Cameroun - Affaire Michel Thierry Atangana et Titus Edzoa: Évitons l'amalgame dangereux

Maître Caroline Vasermane, avocate française, l'invitée de Christophe Boibouvier de Radio France Internationale (RFI), du Journal Afrique matin du mercredi 18 décembre 2013 (7 h 30 mn), a développé des arguments étranges, truffés de contre-vérités suite au rejet par la Cour suprême du Cameroun du pourvoi en cassation de Michel Thierry Atangana et Titus Edzoa contre l'Etat du Cameroun. Michel thierry atangana 002 hp 475

Il y a lieu de préciser que Monsieur Thierry Michel Atangana, né de père et de mère camerounais et Monsieur Edzoa Titus, ancien ministre (Enseignement supérieur, Santé publique et secrétaire général de la présidence de la République) sont poursuivis pour détournements de deniers publics au préjudice du Trésor du Cameroun dans deux affaires distinctes. Les deux prévenus ont été condamnés à une peine d'emprisonnement ferme de 15 ans dans le premier dossier et de 20 ans d'emprisonnement ferme dans la deuxième affaire.

Alors que les faits concordants, précis et au-delà du doute raisonnable, ayant abouti à la condamnation de Messieurs Michel Thierry Atangana et Edzoa Titus ne souffrent d'aucune contestation légale et légitime, des voix s'élèvent pour parler d'une « justice instrumentalisée » au Cameroun. Maître Caroline Vasermane a même eu la maladresse de dire au cours de son interview à RFI que Monsieur Edzoa Titus a été condamné pour avoir démissionné de son poste de secrétaire général de la présidence de la République et pour s'être porté candidat à l'élection présidentielle du 11 octobre 1997. Michel Thierry Atangana étant le directeur de campagne du candidat Edzoa Titus, est victime des dégâts collatéraux. A travers cette interview accordée à RFI par Maître Caroline Vasermane, nous apprenons aussi que le président français, François Hollande, aurait intercédé auprès du président Paul Biya, afin que les deux prisonniers soient libérés. Position réitérée lors d'une interview accordée par le chef de l'Etat français aux journalistes de RFI, France 24 et TV5 Monde. Face à toute cette agitation et à toutes les affabulations éhontées proférées contre le gouvernement camerounais et contre le chef de l'Etat, vraisemblablement avec des desseins inavoués, je tiens à faire l'éclairage technique ci-après: • Au moment de sa démission du gouvernement le 10 avril 1997, Monsieur Edzoa Titus était ministre de la Santé publique. Il n'était plus secrétaire général de la présidence de la République depuis le 19 septembre 1996. 

Je tiens également à préciser que le président de la République, chef de l'Etat, Son Excellence Paul Biya, n'a pas besoin de poursuivre un Camerounais parce qu'il a démissionné de son gouvernement. C'est mal connaître la dimension exceptionnelle du chef de l'Etat camerounais qui se met toujours au-dessus de toute mêlée partisane pour être le juge impartial dans les affaires supérieures de la République. Pour ceux qui ont la mémoire courte, je tiens k rappeler que Monsieur Garga Haman Adji, ministre de la Fonction publique avait démissionné du gouvernement le 27 août 1992, peu avant la campagne de l'élection présidentielle du 11 octobre 1992. Il n'a jamais été inquiété alors que tout le monde connaît la virulence de ses critiques contre le gouvernement à travers ses publications et ses interviews dans les médias. Mieux, le chef de l'État l'a nommé membre de la Commission nationale anti-corruption (CONAC) afin qu'il apporte son expertise dans la lutte menée sans merci par le chef de l'Etat contre les détournements des deniers publics.

Monsieur Maurice Kamto, opposant depuis 1990, a été coopté par le chef de l'Etat en 1994 pour apporter son expertise dans le dossier opposant le Cameroun à la République fédérale du Nigéria dans la Presqu'île de Bakassi. Par la suite, Maurice Kamto fut nommé ministre délégué au ministère de la Justice le 8 décembre 2004. Après l'élection présidentielle du 9 octobre 2011, Maurice Kamto a démissionné du gouvernement le 30 novembre 2011. Par la suite, il a créé son parti politique (MRC), a participé au double scrutin du 30 septembre 2013 et s'en sort avec 01 député à Douala et une vingtaine de conseillers municipaux.

Maurice Kamto n'a jamais été inquiété. Quatre leaders politiques très virulents contre le régime et qui avaient pour slogan en 1992 (les années de retour au multipartisme), « la conférence nationale souveraine ou Paul Biya MUST GO », siègent aujourd'hui au sein du gouvernement camerounais. Ceci dit, prétendre que le président Paul Biya, connu pour son sens élevé de l'Etat, sa tolérance légendaire, sa probité morale, son intégrité remarquée et sa vigilance à toute épreuve, peut emprisonner un Camerounais pour ses opinions politiques, serait une insulte à la justice camerounaise et à l'intelligence des Camerounais.

