Cameroun : La sorcellerie dénoncée à la Croix-Rouge

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Son président a demandé, vendredi à son personnel, de mettre un terme aux pratiques occultes au siège.Le climat social est des plus délétères à la Croix-Rouge camerounaise (Crc), particulièrement en son siège à Yaoundé.

Ici, on se croirait dans une pétaudière. «(..) L’indiscipline, le laxisme, l’absentéisme, le commérage, la calomnie, les tribulations dérisoires de positionnement de conflits d’intérêts, l’espionite, les spéculations absurdes sur ma succession ».C’est le patron des lieux qui parle.

William Aurélien Etéki Mboumoua a notamment dénoncé les «pratiques maléfiques et occultes des adeptes des sociétés secrètes». C’était vendredi dernier, lors de la traditionnelle cérémonie de présentation des voeux. Se défendant d’appartenir à une quelconque loge ésotérique, le président de la Crc a déclaré que si «la tradition de la présentation des voeux (...) devient en définitive une manifestation banale», au regard de sa répétitivité, cette habitude «devrait aussi être une séance d’exorcisme en quelque sorte».

En termes de voeux, ce fut donc une séance de dénonciation de la sorcellerie, qui dit-on, a été érigée en pratique courante par certains membres du personnel du siège. Le même phénomène fut déjà dénoncé lors de la séance plénière de la 24e assemblée générale élective, tenue en novembre dernier à Maroua (Extrême-Nord). Réélu à l’occasion à la tête de la Crc pour un mandat de 3 ans, il avait pointé un doigt accusateur sur le président d’un comité départemental, «fin connaisseur des déviances de notre société», selon lui. «La procédure peu rigoureuse de recrutement des agents (et) l’introduction au sein du secrétariat (général, Ndlr) d’éléments se présentant comme volontaires, sont peut-être source ou cause de la délinquance morale du groupe», se hasarde le président de la Crc, qui a instruit le secrétaire général d’entreprendre en urgence une opération de réexamen des dossiers du personnel.

La Bible

Question de savoir qui est qui, quel est le niveau réel de sa qualification professionnelle, scolaire universitaire et, ainsi, d’aboutir à une clarification des situations dont la finalité est la recherche de l’efficacité, de la crédibilité et du rendement. Dans le propos de M. Etéki Mboumoua transpirait le souci d’introduire une certaine homogénéité dans la composition du personnel.

Mais cette opération aurait été mal comprise par certains collaborateurs, qui crient à la chasse aux…sorcières. «Il n’en est rien. C’est ce qui se fait dans toutes les administrations, dans la Fonction publique, dans les entreprises, etc.», réplique-t-il. Pour la nouvelle année, le président de la Crc espère «une atmosphère apaisée et assainie» au sein de l’institution qu’il dirige depuis 20 ans. Pour y parvenir, il appelle son personnel à enterrer la hache de guerre et à fumer le calumet de la paix : «Ne l’oublions jamais : l’idéal éthique de la Crc est de transformer l’instinct des conflits, dérisoire, en une conscience de paix, de tolérance et de dialogue.»

Et c’est dans les Saintes Ecritures qu’il est allé chercher l’argument nécessaire pour ramener son troupeau sur le droit chemin : «L’humanisme, disons ‘le pouvoir de l’humanité’, c’est de traduire dans la réalité le rêve prophétique de la Bible quand on peut lire ces interpellations : ‘De leurs épées, ils forgeront les charrues de leurs lances, feront des outils de jardiniers. Une nation ne lèvera plus l’épée contre l’autre et on n’apprendra plus de l’art de guerre pour ceux des chrétiens, nombreux parmi nous, qui ouvrent de temps en temps leur bible. Cette citation se trouve dans le livre du prophète Esaïe (2-4).» Si cette prophétie se réalisait, soutient-il, «ce serait la plus grande contribution et le plus beau cadeau à offrir à notre société pour la gestion des générations futures».

© Mutations : PATRICIA NGO NGOUEM

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