Cameroun - Ivresse nationale en 2013: Plus de 620 millions d’hectolitres de bière avalés au Cameroun

Avec une augmentation de 20 millions de litres de bière, en termes de consommation du liquide mis en vente par l’ensemble des société brassicoles établies en terre camerounaise, le Cameroun est en passe de devenir le pays qui regorge d’un très grand nombre d’ivrognes et de personnes atteintes d’éthylisme si on y ajoute la consommation de la bière importée.

Saoulard 466x350

Bacchus quand tu nous tiens… Les chiffres sont monstrueux ! Au fil des années, l’intensification de la consommation de l’alcool, la bière particulièrement, s’aggrave à un rythme exponentiel au Cameroun. A lire les rapports d’activités des sociétés brassicoles, pour la seule année 2013, les Camerounais ont avalé environ, 620 millions de litres de bière. Une quantité qui est en nette augmentation de 20 millions de litres, si l’on fait un flash-back, à l’année 2012 au cours de laquelle 600 millions du liquide moussant ont été consommés. Dans sa livraison du mercredi, 02 juillet 2014, l’hebdomadaire « Repères » parle des parts de marché qui oscillent entre 81,2%, 12,3%, 05,9% et 0,6% ; pour la société anonyme des brasseries du Cameroun (Sabc), Guinness, union des brasseries des Cameroun (Ucb) et autres, respectivement.

En clair précise l’hebdomadaire, pour l’année 2013, la Sabc a vendu 502.746.300 litres, 76 millions de litres pour Guinness, 1.918 millions de casiers de bière vendus, s’agissant de la marque « Isenbeck». Si à cela, l’on ajoute les autres boissons, le champagne (les Camerounais en raffolent) ou encore les bons vins (produits localement ou importés) de toutes sortes, les conséquences de cette ivrognerie sont désastreuses. Même si le journal ne fait pas une fixation sur la cote d’alerte désormais atteinte, quoi que diversement appréciée, l’ivresse publique semble s’emparer du pays, au point de ne plus être réprimée comme un délit. L’article 35 de la loi N° 98/004 du 14 avril 1998, portant sur l’orientation de l’éducation au Cameroun, stipule que «l’intégrité physique et morale des élèves est garantie dans le système éducatif ; aussi, sont proscrites : la vente, la distribution et la consommation des boissons alcooliques». En d’autres termes, il est même interdit d’envoyer des enfants mineurs, dans les buvettes, bistrots, bars…, acheter de la bière. Mais tout cela est foulé aux pieds, dans la société camerounaise où, la délinquance, l’incivisme, l’anarchie, ont fait leur lit.

Les autorités préfectorales ont fermé les yeux sur la réglementation qui proscrit la vente des alcools dans certains lieux publics (complexes sportifs, proximité des établissements scolaires, des centres de santé et autres institutions sanitaires). Plus grave, les stations de vente de carburant, ont chacune son petit bar. Grâce à l’industrie de la mort qui avance à grands bonds, les morgues et les espaces de veillées mortuaires, excellent dans les commerces de bière ambulants. En 2012, le Cameroun a occupé la 2ème position sur le podium ; derrière la Pologne. Toutes choses qui n’émeut personne. Bien plus, la célébrité de certains coins de nos villes, les points de repères, sont généralement identifiés à de hauts temples où Bacchus professe sa foi éthylique. Une fête est réussie en fonction du taux d’alcool ingurgité au décompte.

Va pour l’émergence (alcoolique !) avant 2035

Dimanche, jour du Seigneur ! Au quartier « Essos ». Il est un peu plus de 8 heures au cabaret-piano-bar baptisé « Emergence ». Cinq jeunes gens avalent la bière au goulot. Ils sont chacun à la 12ème depuis la veille au soir. « Paul Biya n’a qu’à continuer de spéculer sur son émergence en 2035. Nous, on est déjà dans l’émergence, ici à Emergence » explique le quinté. Peu importe, s’ils s’immergent dans de la bière qu’ils consomment hors de tout contrôle. « Après avoir passé l’examen du probatoire, dont on n’est pas sûr, qu’ils seront admis ou obtiendront le certificat de probation, ils s’enivrent à grandes gorgées, depuis la journée de vendredi, date de la fin de l’examen » explique le videur des lieux. Ils ne sont pas les seuls à s’abandonner dans une telle ivrognerie.

Au lendemain de toutes les fins d’examens scolaires, cette enclave du vice est prise d’assaut par les jeunes scolaires qui se comportent comme des pochards, des poivrots ou encore des alcooliques frappés par la soulographie. Mais il n’y a pas qu’au sein de la jeunesse scolaire atteinte d’éthylisme et d’ivresse publique, que Bacchus a choisi de recruter ses disciples. Toutes les semaines, à partir du jeudi soir, les noctambules sont innombrables, dans cette partie de « l’axe du mal » (depuis le corridor allant du quartier Mvog-ada jusqu’à Titi-garage). L’axe du mal d’Essos, n’est pas le seul lieu de RENCONTRES où, la bière coule à flots. De tels points chauds se comptent par centaines, dans les grandes métropoles du pays. Bien plus, mêmes les zones les plus excentrées du pays, dans la périphérie la plus lointaine, poussent comme des champignons, les enclaves du vice et les temples de Bacchus.

La société est « perturbée » par la massification des chômeurs, la rareté de l’emploi, les misères diverses, l’offensive effrénée de la mort sur la vie, la multitude des occasions de joie, aussi spectaculaires qu’inédites, les moments de rencontres de bière se densifient au fil des années. La rareté des espaces de loisirs, les salles de cinémas, concerts de musiques, de théâtres, le manque d’investissements des mairies sur les salles d’animation. A la faveur des différentes fêtes (le 08 mars par exemple), la gent féminine met le cap sur les dérives et les prolongements de la célébration dans les bars, les boites de nuit et les bistrots mal famés pour la majorité. Par effet d’entraînement, on accepte se fourvoyer même si l’on sait que la grosse consommation d’alcool est à l’origine de nombreux conflits ou troubles au sein des familles ; responsable de plusieurs cassures ou séparation des couples. Les gênes d’alcoolisme chez les nouveaux nés, la déperdition scolaire, la dépendance…, autant de causes collatérales à la consommation d’alcool.

L’abondance des espaces d’égarements et de dépravations des mœurs dans les rues, les bistrots et les bars dancings, est une stratégie de ruse et d’endormissement, qui concourt à l’infantilisation de la femme, des jeunes et des âmes sensibles que l’on voudrait tenir éternellement en « captivité ». A l’instar du football, considéré comme l’opium du peuple, la foi religieuses abandonnée aux mains inexpertes des marchands, mercenaires et hors la loi, c’est autour de Bacchus, d’occuper la scène. Le Cameroun parie décidemment sur le hasard. Même si les fabricants préviennent : « à consommer avec modération », on consomme sans modération tant que l’on peut s’offrir ce plaisir ou « couper une » avec un bienfaiteur.

© Souley ONOHIOLO | Le Messager

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau