Cameroun: Le piteux état des commissariats de police Décrépitude des édifices, cellules désagrégées, murs sales, promiscuité…

L’état de délabrement et de décrépitude des édifices et locaux qui servent de cadre de travail aux forces policières est affligeant.

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Logés comme des souris dans de véritables trous, meurtris par un dénuement en matériel et en outils d’intervention efficaces, les policiers camerounais qui s’échinent au quotidien ne suscitent pas envie et admiration.

Grandeurs et misères des édifices et commissariats de police

L’état de délabrement et de décrépitude des édifices et locaux qui servent de cadre de travail aux forces policières est affligeant. Logés comme des souris dans de véritables trous, meurtris par un dénuement en matériel et en outils d’intervention efficaces, les policiers camerounais qui s’échinent au quotidien ne suscitent pas envie et admiration.

I- Tableau noir des commissariats de police

Yaoundé, un après midi du mercredi, 20 juin 2012. Quelques minutes avant la fin d’une émission de débat sur un sujet à caractère sportif dans une chaîne de radio Fm, émettant dans la ville et ses environs. Au sortir du studio, l’un des panelistes, à qui les forces policières ont tendu une embuscade, est cueilli comme un rat et conduit au commissariat du 4ème arrondissement, non loin de la brigade des sapeurs pompiers de Mimboman. Sans autre forme de procès, l’infortuné est placé en garde à vue dans une des cellules infectes du commissariat. Les co-panelistes qui accourent sur les lieux, découvrent l’état de décrépitude du site.

A l’origine, ce haut lieu supposé mettre de l’ordre avant de servir de local au central n° 4, puis plus tard au commissariat du 4ème, est une véritable enclave d’insécurité ; aussi bien pour les usagers que pour les policiers en poste. L’ambiance dans le site est morbide. Ancien garage retransformé en commissariat de police, le local a mauvaise mine. Les puanteurs des cellules désagrégées, impropres et aux conditions d’hygiène approximatives, ajoutées au délabrement, à la saleté des murs (faits de matériaux provisoires en planches) et la promiscuité indigeste avec le voisinage, montrent que l’on est dans un îlot du vice où, il ne fait pas bon vivre. Méprisant et parfois indifférents à l’égard des nouveaux « visiteurs » du site qui le nez bouché, s’attèlent à chasser les mouches en errance, les policiers déjà habitués au parfum qui infeste les lieux, rien de convivial. «Vous-mêmes témoignez de nos conditions de travail. Au moins trois délégués généraux se sont succédés à la Dgsn ; ils ont visité nos locaux ; ils en ont décrié l’état de décrépitude et les puanteurs ; mais rien n’a changé » explique les policiers. Il n’y a pas que ce commissariat en déconfiture.

On aurait même dit que l’insalubrité, la vétusté des locaux, les puanteurs des cellules et l’indigence en matière d’équipement, sont le lot quotidien dont nous avons en partage, tous les commissariats de la ville de Yaoundé. Côté sanitaire, les toilettes son inexistantes ; quand bien même elles existent, les canalisations et les fosses ne sont pas vidangées. Chaque commissariat de Yaoundé a son petit coin de mur où, se fait la pause «pipi». N’en demandez pas plus. « Vous êtes au Hilton ici », interroge un agent de la police. Les murs sont généralement laids, vieillis ; dégageant une odeur qui vous accueille à distance pour vous faire comprendre au cas où, l’oubli vous prenait, que le commissariat de police est à vos pas. Les toiles d’araignées remplacent allégrement les rideaux. La poussière qui s’élève des tables et chaises, montre que la propreté en ces lieux a pris des vacances qui durent depuis des lustres. Craignant des épidémies de cholera et autres maladies contagieuses, certains chefs d’unité s’endettent dans les tontines au quartier, pour améliorer leur cadre de travail.

II.- Une bonne omelette servie dans une assiette sale

Dans de nombreux commissariats, en plus des soucis de santé liés à de mauvaises conditions de travail, qui mettent en déroute ceux qui accordent une grande importance à une bonne hygiène de vie, s’observent aussi : le dénuement en matériels, en logistique et équipements capables de moderniser la Police camerounaise. La décrépitude et le délabrement sont soit le fait des chefs d’unité qui croquent sans modération les allocations budgétaires ; soit ce sont ces dotations qui sont insuffisantes et insatisfaisantes, soit encore ce sont les agissements incontrôlés des hommes en fonction à la direction des équipements, des finances, de la logistique… « Les avancements et les profils de carrière sont oubliés. Il y a un manque du personnel ; en conséquence, les effectifs actuels sont sur exploités.

Les moyens d’intervention et de transport sont insuffisants. Il arrive fréquemment que les policiers mettent la main dans leur poche, pour atteindre leur poste de travail. Le Dgsn, dans ses multiples réformes, a beaucoup de volonté ; mais on observe des freins et des grippes dans son élan d’enthousiasme et de bonté, au niveau des plus proches collaborateurs et de la hiérarchie intermédiaire » martèle un officier de police. Selon lui, la modernisation des forces de police, passe également par la prise de conscience de tous; la hiérarchie policière et les policiers eux-mêmes.

Parmi les plus grands défis qui interpellent également Martin Mbarga Nguelé, il y a celui de l’efficacité, l’opérationnalité et la prise en charge instantanée des retombées liées aux avancements. « Au sein de l’Armée, ces retombées sont automatiques et se font ressentir dans le bulletin du bénéficiaire, à son prochain salaire. Au niveau de la Police, d’où sort-il, qu’on demande de confectionner un dossier avec ce que son traitement comporte comme lourdeurs, lenteurs et triomphe de l’inertie» argue un inspecteur de police de la promotion 2000. Comme ceux de la promotion 2002, les employés de police de la cuvée 2000, attendent toujours les retombées dans leur bulletin de paye. Plus d’une dizaine d’années après. Exacerbés de constituer les dossiers après chaque avancement, ils commencent par perdre espoir ; dans le découragement, l’amertume et l’indignation.

« Toute la police est contente du Dgsn pour au moins une bataille qu’il a gagnée de haute lutte. Alors qu’il fallait au moins 05 ans à un inspecteur de police de 1er grade pour être Ip2 ; soit quinze ans pour devenir officier ; avec 12 ans, grâce au combat gagné par Martin Mbarga Nguéle, il peut devenir officier de police. Cela est aussi bénéfique pour le gardien de paix qui, après 09 ans au lieu de 12, devient inspecteur de police et l’officier de police qui après seulement 12 ans et non plus 15 devient commissaire » tranche un inspecteur de police.

III- Les assurances de Martin Mbarga Nguelé

Joint au téléphone après plusieurs tentatives infructueuses, le délégué général de la Sûreté nationale, tout en émettant des réserves sur l’opportunité de notre enquête (qui selon lui, n’ést pas à l’ordre du jour), s’est ressaisi sur insistance du reporter du Messager. Il en ressort que le patron de la police camerounaise, tout naturellement, ne semble pas partager le pessimisme et le désarroi de ses collaborateurs. Martin Mbarga Nguelé, pense qu’il y a de l’hyperbole et de la surenchère dans la narration des faits et la densité des complaintes exprimées par les policiers.

A le croire, les préoccupations du corps de la police sont régulièrement bien rangées et consignées dans l’agenda du chef de l’Etat, Paul Biya. Il parle d’un retard dans leur réalisation effective ; lequel relève de la programmation et du calendrier. « Le président de la République n’oublie pas sa police. Bien au contraire, chaque fois qu’il est interpellé, il agit avec promptitude. A en juger par la cadence, le timing et le rythme, l’on peut même dire que le président Paul Biya fait beaucoup d’efforts et de grandes réalisations pour la police camerounaise » affirme le Dgsn. Pour paraître bien compris, à l’adresse du journaliste, Martin Mbarga Nguelé, cite en référence le plan d’équipement et de dotation des infrastructures des unités de police adopté et proclamé par le président de la République en 2011. Une décision qui s’est accompagnée au mois de novembre 2012, par une dotation spéciale des forces de police en équipements et surtout en matériels roulants.

Des efforts sont certes faits, mais l’adéquation entre la prise de décision (la théorie) et la mise en route de celles-ci par des actions immédiates et effectives se fait au ralenti ; à la vitesse de la tortue. «Il n’y a pas que le corps de la police seul que doit prioriser le président de la République. Le chef de l’Etat, Paul Biya, a plusieurs et diverses autres sollicitations. La progression se fait à la bonne vitesse. Il ne faut pas forcer la main au chef de l’Etat, Paul Biya. L’avenir est fait de beaucoup de bonnes choses » conclut Martin Mbarga Nguelé. Crédité d’une bonne réputation pour sa fermeté, sa détermination à assainir et à moraliser les comportements ; réputé pour des sanctions disciplinaires infaillibles contre les agents de police véreux ou coupables de quelques forfaitures ; au-delà du cap de la dimension de l’habile policier qu’il a franchi, pour dépoussiérer complètement la police de ses avatars et ses désagréments actuels, Martin Mbarga Nguelé doit réussir l’ultime challenge. Plaider efficacement auprès du chef d’Etat afin que les retombées liées aux avancements se ressentent à temps court, dans le bulletin de paye de ses collaborateurs. Tous les policiers l’attendent à ce tournant-là.

© Souley ONOHIOLO | Le Messager

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