Cameroun/Cardinal Tumi: «J'ai soutenu Gbagbo»

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Il est réputé ne pas avoir sa langue dans la poche. Assez virulent lorsqu'il s'agit de stigmatiser les maux qui minent l'Afrique et les Africains, cet homme de Dieu est connu comme un prélat qui ne «donne pas le lait» aux gouvernants africains notamment à ceux de son pays.

En son temps il avait commenté d'une manière qui ne prête à aucune équivoque la crise postélectorale ivoirienne. Aujourd'hui, même s'il se refuse à parler véritablement de tout ça, il sort quand même de temps en temps des phrases chocs qui édifient son interlocuteur. Nous sommes allés sur ses traces à Douala. Le récit d'une rencontre traçant indélébile. Partis de Yaoundé la capitale du Cameroun le samedi à l'aube, nous sommes arrivés à Douala vers 7 heures grâce à un commandant de l'armée camerounaise qui a bien voulu nous prendre à bord de son véhicule. Notre contact qui a négocié la rencontre avec le prélat nous retrouve à l'évêché un peu plus tard car le rendez-vous avec le cardinal est prévu pour 9h. A l'heure pile nous sommes au portail, Daniel le vigile réceptionniste nous apprend que le cardinal est allé un peu plus tôt célébrer une messe dans une paroisse située dans un quartier de Douala, néanmoins il repassera à son domicile vers 13h avant de partir pour une tournée pastorale. Après réflexion, nous décidons de suivre le prélat dans ladite paroisse.

Nous le retrouvons en pleine célébration à la paroisse Saint-François d'Assises de Koto dans la périphérie de Douala. Malgré le fait qu'il soit désormais Cardinal émérite, à la retraite donc, Christian Tumi a un emploi du temps chargé. Ce samedi matin là, il officie la messe de célébration du 70e anniversaire de « Maman Saloma », une dame bien connue de l'église catholique de Douala, ancienne employée de banque, capitaine de l'équipe camerounaise de hand-ball qui a remporté les premiers jeux africains de 1964 à Brazzaville. Cette dame qui a encore toute sa fraicheur a été pendant des années la comptable de l'archidiocèse de Douala. Après son homélie sur les liens sacrés du mariage et l'amour chrétien tirée du livre de Jean 13 versets 13 et 14, nous avons pu parler à ce passionné des « hommes et de Dieu » comme l'a écrit Frédéric Grah-Mel en ce qui concerne feu le Cardinal Bernard Yago avec qui Monseigneur Tumi dit avoir eu « des liens forts ». «Il m'a plusieurs fois invité en Côte d'Ivoire et me coupait souvent la route lorsque j'étais en transit par Abidjan», dira-t-il du premier Cardinal ivoirien. Pas du tout surpris que nous soyons là, il nous demande de le retrouver à l'évêché après le déjeuner offert par la paroisse hôte.

«J'ai soutenu Gbagbo»

C'est dans un bureau assez exigu, d'une résidence bien construite mais pas tellement spacieuse jouxtant la cathédrale que Monseigneur Christian Cardinal Tumi nous recevra brièvement. Refusant la forme de l'interview et même de l'entretien officiel, l'octogénaire - il aura 83 ans en octobre - nous donne sa position par bribes sur la crise postélectorale qui a cours en Cote d'Ivoire. «Vous voulez savoir avec qui je suis en Côte d'Ivoire ? Avec personne mais j'ai supporté Gbagbo». Le pourquoi de ce soutien n'aura pas de réponse si ce n'est qu'un léger éclat de rire. Pour l'archevêque émérite de Douala, la solution du problème ivoirien est «aux mains des Ivoiriens».

Pour lui le pays redevient stable même s'il rajoute «qu'il faut que cela s'améliore de jour en jour». Rapidement il nous libèrera car il doit se reposer et juste après prendre encore la route pour une visite à travers les paroisses de l'archidiocèse de Douala. C'est le 19 avril 1966 que Christian Wiyghan Tumi commence son sacerdoce après avoir été ordonné prêtre à Buéa dans le sud-est du Cameroun. Il sera ensuite nommé évêque en 1979 avant d'en recevoir la consécration des mains du Pape Jean-Paul II en janvier 1980. Il exercera sa charge dans plusieurs évêchés du Cameroun notamment celui de Garou au nord et de Bamenda au nord-est. D'aout 91 à novembre 2009, il marquera de son empreinte l'archidiocèse de Douala après avoir été fait Cardinal par sa sainteté le pape Jean-Paul II en 1988. Il aura donc administré cet archidiocèse réputé difficile durant presque 20 ans avant de prendre sa retraite à l'âge de 79 ans.

© Le Nouveau Courrier : Marc Blanchard K.

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