Cameroun - AFFAIRE MBOMA, WOME, KAMENI.../HOPE FINANCE : ARRESTATION DE JEAN EMMANUEL FOUMBI

Fin de cavale pour un escroc de haut vol ?

jean-emmanuel-foumbi-001-ns-300.jpgJean Emmanuel Foumbi Photo: © Lambert Fotso

L'affaire serait passée sous silence et beaucoup de choses ont même été mises en jeu pour qu’il en soit ainsi. Heureusement que la nature n'a pas été de cet avis. Après un marathon judiciaire, M. Jean-Emmanuel Foumbi Kamdem a été écroué dans les cellules froides et infestées de la prison centrale de Newbell. Il devrait d'ailleurs rapidement s'accoutumer à cet univers carcéral, parce que les hôtels de luxe et les plages de Delaware où il avait ses habitudes n'ont aucune commune mesure avec ce pénitencier, où il est logé depuis plusieurs semaines, à la suite de la plainte de l'une de ses nombreuses victimes.

A l'origine de l’affaire

L'histoire qui a conduit à la «mise au frais» de ce Camerounais récemment naturalisé Français ressemble à tout point de vue à un polar où l’acteur se fait prendre dans son propre jeu. Né le 17 janvier 1970 à Bandjoun dans la région de l’Ouest du pays, M. Foumbi Kamdem croyait être de ceux à qui la vie avait réussi. La preuve : après avoir eu la superbe idée de créer en France en 2007 une entreprise qu’il dénommera Hope, spécialisée dans des domaines tels que la finance, les transferts d’argent et la santé, il va se mettre à la recherche des partenaires. C’est ainsi qu’il tombe sur Patrick Mboma, ex-goaleador camerounais à qui il va vendre le projet.

Séduit, l’ex-buteur camerounais va entreprendre à son tour de faire fonctionner son vaste réseau. Dans la foulée, il est promu directeur général adjoint de Hope Finance France. C’est ainsi que d'illustres personnalités seront approchées, au rang desquelles des footballeurs comme : Idriss Carlos Kameni, qui avait engagé la somme de 97 millions de FCFA, Pierre Womé Nlend, plus de 292 millions de FCFA et Patrick Mboma 450 millions de FCFA. Pour ne pas faire les choses à moitié, Patrick Mboma, nommé dans la foulée Président du conseil d’administration, va aller plus loin en offrant à M. Foumbi Kamdem une luxueuse voiture à la hauteur du business. Il a à ses côtés un jeune avocat : Me Ayatou Gaston,et Mlle Rolland Sophie Julie.

En sa qualité d’icône du Groupe Hope Finances, il porte l’image de cette entreprise qu’il va promouvoir de par le monde. L’appétit venant en mangeant, M. Foumbi Emmanuel va porter son dévolu sur le Cameroun. Il est alors reçu à l’Immeuble Etoile par l’ex Premier ministre, chef du gouvernement, Inoni Ephraïm. Il est question d’intéresser le Cameroun à travailler avec le Groupe Hope Finance à l’instar des pays comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Nous sommes courant 2008. La même période, il va aborder M. Dieudonné Kengoum Bouketcha. Il se présentera d’ailleurs à ce dernier comme le Président directeur général de Hope Finance, une plate forme internationale permettant à des porteurs de projets de développement, de promouvoir leurs actions, de communiquer sur leur impact social et environnemental.

Un groupe qui, selon lui, est déjà présent dans six pays en Afrique (Cameroun, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Bénin, Sénégal et République Démocratique du Congo), et en Europe (France, Belgique et Suisse) ainsi qu’aux Etats-Unis, et emploie 150 personnes entre son siège à Paris et ses filiales. Séduit et en tant que jeune opérateur économique, M. Foumbi Kamdem lui fera la proposition de lui octroyer des actions dans cette structure. La petite cabine qui abrite le siège, au 97, rue de Clignancourt dans le 18ème Arrondissement de Paris s’avère étroite et Sieur FOUMBI, en fin stratège, recourt à des locations à l’heure d’un luxueux bureau des Champs Elysées qu’il présente à ses futures victimes comme le siège de la Société.

