Cameroun: Les 10 Fardeaux de la ville de DOUALA

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La perle du Cameroun et de L’Afrique centrale jadis, Douala était une ville coquette, propre, prospère et très animée.

Réputée pour ses nuits chaudes et rythmées. Ville portuaire et industrielle, elle est très tôt métissée et cosmopolite ceci grâce aux opportunités d’emplois et d’affaires qu’elle offrait. Puis arrivèrent les années ’90 avec leur cortège de malheurs. D’abord une affreuse crise économique, puis la pire crise sociopolitique qu’à connu le pays jusqu’à ce jour. L’avènement du multipartisme aura réveillé au sein de la population déjà en proie au chômage et à la pauvreté un sens aigue de la contestation. Des manifestations violentes, la destruction des infrastructures et des biens, les opérations ville morte…Le Cameroun tout entier et Douala en particulier sont au bord de l’implosion

Heureusement ! Par la Grace divine, le Cameroun a tourné la sombre page de ces années qu’on qualifiera plus tard de braises. Seulement, Douala n’en sortira pas indemne. Pendant plus d’une décennie, la ville sera laissée à l’abandon ou presque. Pour des raisons économiques diront certains et politiques pour d’autres. Toutefois, au milieu des années 2000 l’on recommencera à voir des investissements dans la ville : réfection des routes et de la voirie urbaine ; restauration de certaines infrastructures ; le retour de l’éclairage publique sur certains axes ; bref, une volonté relativement perceptible chez les autorités d’embellir la ville et lui redonner un l’image d’une ville de son rang. Seulement le mal est très profond. Au delà des infrastructures, la décrépitude a atteint les Hommes, leurs valeurs, et presque toutes les structures sociales de cette ville. Ainsi, redorer son blason consistera à la décharger de tous ces fardeaux. Un travail de refondation pratiquement, si les autorités veulent substantiellement améliorer les conditions de vie des populations dans cette cité, et lui faire retrouver son prestige et charme d’antan.

Les 10 fardeaux de Douala

A-Infrastructures

1-Le Pont du Wouri

Construit entre 1952 et 1954 pour une population d’à peine 100 000 habitants, ce pont reste aujourd’hui le seul lien entre Douala et la grande zone résidentielle et industrielle de Bonaberi , mais aussi le lien entre le Grand Ouest Cameroun et Douala. La ville compte aujourd’hui pas moins de 3 millions d’habitants. Le pont est étroit et dépassé, faisant peser d’énormes risques sur le pays et son économie. Il est devenu le théâtre d’embouteillages interminables aux heures de pointes. Un cauchemar pour les habitants de Bonaberi. Si un jour il venait à rompre, Le Cameroun serait coupé en deux. Heureusement le lancement du chantier d’un Second pont sur le Wouri serait imminent. On croise les doigts.

2-Le carrefour Ndokotti

Le carrefour Ndokotti est la porte d’entrée et de sortie de la Grande zone industrielle de bassa. 1 million de personnes y transitent tous les jours. Une aubaine pour les commerçants de tous bords, petits et grands, qui en ont fait un centre commercial géant à ciel ouvert. Les embouteillages n’y finissent presque jamais, et l’insécurité aussi y a trouvé un terreau fertile. Plusieurs fois les autorités y ont mené des missions de déguerpissement et d’emménagement, mais sans succès jusqu’ici. Ndokotti reste intraitable, et pour les populations et pour les autorités. Pourtant, un échangeur ferait l’affaire.

3-Akwa Nord

Tampon entre le centre Urbain et l’important bassin résidentiel de Douala nord, la route y est étroite et en très mauvais état. Une piste en somme. Tous les jours, matin et soir les populations subissent la corvée des embouteillages à cet endroit pendant en moyenne 1h. Les financements pour le prolongement du boulevard de la république qui apportera une solution définitive à ce problème seraient déjà disponibles, et les populations souhaitent pour bientôt le début des travaux.

4-Village

Village est le nom donné au township en l’entrée Est de Douala. Une zone marécageuse jouxtant l’aéroport ou des constructions poussent de façon anarchique depuis plus d’une vingtaine d’année. Du fait de l’étroitesse de la chaussée, les automobilistes peuvent parfois passer 3 heures d’horloge à parcourir la dizaine de Kilomètres qui séparent l’entrée de cette zone qui est devenue aussi l’entrée de la ville au premier échangeur. Un projet d’élargissement de la route depuis le pont sur la Dibamba jusqu’à l’échangeur de l’aéroport est annoncé depuis des années. Vivement le début des travaux !

