Cameroun: Le faux est partout !

Médicaments, cosmétiques, tissus, matériels électriques et électroniques, etc. plus rien n’échappe aux contrefacteurs. 

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Les médicaments

Il y a quelques mois, Séraphine Ntoumou, résidant dans une ville à l’Ouest du pays, a pris un médicament prescrit par son médecin traitant pendant le triple du temps requis, sans que sa migraine disparaisse. Elle et le médecin ont commencé à se poser des questions, pensant changer de traitement jusqu’au jour où elle a découvert la supercherie. « Un des comprimés est tombé et s’est émietté sous mes yeux. Cela m’a intriguée et lorsque j’ai mis la poudre dans ma bouche, j’ai reconnu de la farine de manioc », raconte la jeune dame, encore dégoûtée. Elle a compris que pendant trois mois, ce qu’elle a avalé ne pouvait pas l’aider. La jeune dame a donc décidé de débourser plus d’argent pour se procurer le bon médicament à la pharmacie.

Car jusque-là, elle avait acheté le produit à vil prix auprès d’un commerçant non loin de chez elle. Friède Manga, ménagère, est une abonnée des médicaments de la rue. Elle a des problèmes gastriques depuis quelques mois, dûs à la prise d’un anti-inflammatoire. « Chaque fois que le médecin me prescrivait un médicament, j’allais chez mon « asso » au marché Elig-Edzoa pour une composition de remèdes à 3000 F », indique la jeune dame. Des anecdotes comme celles-là, il y en a à la pelle pour montrer à quel point la contrefaçon a fait son nid dans le secteur des produits pharmaceutiques. En effet, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 50% des médicaments vendus dans les pays en développement sont issus des contrefaçons. D’ailleurs, les destructions de ces médicaments par les services compétents de l’Etat sont légion au Cameroun. En effet, le secteur des médicaments représente 18,13% des produits contrefaits vendus dans nos marchés.

Les produits cosmétiques

Avez-vous déjà aperçu des personnes qui se baladent dans les quartiers, fouillant les poubelles à la recherche des flacons vides ? Généralement, elles sont intéressées par les contenants de laits et autres crèmes corporels, de lotion, de glycérine, etc. Ces ustensiles sont destinés à remettre sur le marché, de faux produits sous l’apparence des vrais. Christelle B, enseignante, a le souvenir d’un défrisant contrefait qui lui a arraché les cheveux. « J’avais pourtant déboursé 4 500 F parce que le commerçant avait vanté les qualités de ce nouveau produit. J’ai dû me faire couper les cheveux à ras », confie notre interlocutrice. Selon des chiffres du ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (Minmidt), 17,82% des produits de contrefaçon sont issus de ce secteur.

Les produits agro-alimentaires

Le secteur alimentaire est l’un des plus touchés par la contrefaçon au Cameroun (15,43%). Parmi ces produits, les pâtes alimentaires et autres produits manufacturés qui sont mis en vente sans tenir compte des normes de grammage, entre autres. Et généralement sous le label des produits de qualité reconnus et appréciés de la majorité.

Le textile

A l’occasion de la Journée internationale de la Femme, la Cotonnière industrielle du Cameroun (Cicam), met sur le marché depuis quelques années un pagne spécial. Seulement, à chaque édition, les utilisatrices et même l’industriel se plaignent de la contrefaçon de ce tissu très couru au Cameroun. Le mauvais tissu est généralement soit plus foncé, soit clair que le bon, sans oublier sa texture, plus légère. Au grand dam de ces dames qui ne peuvent plus arborer ce pagne-fétiche pendant une année entière, en attendant la prochaine célébration. D’une manière générale, ce secteur représente 12,9% d’imitation au Cameroun.

Le matériel électrique et électronique

Amos M. jeune électricien, a eu maille à partir avec l’un de ses clients récemment. Pour l’électricité de sa nouvelle maison, ce client a voulu acheter lui-même le matériel nécessaire. Sauf qu’il s’est fait avoir par les commerçants qui lui ont refilé de pâles copies de toutes les marques que son technicien lui avait recommandées. Une fois le matériel livré, Amos M. a eu beau expliquer que c’était du toc, le client n’a rien voulu entendre, surtout qu’il avait dépensé une fortune. Malheureusement pour ce dernier, les ampoules de sa maison n’ont pas brillé un mois. Des courts-circuits se sont déclenchés à la chaîne. « Il m’a appelé pour me passer un savon, mais s’est excusé plus tard lorsqu’il s’est rendu compte que c’est son matériel qui était défectueux », raconte le jeune homme. Il précise que le marché est inondé d’imitations. Même les produits électroniques ne sont pas épargnés. Les appareils audiovisuels et autres équipement électroménagers aux noms de marques bizarres et drôles ornent de nombreux salons et cuisines camerounais. Le tout représente 7,76% de produits contrefaits sur le marché camerounais. A côté de ceux-ci, il y a également les pièces de rechange automobiles qui, d’après le Gicam, sont à 70% contrefaits. Quel que soit le secteur, les pays asiatiques, européens et même africains, sont les lieux de provenance de ces contrefaçons. Et les conséquences sur le quotidien sont énormes.

© Jocelyne NDOUYOU-MOULIOM | Cameroon Tribune

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