour privé depuis qu'il est parti de Yaoundé. Si cette information a, à brûle-pourpoint, semblé surprendre ceux qui croient l'intéressé sous le coup d'une procédure judiciaire au Tcs, les habitués des antichambres du pouvoir et du palais d'Etoudi, quant à eux, n'ont jamais paru surpris face à cette information.

Et pour cause? Parce qu'ils savent le degré d'estime que le Président camerounais accorde au promoteur de Strageco Consulting Sarl, un cabinet Conseil basé à Genève, en Suisse. D'ailleurs, ceux qui connaissent bien les entrelacs de l'intelligence économique dans le monde présentent ce Franco-camerounais, major de sa promotion, comme l'une des rares perles en investigations financières capables de détecter les fonds détournés par des dirigeants africains et planqués dans les banques étrangères ou dans des paradis fiscaux. Pour la petite histoire, des informations glanées à bonnes sources indiquent que Francis Ebosse Dooh Collins n'aura pas atterri au Cameroun par hasard. A l'époque repéré par l'ancien Ambassadeur américain, Niels Marquardt alors qu'il se trouvait en Angola aux côtés du Président Dos Santos, Dooh Collins est présenté au gouvernement camerounais. Il ne rencontrera l'ex-garde des Sceaux, Amadou Ali, peu après, qu'après le feu vert du Président Paul Biya lui-même. Au-delà de la réalité pelliculaire, il faut dire en passant que cet expert en intelligence économique, agent des services spéciaux français et américains, doublé d'une casquette d'indic du Mossad, fait partie de la cuvée d'experte formés par les services secrets des pays occidentaux en vue de traquer dans le monde, les sources de ravitaillement financier d'Al-Qaïda après le 11 septembre 2001.

Quand il entreprend donc de travailler pour le Cameroun, Dooh Collins n'est pas seulement un simple vassal au service du prince. Son malheur: quand les premiers résultats de ses investigations à travers le monde tombent sur la table du Président Paul Biya, il ne s'embarrasse guère d'arguties parfois spécieuses pour le faire savoir au premier venu. Le plus souvent en dispensant d'inutiles fanfaronnades avec un aplomb qui va commencer à gêner tous ceux dont les noms se trou¬vent dans les listes (secrètes) remises au Chef de l'Etat. D'ailleurs, enhardi par ses prouesses et ses compétences, et surtout décomplexé jusqu'à l'ostentation, il ne se prend pas pour un blanc-bec.

Information brute

Ceci va permettre, de la part de ceux qui sont menacés par le travail d'investigations de l'expert franco-camerounais, l'élaboration savamment organisée d'un maillage d'alliances secrètes dont l'objectif à court et à moyen terme, est de faire perdre toute crédibilité au travail que lui a confié le gouvernement camerounais. D'abord, l'on fait entrer en scène des apprentis-manipulateurs dont la mission est de confectionner de fausses listes pour créer l'amalgame dans l'opinion. Parmi ceux-ci, on cite volontiers un certain Abogenena, pourtant très proche d'Amadou Ali. La banalisation des listes des milliardaires atteint le zénith de la manip quand, par la suite, les médias prennent le relais chaque semaine. L'effet escompté est immédiat avec la saturation que ces publications incongrues produisent aussitôt dans l'opinion. Du coup, les analystes ont de la matière pour déceler le manichéisme des choix d'Amadou Ali, plus enclin à ne pister des milliardaires que dans la région du Président et sa tribu. Le coup de grâce vient par la suite d'un certain Laurent Esso, entre temps devenu Ministre de la Justice, garde des Sceaux, quand on commence à parler d'un imaginaire détournement de 800 millions de Fcfa.

Les yeux roulent. Les mains virevoltent, un peu folles. Tout est nervosité à la police judiciaire et au Tcs. Mais que de stress, d'angoisse et de larmes, avant d'en arriver là! Difficile de trouver des circonstances atténuantes à ce Franco-camerounais dont le passeport est arbitrairement confisqué, mais très vite remis à l'intéressé sur «hautes instructions de la hiérarchie». Et pourquoi? Parce que cette «hiérarchie» sait que le travail de Dooh Collins est un travail de professionnel à propos duquel même la police camerounaise avoue être totalement dans le noir. Mais cela n'empêche pas qu'on observe comme une sorte d'union sacrée entre les loups et les hyènes pour continuer à jeter l'opprobre sur l'expert en intelligence économique. Dans les médias, c'est la levée de boucliers collective quasi-instantanée.

Seulement, depuis fin juin dernier qu'il a regagné sa base de Genève, Francis Dooh Collins n'est pas resté les bras croisés. Au contraire, après avoir échappé aux visées vindicatives de ses bourreaux au Cameroun, il aurait entrepris dès son retour en Europe, de rameuter le ban et l'arrière-ban de tous les réseaux du monde de l'intelligence économique, question de verrouiller complétement tous les systèmes de surveillance dans les aéroports et les frontières des pays européens afin de mieux avoir à l'œil tous ces dirigeants camerounais dont les comptes bancaires sont actuellement remplis de liasses d'argent dans les banques européennes.

Une information pas franchement réjouissante pour tous ceux dont les noms figurent sur les listes actuellement sur la table de Paul Biya. En effet, selon nos sources exclusives, les augures ne prédisent pas un avenir reluisant pour tous ceux qui, aujourd'hui, ont des comptes bancaires garnis à l'étranger. La mauvaise nouvelle, c'est que la Police peut désormais les interpeller à chaque descente d'avion dans un aéroport européen pour qu'ils justifient la provenance de ces fonds. C'est l'information brute et supplémentaire que Francis Dooh Collins tenait à transmettre au Président Paul Biya en personne. Une information qui aurait été accompagnée d'un petit rapport de circonstance. Étant entendu que, quand un Chef d'Etat doit prendre une décision importante, il y a parfois de petits rapports de ce type-là, qui pèsent très lourd.

© Marlyse Sibafo | La Nouvelle

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau