Cameroun : Lutte contre l’indécence vestimentaire à l'épreuve du terrain

Le 23 décembre 2013, sept membres du gouvernement impliqués dans la croisade nationale contre l’indécence vestimentaire chez les jeunes ont signé une lettre ouverte conjointe adressée aux familles.Vetements indecents240810264 1

Celle-ci invite les jeunes et les familles, en ville comme à la campagne, à adopter des comportements qui honorent nos cultures. Sur le plan vestimentaire s’entend. Après avoir constaté de nombreux manquements dans l’habillement des jeunes gens et relevé les facteurs favorisants, les ministres s’intéressent particulièrement aux jeunes filles dans cette lettre. « Chères jeunes filles, l’indécence vestimentaire a des conséquences néfastes sur vous surtout et sur votre avenir. Elle accentue votre vulnérabilité aux violences diverses : railleries de toutes sortes, injures publiques, chosification, dénigrement et par-dessus tout, au viol dont les corollaires sont connus : traumatismes, grossesses non désirées, infections sexuellement transmissibles, VIH/Sida. L’indécence vestimentaire contribue au renforcement des préjugés et stéréotypes qui pèsent sur la femme », signent les ministres de la Promotion de la Femme et de la famille, de la Jeunesse et de l’Education civique, des Enseignements secondaires, de l’Enseignement supérieur, de la Communication, des Arts et de la Culture, de l’Administration territoriale et de la Décentralisation.

La lettre s’achève sans aucune précision sur le déroulement de la croisade annoncée. Alors même que les normes de mise en œuvre de celle-ci tardent à être clarifiées, les nouvelles en provenance du terrain ne sont guère rassurantes. Elles font état de multiples dérives dans les grandes villes, Douala et Yaoundé. Mais aussi dans l’arrière-pays. A la manœuvre : des badauds, policiers et gendarmes. « Maintenant, toute personne mal intentionnée peut s’en prendre à vous parce que vous portez une mini-jupe. Vous entendez seulement qu’on a dit de ne plus s’habiller comme ça. Qui a dit ? C’est écrit où ? Comment s’organise la campagne ? A quoi s’exposent les contrevenants ? Aucun texte officiel ne le précise. Mais on prend quand même des jeunes filles dans les rues et on les enferme », dénonce Marguerite T., 23 ans, interpellée par des policiers un jour de décembre 2013 au quartier Ahala, à Yaoundé.

A Douala, Bamenda, Foumban et bien d’autres localités, les mêmes abus sont dénoncés. « Ma nièce sortie raccompagner une de ses copines a été récemment gardée par les forces de l’ordre. On ne leur a même pas donné la possibilité de téléphoner à un membre de la famille. Inquiète de ne pas la voir revenir, nous nous sommes mis à sa recherche et l’avons retrouvée dans une brigade de gendarmerie. Nous avons payé une amende de 25.000 F, sans reçu, pour qu’elle soit libérée », témoigne une mère de famille résidant à Douala. A Foumban, même des femmes majeures, régulièrement mariées se retrouvent dans les filets des forces de l’ordre.

« On ne sait pas à quoi cela rime. Je croyais que cette fameuse croisade ciblait les jeunes et non les femmes des gens », se plaint un époux, choqué. Au ministère de la Promotion de la Femme et de la famille, initiateur du projet, où ces informations ont été relayées, c’est le silence radio. Un haut responsable nous invite simplement à nous rapprocher du ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation. Pour connaître l’origine des ordres exécutés par ces gendarmes et policiers.

© Cameroon Tribune : Yvette MBASSI-BIKELE

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