C’est ainsi que Dieudonné Kengoum Bouketcha lui versera en espèces la somme de 65.500.000 FCFA à titre de souscription des actions de la société Hope Finance Cameroun. Une confirmation de souscription d’actions dans le groupe Hope Finance lui sera même remise en mains propres par M. Foumbi Kamdem le 05 août 2009, de même que l’attestation de reçu de versement des espèces, le tout portant sa signature. A ses dires, telle que repris par la confirmation de Souscription, la cession d’actions en sa faveur devait s’opérer avant la fin d’année 2009, période de tenue de l’assemblée générale. Mais rien n’en a été !

Défense

Ce qui s’apparentait donc comme une poule aux œufs d’or, va s’avérer foireuse. Cette entreprise, au regard des faits, n’était qu’une grosse escroquerie savamment montée par Jean-Emmanuel Kamdem Foumbi. Ce dernier se défend d’ailleurs en soulignant que si l’entreprise a tangué au Cameroun, c’est parce qu’à sa phase de déploiement, elle a absorbé tout le capital dans le fonctionnement. C’est la raison pour laquelle elle n’arrivera pas à honorer le premier échéancier de remboursement. Les prêts sont alors rééchelonnés avec 5% de pénalités. Il tente même d’accuser Patrick Mboma en arguant que, face à ses multiples sollicitations et autres activités et surtout ne voyant toujours pas l’entreprise décoller, il aurait déserté son poste et ses responsabilités, tout en restant indifférent aux appels des autres actionnaires.

Selon lui, il aurait été suivi dans ce désistement par d’autres cadres notamment la Dg de nationalité française Sophie Julie Rolland. Il est même allé plus loin en soulignant que le goaléador camerounais avait refusé de convoquer le Conseil d’administration de cette instance. Pour M. Foumbi Kamdem, cette affaire est une dette commerciale dont il ne saurait répondre intuitu persona, parce que les dettes ont été contractées au nom de la personne morale qu’est Hope Finance et dont l’acte d’emprunt a été signé par Patrick Mboma.

Escroquerie

Un crime n’étant jamais parfait, il s’est fait prendre à son propre jeu. Parce que selon des informations exclusives, il est plutôt incarcéré dans les cellules infectes de la prison de Newbell dans le cadre de l’affaire qui l’oppose à Dieudonné Kengoum Bouketcha. C’est cet opérateur économique qui, plus de 18 mois après la promesse à lui faite et la réalisation de son engagement, et voyant que la cession des actions comme promis par M. Foumbi n’est jamais intervenue, a entrepris de se faire justice. En effet, lorsqu’il avait eu conscience de ce que la proposition d’investissement qui lui avait été faite par M. Foumbi Kamdem ne pouvait aboutir, il a entrepris à travers des appels téléphoniques et des correspondances des demandes amiables de remboursement. Malheureusement pour lui, toutes ces démarches sont restées vaines. C’est ainsi qu’il va mener d’intenses investigations. Aussi, s’était-il malheureusement rendu compte de ce que M. FOUMBI avait jeté son dévolu sur lui et avait mis tout en œuvre pour le dépouiller de sa fortune. Pire, il réalise au passage que les victimes se comptent par dizaines.

Constat

La réalité des faits laisse transparaître que M. Kengoum Bouketcha n’a jamais été admis au sein du Groupe Hope Finance comme actionnaire et à ce jour, M. Foumbi ne lui a jamais présenté, un seul procès-verbal d’assemblée générale qui justifierait de l’augmentation du capital social de Hope Finance, ni même la preuve selon laquelle la somme totale de 65.500.000 de Fcfa qu’il lui avait versée en main propre à sa demande, a été reversée dans les comptes de cette structure. A en croire nos sources, M. Foumbi Kamdem aurait utilisé ces fonds pour son propre compte et à titre personnel. Les investigations de la justice rétabliront la réalité de l’utilisation des importantes sommes d’argent reçues. On peut donc croire que cette série de machinations montées de toute pièce, n’avait qu’une seule finalité : arnaquer le plus possible de Camerounais, vedettes du sport, médecins de renom exerçant en France et des jeunes opérateurs économiques soucieux d’investir afin de générer des emplois dans un contexte où l’accès à l’emploi n’est pas aisé.