Il y a lieu de relever qu'en 1983, le président Paul Biya était en visite officielle à Bamenda, région du Nord-Ouest et lors de son discours officiel, le chef de l'Etat avait clairement dit qu'aucun Camerounais n'a plus besoin de prendre le Chemin du maquis pour exprimer ses opinions. Et de préciser que quelles que soient les orientations politiques et religieuses des uns et des autres, l'oeuvre de la construction nationale est ouverte à tous, personne n'est exclue et personne ne doit s'exclure. Il est donc facile de comprendre pourquoi malgré le fait que le premier parti de l'opposition fut créé à Bamenda en 1991 en l'occurrence, le Social Democratic Front de Ni John Fru Ndi, et malgré les scènes de violence qui s'en sont suivies, le Président Paul Biya au lieu de tourner le dos à. toute la région du Nord-Ouest comme ça se passe partout en pareille circonstance, a préféré nommé Simon Achidi Achu, fils de cette région (alors très hostile au régime) au poste de Premier ministre, chef du gouvernement le 9 avril 1992. S'agissant de l'indépendance de la justice que d'aucuns veulent mettre à mal, il y a des faits qui de trompent personne et qui attestent que le président Paul Biya, Premier magistrat du Cameroun, n'influence de quelque manière que ce soit, la justice de son pays. Lors des élections législatives du 1 er mars 1992, le ministère de l'Administration territoriale avait crédité le RDPC, parti au pouvoir de 93 sièges soit une majorité absolue sur un total de 180 députés. Conformément à la loi, la Cour suprême devait par la suite siéger pour valider les résultats des élections législatives de 1992; des élections cruciales pour l'avenir politique du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais. Contre toute attente, le président de la commission de validation des résultats, juge à la Cour suprême nommé par le Président Paul Biya, a invalidé les résultats de ces élections législatives de 1992, créditant le RDPC de 88 députés, la coalition de l'opposition de 86 députés et le MDR de 6 députés. Face à cet embarras et en bon démocrate, le président Paul Biya s'est plié au verdict de la Cour suprême et a été contraint de négocier avec le MDR, parti de l'opposition créé par Dakole Daïssala (aujourd’hui sénateur) pour pouvoir avoir la majorité parlementaire indispensable à la formation d'un gouvernement et à la stabilité politique des institutions républicaines. Quand le chef de l'Etat engage la lutte sans merci contre la corruption, plusieurs hauts cadres du RDPC et ministres en fonction passent à la trappe et sont aujourd'hui condamnés à des peines diverses d'emprisonnement. Si j'ai pris la peine de citer tous ces cas, c'est tout simplement pour rappeler à Maître Caroline Vasermane (avocate au barreau français) et à la mémoire collective que le chef de l'Etat camerounais n'est pas un chef de famille, encore moins un chef de clan ou un chef de village.

Cette confusion mérite d'être évitée. Son Excellence Monsieur Paul Biya est le chef de l'Etat de tous les Camerounais et il sait mieux que quiconque qu'une justice crédible doit être libre de toute interférence politique et politicienne. Il le démontre à souhait. Pour terminer, je tiens à dire à tous ceux qui s'activent pour la libération de Thierry Michel Atangana et Titus Edzoa que les deux condamnés sont tous des anciens fonctionnaires du Cameroun payés par le Trésor public. Le salaire mensuel des deux condamnés est de 1.660.000 Fcfa, soit 2500 euros. Paradoxalement, les deux condamnés qui totalisent moins de 15 ans de service dans la Fonction publique sont des propriétaires des biens (immeubles, villas, terrains, appartements de luxe) évalués à plus de 39 milliards de francs CFA (environ 60 millions d'Euros).

En tenant compte de leurs traitements mensuels, Michel Thierry Atangana et Titus Edzoa auraient dû travailler pendant 200 ans pour être les propriétaires légitimes de tous les biens qu'ils possèdent aujourd'hui. Voilà le vrai débat. Mes recherches sur la véracité des faits et la probité des actes de justice, démontrent clairement qu'il n'y a pas de justice à tête chercheuse au Cameroun ou encore une justice à géométrie variable ou une purge partiale ou une épuration politique, contrairement aux arguties de Maître Caroline Vasermane. C'est un débat sans fondement juridique. La chasse aux sorcières n'existe pas dans la stratégie politique du chef de l'Etat camerounais.

Pour mieux défendre son client, un avocat doit être intellectuellement honnête. Pour le cas de Maître Lydienne Eyoum, elle a perçu des honoraires pour des prestations non avérées et la justice suit son cours. Dans ce débat, la notion de l'instruction à charge et à décharge et de l'autorité de la chose jugée mérite d'être respectée. Plus raisonnablement, il faut suivre la pertinence des textes de loi, c'est le cas de la Confusion des peines qui est relevée par Maître Charles Tchoungang; Conseil de Michel Thierry Atangana et ancien Bâtonnier de l'ordre des Avocats du Cameroun.

Car les deux condamnés et la prévenue savent bien qu'ils ont extorqué l'argent du contribuable camerounais et méritent de répondre de leurs actes devant les tribunaux compétents. Evitons donc cet amalgame dangereux car toute tentative de remise en cause de la crédibilité ou de l'indépendance de la justice camerounaise relève tout simplement de l'imposture.

ATANGA NJI Paul

Président de la Section RDPC Mezam, Bamenda-Centre

© Cameroon Tribune

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau