Cameroun - Formation militaire: Ce qui se passe à l'Emia

Les élèves passent de soldats à sous-officiers. Ils doivent vivre et endosser la carapace des hommes qu'ils vont commander. La formation qui a commencé à Koutaba le 04 novembre dernier est une formation de masse.

Le but des instructeurs est qu'à la fin, tout le groupe atteigne un niveau standard. En 10 mois, les élèves passent de soldats à sous-officiers. Ce sont des hommes appelés à commander. Ils doivent vivre et endosser la carapace des hommes qu'ils vont commander. «Mais il arrive souvent que les cadets aient trop fantasmé le métier des armes. Ils idéalisent la carrière militaire et la croient facile. Une fois confrontés à la réalité qui n'est pas toujours reluisante, ils se dégonflent. C'est tellement dur que beaucoup fuient, veulent fuir ou restent mais pleurent tout le temps», témoigne un officier. «Ceux qui attirent l'attention sur eux le payent à leurs dépens. Il est recommandé à un officier de savoir se fondre dans la masse, de chercher à former un groupe de façon à développer l'esprit de corps sans lequel il n'y a pas d'armée. A l'Emia, rien n'est acquis. On n'a réussi qu'après le triomphe. A tout moment, les instructeurs essaient de repousser les limites de leurs élèves sans que ce ne soit une torture. C'est de l'aguerrissement», explique notre interlocuteur.

Les élèves officiers sont répartis dans des sections

Selon lui, les élèves officiers, une fois à Koutaba pour leur année probatoire, sont répartis dans des sections. Ces groupes sont commandés par un chef de section, un sous-officier et un gradé de section. Le chef de section, un lieutenant jeune et fort physiquement accompagne les recrues qui sont toutes volontaires et majeures, dans tous les exercices. Il est suppléé par un de ses adjoints en cas d'absence. C'est lui qui module les programmes d'enseignement, évalue les progrès des élèves sous sa responsabilité. Il est régulièrement contrôlé par la Sécurité militaire (Semil), indépendante des écoles et centres d'instructions. Les membres de la Semil rapportent toutes les anomalies relevées au cours des formations directement au Mindef. Le chef de section rend compte de ses activités et reçoit ses ordres de l'officier de formation qui cumule cette fonction avec celle de commandant de la division de la formation initiale. C'est un officier supérieur qui harmonise les programmes d'enseignement des élèves officiers.

Il y a aussi le commandant de l'Emia qui est un officier supérieur. Il a pour mission la formation des futurs officiers, de la formation initiale de civil au triomphe. Il répond aux ordres du commandant des écoles et des centres d'instructions des armées (Comecia). Un officier général qui gère les écoles militaires et les centres d'instruction. Il élabore les programmes d'enseignement dans ces établissements. Il est placé sous les ordres du chef de l'Etat-major des armées qui lui-même est responsable devant le Ministre. Malgré l'encadrement de la formation, les cas de recrues décédées sont légion. En France, le décès d'un élève entraîne automatiquement des sanctions à l'encontre du responsable. Pour mémoire, en janvier 2004, Laoudi Karimoune et Londji Nandje, élèves officiers étaient décédés en Cours de formation à Saint Cyr. Ils étaient Nigérien et Togolais. Trois de leurs instructeurs avaient été inculpés d'homicide involontaire. Leur faute, ils les avaient emmenés en stage de neige en haute montagne. Les élèves africains sont morts d'hypothermie.

Une enquête est en cours

D'après nos sources, une enquête est en cours à la brigade de gendarmerie de Koutaba. Les gendarmes ont été mis en branle immédiatement après l'annonce de la mort de deux élèves officiers, Aristide Abada Beti et Hamassehou Yaya Dandi, de la 35ème promotion de l'Ecole militaire interarmées (Emia), survenue le 19 novembre dernier. Un officier supérieur qui ne souhaite pas être reconnu, nous a dit que les gendarmes de la brigade de Koutaba sont chargés d'établir les causes exactes de ces décès. Il faut désormais y ajouter celui de Cédric Assae Enoto. «Ils vont chercher à comprendre si ces cadets, qui ont été admis à l'Emia après une batterie d'examens médicaux poussés sont morts d'une pathologie inaugurale ou non. Ces maladies qui peuvent être déclenchées par la forte pression que les élèves subissent les premiers jours de leur entrainement.

Il faut comprendre que les examens médicaux qu'ils subissent ne peuvent pas tout révéler. Selon qu'on prend par exemple la tension artérielle le matin ou le soir change du tout au tout», explique l'officier supérieur. Il refuse toutefois qu'on parle d'acharnement. «Le but de la formation militaire est de développer l'esprit de corps, l'esprit de l'effort et l'esprit de discipline. Il peut arriver qu'au cours de la formation, les encadreurs remarquent que des élèves se distinguent: par la taille, la couleur de la peau, le bavardage, la fainéantise… etc. Ceux-là sont en général remarqués par les encadreurs qui ont pour souci d'aplanir les egos pour atteindre l'esprit de corps», nous a-t-on appris

© Aziz Salatou | Le Jour

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