Cameroun: Des enseignants écrivent à Maurice Kamto*

"Lors de l’élection présidentielle d’octobre 1992 vous aviez fait preuve de lucidité politique en prenant position en faveur du camp pour le changement d’alors.C’est avec la même lucidité intellectuelle et politique doublée de patriotisme que vous aviez accepté d’être sollicité par le gouvernement de la République pour l’affaire Bakassi dont les résultats probants ont donné à voir votre haute stature intellectuelle et juridique."

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Professeur,

En tant que citoyens et observateurs de la scène politique camerounaise qui avons suivi de bout en bout les péripéties du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun de sa genèse en passant par son acte de candidature aux élections couplées du 30 septembre 2013 dont les résultats ont officiellement été publiés; nous avons décidé d’entrer en relation épistolaire avec vous afin de partager notre perception du Mrc ainsi que notre horizon d’attentes pour les échéances électorales à venir. Professeur, il y a plus de deux décennies que notre pays le Cameroun est rentré dans le multipartisme du fait des effets du vent d’Est conjugué à la volonté de nombreux camerounais de tourner le dos au monopartisme.

Comme on le sait, la parturition de ce paysage multipartiste n’a pas été facile et a donné lieu à de nombreux soubresauts politiques. Lors de l’élection présidentielle d’octobre 1992 vous aviez fait preuve de lucidité politique en prenant position en faveur du camp pour le changement d’alors. C’est avec la même lucidité intellectuelle et politique doublée de patriotisme que vous aviez accepté d’être sollicité par le gouvernement de la République pour l’affaire Bakassi dont les résultats probants ont donné à voir votre haute stature intellectuelle et juridique.

La gratitude du gouvernement de la République à votre égard vous a fait occuper la fonction de Ministre-Délégué auprès du Ministre de la justice. Comme on le sait, ce mariage avec le gouvernement à forte coloration politique Rdpc ne pouvait durer longtemps quand des pratiques obscurantistes et opaques d’une ère révolue faisant ombrage à votre lucidité vous ont amené à quitter le navire gouvernemental. Ce départ n’ayant entamé en rien votre crédibilité aidé de votre lucidité, vous avez décidé d’apporter votre contribution positive en portant sur les fonts batismaux le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun. Parlons-en. L’avènement du MRC dans le paysage sociopolitique camerounais s’est fait pour ainsi dire dans la douleur.En effet, comme à leur habitude, les forces rétrogrades et conservatrices ainsi que leurs suppôts se sont liguées contre ce nouveau-né afin d’étouffer son existence. Mais, c’est sans compter sur votre détermination et votre courage.

Le professeur Ambroise kom ne caractérisait-il pas l’intellectuel authentique par son courage ?Le Docteur Mathias Eric Owona Nguini ne distinguait-il pas l’intellectuel véritable du clerc c’est-à-dire de cette espèce de penseur qui met son savoir au service de ceux qui asservissent le peuple ? Qui plus est cette velléité d’étouffement s’est accrue et rendue manifeste avec le recalement de vos listes du Mrc aux élections couplées (législatives et municipales) qui viennent de se dérouler, une fois de plus, votre humilité, votre lucidité intellectuelle et votre expertise juridique vous ont donné raison. Une fois remis dans la course, le Mrc a battu campagne avec la pertinence de ses arguments. Ce qui lui a valu des diatribes inopportunes de certains acteurs politiques on ne sait trop pourquoi.

Quoiqu’il en soit, le MRC, on ne le dira jamais assez a fait parler de lui, de ses acteurs, de son projet de société et qu’on le veuille ou pas il s’est donné à voir comme un parti avec lequel il va falloir désormais compter. Nous osons croire qu’à l’horizon 2018, le Mrc aura gagné en maturité et émergera totalement au grand bonheur des Camerounais qui aspirent au changement mieux à la renaissance du Cameroun. Mais au-delà de ce tableau laudatif, comment réussir l’émergence du Mrc à l’horizon 2018 ? Professeur, en tant que citoyens épris de justice et de progrès comme bien des Camerounais, nous voulons attirer votre attention sur certains points. La sympathie des Camerounais pour le Mrc est consubstantielle à votre personne mieux à votre personnalité morale, intellectuelle et scientifique.

En effet nombreux sont les Camerounais ayant le sens de la gratitude qui n’oublieront pas de sitôt la contribution citoyenne d’un éminent compatriote dans l’affaire Bakassi. A ce titre, ce capital de sympathie doit être un acquis à préserver. Vous n’avez donc pas droit à l’erreur tant il est aussi vrai que, comme dit l’expression latine « errare humanum est ». Il vous incombe donc de sortir des sentiers battus. Qu’est-ce à dire ? Cela revient à dire que le Mrc doit repenser la pratique de la politique au Cameroun de manière à donner à voir aux Camerounais une image noble de la politique. En effet, les hommes politiques camerounais ont pour ainsi dire désacralisé l’institution politique pour y être entrés non pas pour servir le peuple, mais pour s’enrichir le plus rapidement possible, regardant le peuple appauvri d’en-haut avec mépris et arrogance. C’est ce qui peut expliquer la léthargie politique du Cameroun et le désintérêt, voire la désaffection du peuple camerounais à l’égard de la chose politique.

L’histoire est connue. L’avènement de M. Paul Biya le 06 novembre 1982 à la magistrature suprême avait suscité de nombreux espoirs chez le petit peuple. Une décennie après et précisément en 1992 un certain leader d’opposition charismatique avait drainé, rallié autour de sa candidature une immense majorité du peuple ainsi qu’une fraction importante de l’appareil gouvernemental. Il est clairement établi aujourd’hui que ces deux entités susmentionnées ont les mêmes similitudes et les mêmes résultats politiques. Tous les deux qui avaient promis aux Camerounais le changement ont malheureusement réussi à électrocuter la scène politique camerounaise accentuant ainsi le sous-développement politique, économique et social pourtant décrié dans leurs discours dont le but visé est d’envoûter le peuple pour mieux l’écraser.

Ils ont réussi à totémiser la fonction présidentielle, laquelle totémisation sécrète au plan régional des comportements infrajuridiques tels le trafic d’influence, l’intolérance, l’arrogance, la divinisation des élus locaux et autres fonctionnaires budgétivores. Ils ont réussi à fabriquer des villageois politiques et même des amnésiques politiques insensibles à la douleur prêts à tout banaliser. Ils ont réussi à changer dans la forme une manière de parler, de communiquer au peuple en donnant l’illusion que ce changement devrait se concrétiser dans la réalité, dans les faits, dans le vécu quotidien. C’est ce qui explique aujourd’hui la connivence entre ces deux leaders dont les échecs sociopolitiques ne se discutent plus puisqu’il n’y a qu’à voir dans quelles conditions les Camerounais vivent ou survivent.

C’est aussi ce qui explique leur acrimonie voire, cette attitude de méfiance et de distance qu’ils affichent à l’endroit du Mrc parce qu’ils savent, sûrement mieux que quiconque, ce dont le mouvement que vous avez initié est capable: porter les aspirations du peuple camerounais et se sacrifier à les combler. Le MRC et les « mrcistes » doivent donc sortir des sentiers battus en évitant de tomber dans les travers de ces formations politiques digesto-festives en construisant un discours politique qui ne vise pas à envoûter le peuple ou à enflammer la fibre émotionnelle des Camerounais à des fins démagogiques mais à construire un discours qui doit à la fois susciter l’espoir et baliser les chemins de la sortie du marasme dans lequel les Camerounais étouffent, une fois au pouvoir.

