Cameroun - Formation militaire: Un troisième élève de l'Emia meurt à Koutaba

Cédric Assae Enoto a succombé à un malaise après une marche de 10 km, vendredi dernier.  Une réunion de crise s'est tenue hier au Ministère de la Défense.

Emia cameroun 1

Edgard Alain Mebe Ngo'o et ses principaux collaborateurs se sont retrouvés dans l'urgence pour évoquer des événements qui se succèdent depuis le 19 novembre à Koutaba, où la 35ème promotion des élèves de l'Emia poursuit son année de formation initiale. Vendredi, 29 novembre, à 23 h, un autre élève officier, Cédric Assae Enoto, est mort à Koutaba.

Titulaire d'un Deug en économie, il faisait partie de la 35ème promotion de l'Ecole militaire interarmes. Il a succombé à un malaise après une marche de 10 km. Le lendemain, samedi, le Ministre délégué à la présidence de la République chargé de la Défense, Edgard Alain Mebe Ngo'o, s'est rendu à Ayos, où ont eu lieu les obsèques d'Aristide Beti Abada, un autre élève officier de cette promotion. Le défunt a été mis en terre avec les honneurs militaires et les galons d'aspirant. Ce dernier et son camarade de promotion Hamassehou Yaya Dandji sont morts le 19 novembre dernier. Ce troisième décès en 10 jours d'un élève de la 35ème promotion de l'Emia plonge le Mindef et ses collaborateurs dans une grande confusion. Le chef d'état-major des armées, le Général René Claude Meka, s'est rendu hier à Koutaba, où les étudiants de l'Emia ont commencé leur année probatoire le 04 novembre dernier.

Un cadre du Ministère de la Défense nous a confié que le cabinet de crise du Ministre cherche la bonne formule pour communiquer, tant ces trois morts en 25 jours de formation intriguent. «Nous nous demandons s'il ne faut pas faire passer à ces élèves une contre-visite médicale approfondie», nous confiait notre source samedi dernier. Et d'ajouter, «dans ce cas, on recalerait tous ceux qui ne remplissent pas les conditions». Sauf que, à en croire cet officier supérieur, cette visite médicale réglementaire est traditionnellement programmée après une période allant de 60 à 90 jours environ de formation. Ce délai laisse le temps de révéler des «pathologies inaugurales» (des maladies qui peuvent se déclarer subitement pour la première fois, après un stress intense, ndlr), et qui n'auraient pas été décelées lors des deux premiers contrôles médicaux avant l'admission à la formation d'officier d'active à l'Emia. Cette solution, rappellent des cadres du Mindef, a déjà été appliquée il y a deux ans à une promotion de soldats et de sous-officiers et s'était soldée par le renvoi de plus de 200 élèves:

Formation au rabais ou torture

Face à ces différents décès, on ne peut pas rester les bras croisés. Les choses changent tellement vite dans notre environnement, peut-être que nos enfants ne sont plus tout simplement aptes. On va faire cette visite, voir s'il y a des inaptes et nous en débarrasser», affirme notre source. Sauf que, remettre en question l'aptitude des élèves admis à la formation reviendrait automatiquement à remettre en cause la crédibilité des tests d'entrée à l'Emia, et par voie de conséquence, celle des examinateurs qui les ont validés. Parmi ces examinateurs, se trouvent des médecins militaires, tous officiers supérieurs. Autre crainte des militaires, ces décès successifs en un temps aussi court, les obligent à modifier le dosage des exercices. «Une formation au rabais serait une catastrophe», confie un officier supérieur.

L'arrêt définitif de la formation et la dissolution de ce contingent serait inédit. Seulement, le Mindef et ses collaborateurs doivent trouver des solutions immédiates à des questions qui se posent de plus en plus. La psychose s'est d'ailleurs installée. Selon des sources, certains élèves de la 35ème promotion, dès l'annonce vendredi de ce 3ème décès, ont annoncé à leurs parents que leur formation serait annulée et leur contingent dissout. Des parents, pour leur part, reprochent aux encadreurs de l'Emia d'exagérer le bizutage, d'user de violences, voire de torture à l'endroit de leurs enfants.

© Aziz salatou | Le Jour

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau