Cameroun - Enoh Meyomesse: Marafa, le rêve brisé

Dans «Le cri du nordiste au Cameroun aujourd'hui», il revient sur les chances perdues du Grand Nord d'accéder au pouvoir.

Marafa tribunal 006 thn 475

C'est un document de 30 pages qu'Enoh Meyomesse du fond de sa cellule de Kondengui, vient de publier aux éditions du Kamerun. Il parle de la politique et de ses acteurs dans la partie septentrionale du Cameroun. En fait, l'auteur de «Le cri du Nordiste au Cameroun aujourd'hui» étudie les chances que le nord du Cameroun (les régions de l'Extrême-Nord, du Nord et de l'Adamaoua) a eu de revenir au pouvoir après Ahmadou Ahidjo. Enoh Meyomesse évoque certes le coup d'Etat manqué du 6 avril 1984, mais il ne s'y attarde pas. Pour lui, la première véritable chance qu'a eu le grand Nord de revenir au pouvoir, c'était l'Union nationale pour la démocratie et le progrès (Undp). Dirigé au départ par S¬muel Eboua, le parti s'est vite positionné sur la scène nationale. Seulement, sa «nordisation», pense Enoh Meyomesse, lui a été préjudiciable.

Pour lui, trois acteurs principaux, Bello Bouba Maigari, Hamadou Moustapha et Issa Tchiroma Bakary en bousculant Samuel Eboua de la présidence du parti, ont affaibli l'Undp. Selon Enoh Meyomesse, une Undp conduite par Eboua aurait pu accéder au pouvoir qui, après quelques années serait revenu à Bello Bouba. «Quelles solutions s'offrent-elles encore à ce parti aujourd'hui, en revanche, pour conquérir le pouvoir? Pas ou plus grand-chose. Il ne peut compter sur l'appoint de partis tels que le Mdr, l'Add, l'Andp ou le Fsnc, tellement l'antagonisme entre eux semble irréductible. De même, il ne peut prétendre bénéficier de la position du Rdr en Côte d'ivoire, face au Fpi, pour la raison fondamentale qu'il lui manque quelque chose d'essentiel: un grand nom tel que l'a été Alessane Ouattara. Ce grand nom aurait pu être Marafa Hamidou Yaya.

Malheureusement, celui-ci n'est pas un militant de ce parti», écrit Enoh Meyomesse. Il présente l'ancien Ministre de l'Administration territoriale et de la Décentralisation comme l'«étoile du Nord », brisée par le système. «Avec l'arrestation de Marafa, le Nord du Cameroun vient de perdre une seconde chance (...) d'accéder au Palais d'Etoudi. Toutefois, Ce n'est pas une simple perte pour le Nord uniquement, mais bel et bien pour tout le Cameroun. Un présidentiable est difficile à fabriquer», écrit-il. Pour l'auteur, Marafa se présentait clairement comme le troisième Président de la République du Cameroun: «En effet, avant son arrestation, il se situait en tête des hommes politiques nordistes auprès des masses populaires en termes d'audience, de soutien et de crédibilité.

Bien mieux, son aura ne se limitait guère au Nord du pays. Elle s'étendait jusqu'au Sud. De nombreux Sudistes l'avaient en effet déjà mentalement «agréé» comme futur Président de la République. Enfin, de tous les hommes politiques camerounais, il était le seul à jouir d'une telle stature: Président avant d'être élu». Enoh Meyomesse fait un parallèle entre Marafa Hamidou Yaya et Dominique Strauss Kahn en France. Deux hommes qui ont «vu leur destin présidentiel brisé au moment où on s'attendait le moins».

© Jules Romuald Nkonlak | Le Jour

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