B- Services sociaux

5-Eau/Electricité

Il ne se passe pas de semaine à Douala sans que les populations ne subissent de ruptures en fourniture d’eau et/ou d’électricité. Le Cameroun traverse actuellement sa pire crise énergétique et Douala le centre névralgique de l’économie la subit de plein fouet. Les ménages sont régulièrement délestés, les industries fonctionnent à la moitié de leurs capacités, des projets stagnent dans les tiroirs, et obtenir un abonnement à la société de fourniture d’énergie électrique relève du surnaturel. Côté eau le tableau n’est guère plus reluisant. Alors que la ville est arrosée par trois grands Fleuves (Wouri ; Dibamba ; Moungo), l’accès à l’eau potable en permanence à Douala reste un souci majeur pour les populations

6- L’Hôpital Laquintinie

C’est pourtant le plus grand centre Hospitalier de Douala. Il regorge même des meilleurs médecins de tout le pays, mais il faudra y faire un tour pour mieux comprendre. L’enrichissement sur le dos des patients serait devenu la priorité de certains personnels. Un énorme gâchis ?

C- Société

7- Les Nanga-Boko

Les Nanga-boko sont ces adolescents que vous verrez arpenter les rues du centre-ville de Douala (Akwa) à longueur de journées sans destination ni activité précise. En fait ce sont des jeunes déscolarisés en rupture avec leurs familles qui ont trouvé refuge dans la rue. En journée ils sont sympathiques et suscitent la pitié quand ils vous demandent une pièce d’argent pour leur repas. Ils vous appelleront « grand frère » ; « Grande sœur » ; « Boss »…Mais la nuit tombé, ils se transforment en redoutables agresseurs. Dès 18h ils se constituent en bandes de 3 ou 4, et ratissent le centre ville. Ils vous arracheront votre téléphone, vos bijoux, votre argent… et vous menaceront de vous poignarder si vous leur résistez. Par leur fait le centre ville de Douala est devenu l’une des zones les plus dangereuses de ville la nuit tombée.

8-Les Bend-Skins

« Les princes de la ville » comme diraient certains. Les bend-skins sont ces motos que vous verrez chaque jour par milliers dans les rues de Douala. S’il est établi qu’ils contribuent efficacement à résoudre le problème de faiblesse criarde de l’offre en transport public dans la ville, il faut aussi clairement dire que les Bend skins sont désormais un cas social auquel il faudra tôt ou tard trouver une solution. Les milliers de jeunes gens aux guidons de ces engins sont tous des chercheurs d’emplois reconvertis, et ne font du transport en motos qu’en attendant mieux. Hostiles à toute règlementation de leur corps de métier, aucun d’eux ou presque n’a un permis de conduire. Très peu connaissent le code de la route. A cause d’eux, la conduite à douala est devenue un vrai défi même pour les automobilistes les plus aguerris. Les accidents se comptant par dizaines tous les jours. Toutes les tentatives à ce jour des autorités de mettre un peu d’ordre dans cette activité ont été des échecs. Même les forces de l’ordre semblent souvent débordées par la vague. Ainsi, ils règnent en maitres dans la ville.

9-Le désordre Urbain

Une vraie plaie pour la ville de Douala. Le délégué du gouvernement (Le maire de Douala) a fait de la lutte contre ce phénomène, son cheval de bataille. Il est vrai qu’il ne connait pas beaucoup de succès dans cette entreprise, mais il faut continuer. Douala est cette ville ou chaque espace libre est transformé en marché. Cette ville ou des marchés entiers sont désespérément vides, pendant que les commerçants se bousculent sur des trottoirs. Douala est cette ville ou vous trouverez un garage dans l’enceinte d’une école. Ou vous trouverez un dépôt de planches ou un dépôt de sable ou de gravier en plein cœur de la ville. Douala est cette ville ou vous êtes susceptibles de trouver une femme griller des plantains ou du mais partout, ou des églises jouxtent des hôpitaux et ou les gens garent leurs voitures comme ils veulent. Douala est cette ville ou quelqu’un peut installer un vieux conteneur ou il veut et en faire un commerce. Douala est cette ville ou des dépôts de pétrole jouxtent des marchés. Bref une ville où l’on semble pouvoir tout faire partout, laissant malheureusement à la ville cet aspect chaotique qui plombe tous les efforts d’embellissement.

10-L’incivisme

C’est l’un des fardeaux les plus lourds de la ville. A Douala, les bacs à ordures restent désespérément vides pendant que les caniveaux sont emplis d’ordures. A Douala s’arrêter à un feu rouge reste une curiosité. A Douala l’éclairage public reste un luxe parce que des brigands se sont donnés pour activité de sectionner les câbles et retirer des ampoules une fois placées. A Douala être poli est un signe de faiblesse. A Douala du fait de la rareté des toilettes publiques on peut se soulager n’ importe où. A Douala l’on considère l’autorité administrative comme un adversaire auquel il faut résister… Un mélange de choses comme ca qui en font malgré tout, une ville atypique en Afrique, à visiter impérativement. Bienvenu à Douala.

© Pour Camer.be : Par Augustin Armel MINKA

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