Ce qui veut dire que le Mrc doit s’abstenir d’illusionner ou de leurrer les Camerounais par des rhétoriques à l’emporte-pièce. Sortir des sentiers battus pour le Mrc c’est aussi refuser de s’enfermer dans une logique tribale ou régionaliste. Et bien que même dans les démocraties authentiques chaque leader est fils de son temps, d’une aire culturelle donnée, le MRC doit pouvoir capitaliser le minimum de sympathie en cherchant à poursuivre son implantation dans toute l’étendue du territoire national. C’est aussi l’un des griefs que l’on fait à l’opposition camerounaise. Et nous insistons là-dessus. Car, plus qu’un mouvement, le Mrc doit accentuer sa structuration en se déployant sur le terrain pour réussir son implantation territoriale afin de devenir un véritable parti d’opposition qui aspire au pouvoir pour la renaissance du Cameroun.

Les statistiques des résultats partiels aux élections du 30 septembre 2013 dans les localités où le Mrc s’est engagé montrent, après analyse, que le Rdpc doit certaines de ses victoires à la percée du Mrc qui en un laps de temps a su drainer vers lui les militants de certaines formations politiques dont les leaders sont en panne d’imagination et de créativité stratégique pour sortir le Cameroun de son malaise et optent pour le camouflage ou le copinage avec un parti qui, en trente ans d’existence, n’a servi aux Camerounais que discours et slogans. Il ne reste plus qu’au Mrc à savoir tirer profit de ces crises qui traduisent le malaise qui règnent à l’intérieur de ces formations politiques et qui font penser que le grand hivernage n’est plus qu’une question de temps.

A ce titre, le Mrc devra composer avec des formations politiques d’opposition dont les programmes politiques et les projets de société sont compatibles aux siens. C’est là à notre sens, Professeur, les impératifs catégoriques qui attendent le Mrc. Ce n’est qu’en cela que le Mrc sera convaincu de la diffusion de ses idées sur tout le territoire nationale. D’ici à l’horizon 2018, un tel travail est possible. Pour cela, il faut s’armer concomitamment des militants susceptibles d’aider à la construction de ce projet, ensuite des militants pouvant accompagner ce projet dans sa phase d’achèvement. Sortir des sentiers battus, c’est aussi œuvrer pour la formation politique des militants à qui il faut inculquer des valeurs civiques, des valeurs républicaines.

L’Ecole politique du Mrc doit pouvoir jouer ce rôle en organisant des séminaires qui contribueront à la formation politique des citoyens de la Renaissance du Cameroun. Une telle formation, pour être efficace et porteuse à l’échelle nationale et internationale, doit être chapotée en amont par des communications fréquentes ou si l’on veut des prises de position ouvertes de son Leader sur des questions qui engagent notre pays et même sur la marche de l’actualité internationale. Si vous ne le faites pas, on vous confondra à ces leaders politiques camerounais dont les apparitions médiatiques suivent la Loi de Poisson qui en mathématiques et plus précisément en calcul des Probabilités analyse les phénomènes rares. Ceux-là ne communiquent pas, même en cas de crise sociale grave et lors des échéances politiques.

Comment terminer sans souligner ici que l’argent étant le nerf de la guerre, le Mrc doit pouvoir faire acquérir à ses militants une culture de la réserve financière. Ainsi, à travers des cotisations de ses membres, des activités génératrices de revenus pour le parti, le Mrc devra pouvoir compter sur ses finances avant toute aide des pouvoirs publics. Enfin, le Mrc devra faire de la transparence le maitre-mot de sa politique car les Camerounais aujourd’hui ne veulent que trois choses : la vérité, le développement et le bien-être. Professeur, ce n’est qu’à ce titre et à ce titre seulement qu’ensemble nous adhérerions au Mrc et œuvrerions pour la Renaissance et la Refondation du Cameroun. Puisse le MRC se présenter à l’horizon 2018 comme la force alternative du changement.

Très citoyennement vôtre.

Par Messieurs*: Albert Corniche Etotoke Mbambath, 74795330(Pleg Français)

Raoul Lemopi Tsasse, 75595911- 50664310 rlemopi@yahoo.fr (Pleg Philosophie)

Erick Gaston Fofou, 75283776 fofou001@yahoo.fr (Pleg Mathématique)

*Le titre est de la rédaction (Le Messager)

*Enseignants au Lycée Bilingue de Nylon Brazzaville à Douala.

© Le Messager

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