Cameroun - Douala: Laurent Esso fustige les chauves-souris du tribalisme

Au nom du peuple Sawa, le digne fils Douala, pur Deïdo, s'en prend à ses camarades allogènes qui font le jeu du «village».

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Douala s'est encore mobilisée, dimanche dernier comme elle sait si bien le faire lorsqu'elle décide de manifester sa tradition hospitalière. La place de l'Udeac s'était ainsi parée de ses plus beaux atours, à l'occasion d'une célébration œcuménique d'action de grâce dédiée au président du Sénat, Marcel Niat Njifenji. Dans cette ferveur des retrouvailles, une adresse à jeter comme un embarras au sein de l'assistance. En effet, s'adressant à son hôte du jour, le représentant de la communauté sawa, Laurent Esso, est sorti du ronronnement et de la langue de bois généralement convenus en pareille circonstance.

Après avoir retracé le parcours élogieux de la désormais deuxième personnalité du Cameroun, après avoir vanté ses mérites, puis souligné que Marcel Niat, bien qu'originaire de l'Ouest, était installé dans la métropole économique depuis un demi-siècle, ce dignitaire du régime à la parole plutôt rare, a entrepris de rappeler la complexité de la région du Littoral, «parfois bousculée par différents problèmes d'actualité». La voix de Laurent Esso se fera plus ferme lorsqu'il évoquera la turbulence générée par tous les courants sociologiques porteurs de progrès, mais aussi d'incertitudes.

Pour lui, la paix à Douala, mais aussi au Cameroun et ailleurs est la manifestation de la présence de Dieu et passe par l'amour du prochain. Avec des accents liturgiques, il parlera de ce prochain qui n'est pas de notre village, de notre ethnie, de notre culture, «ce prochain que nous considérons comme étranger». Celui-là que beaucoup, avec condescendance, désignent par «Muyabedi» (en duala), «Belobolobo» (en éwondo), «Nkwa» (en bamiléké), «gadamayo» (en fulfuldé), etc. Et, alors que certains le crient au bout de sa démonstration, le représentant des Sawa assène, sans fioritures: «Pour ce prochain-là, dans cette région du Littoral, poumon économique de notre pays, la tentation de stigmatisation est grande. Les sujets qui pourraient l'opposer aux autres sont nombreux. Mais, le prochain-là est le bienvenu dans la région du Littoral.

À lui de s'adapter aux exigences du nouvel environnement, au risque de s'exclure lui-même des bienfaits de notre généreuse hospitalité. Quand nous parlons d'unité nationale, quand nous parlons d'intégration nationale, il ne faudrait pas que cela reste une vue de l'esprit. Réalisons simplement que cette région du Littoral est le creuset de la cohésion nationale. Nous devons donc, à chaque instant, éviter des discordes inutiles, des insinuations stériles. Nous devons, à chaque instant, éviter toutes ces attitudes qui provoquent des blessures parfois difficiles à guérir, des blessures qui nous installent malheureusement dans une suspicion permanente et dans la méfiance destructrice. Des blessures qui durent et subsistent au-delà de l'oubli». Derrière cette envolée, on perçoit clairement un ras-le-bol, un rappel au sursaut, un avertissement sans frais aux chauves-souris qui ont fait du tribalisme leur fonds de commerce politique dans le Littoral en général, et Douala en particulier.

Laurent Esso n'a cité personne, mais son propos est venu remettre en surface un phénomène qui crée de véritables ravages en ce moment, dans la métropole économique. Il n'a pointé aucun camp, mais tout le monde a compris que les batailles de positionnement, au sein du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) dans le Littoral, font craindre de réelles dérives dans un avenir proche. Et qu'il ait choisi de le dire devant Marcel Niat Njifenji, ne saurait être considéré comme le pur fait du hasard. Douala. En effet, que ce soit avant ou pendant la campagne en cours pour les élections législatives et municipales, les rumeurs les plus folles courent sur des cas flagrants de tribalisme alimenté par des dignitaires du parti au pouvoir, placés à des postes parfois insoupçonnés.

Ce sont ces personnalités-là qui, sous différentes formes, ont habilement manœuvré pour faire investir des candidats originaires de leur bord tribal afin de régner sur la ville. «À cette allure, il n'est pas exclu que les autochtones de Douala se retrouvent complètement marginalisés, que ce soit à l'Assemblée nationale ou dans les conseils municipaux. Ainsi, l'on ne devrait pas s'étonner que des allogènes fassent carton plein ou, pire, que les frustrés qui se comptent par milliers décident d'un vote sanction en portant leurs choix sur les plénipotentiaires de l'opposition», analyse un fin connaisseur de la capitale économique qui revendique près de 29 ans de militantisme actif au sein du Rdpc.

Et ces chuchotements n'épargnent ni Marcel Niat Njifenji, ni le Secrétaire général du comité central de la formation de Paul Biya, Jean Nkuété et bien d'autres pontes qui, insistent leurs contradicteurs, n'hésitent pas à garder deux fers au feu en clamant leur appartenance au Rdpc le jour, mais en allant pactiser avec l'opposition la nuit venue. Quand Laurent Esso parle des attitudes entraînant des blessures et parfois difficiles à guérir, lorsqu'il évoque des afflictions qui installent la suspicion permanente et la méfiance destructrice, lorsque ces plaies durent et subsistent au-delà de l'oubli, inutiles de préciser qu'il connaît sa cible et a, lui-même, eu à pâtir de ces ensauvagements qui font si mal au Rdpc, et donc au Cameroun.

© René Atangana | La Météo

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