Stratégies

M. Foumbi Kamdem, dans sa volonté inébranlable de se faire de l’argent sur le dos de paisibles citoyens, a tenté ce qu’on était loin d’imaginer. Une fois la caisse pleine, il suffisait de faire disparaître la structure initiale, au profit d’une seconde pour taire toutes les revendications sociales. La raison sociale ne devait pas trop s’écarter de la première afin de recouvrer les importants marchés glanés cà et là dans les hautes sphères de l’Etat. C’est ainsi qu’il a substitué Hope Service à Hope Finance pour brouiller les cartes et confirmer la ruine des victimes. Hope Service SA Cameroun a été crée en 2011 avec comme seul actionnaire Hope Service Delaware, situé aux Etats-unis d’Amérique, paradis fiscal réputé pour le blanchiment et les affaires occultes, créé par M. Foumbi Kamdem considéré également à ce jour comme seul actionnaire. Ce dernier, usant toujours de ses manœuvres machiavéliques, a détourné au concerné la somme de 19.750.000 de Fcfa que sa victime a versée le 17 juin 2009 à travers le système de transfert d’argent mis en place par Hope Finance Cameroun. De l’argent qu’il devait récupérer à son arrivée à Paris.

Pourtant à ce jour, il n’a pu fort curieusement rentrer en possession de cet argent, ceci sans aucune explication. Ce qu’il a appris plus tard, c’est que cette structure n’a jamais eu d’agrément pour les transferts d’argent. Partant, il ne pouvait se retourner que contre son spoliateur, l’escroc de haut vol FOUMBI. Selon des sources de ce dossier, M. Foumbi Kamdem s’est rendu coupable de : l’encaissement dans la clandestinité des apports de M. Bouketcha sans en informer son coassocié, du montage de Hope Finance Cameroun aux contours des plus flous, de la remise d’un reçu de souscription d’actions n’ayant aucune valeur juridique, de la mise en place des stratégies devant induire à la confusion du patrimoine du Groupe Hope Finance et du sien.

Il s’est également rendu coupable du montage des structures de transfert dépourvues de tout agrément, du gel de transfert de 20 millions, de la substitution de Hope Finance en Hope Service au mépris des dispositions légales et réglementaires, pour ne citer que cela. Compte tenu de ce que les faits ainsi commis par Foumbi Kamdem sont constitutifs d’escroquerie aggravée pour avoir soutiré au plaignant la somme de 65 500 000 Fcfa en lui faisant croire que celle-ci servirait de souscription aux actions de la société Hope Finance, alors même que cet argent perçu personnellement par lui n’a servi qu’à ses intérêts personnels et d’abus de confiance et de détournement de fonds en mettant en place une structure de transfert dépourvu d’agrément, ce qui a consisté à lui détourner la somme de 20 millions de Fcfa y compris frais de transfert , M. Bouketcha a fait appel aux juridictions camerounaises afin que celles-ci le rétablissent dans ses droits, en procédant à une stricte application de la loi. FOUMBI a encaissé 12 millions à titre de caution pour l’ouverture d’une agence de transfert à Douala, avant de refermer celle-ci moins de six mois plus tard, une fois les sommes encaissées.

Tous les équipements de l’agence ont été confisqués. Le préjudice a été évalué à 21 millions de francs CFA Le préjudice direct souffert par Monsieur KENGOUM s’élève ainsi à plus de 100 millions de francs CFA au principal, auquel il convient d’ajouter les fréquents déplacements en France et les frais de procédure du dossier. Las d’attendre, Monsieur KENGOUM a saisi la Police Judiciaire du littoral d’une plainte.

C’est d’ailleurs dans le cadre de cette procédure qu’il a été interpelé le vendredi 10 mai 2013 alors qu’il tentait, depuis l’Aéroport International de Douala, de regagner sa résidence en France.

En attendant, l’ouverture de son procès le 12 juin prochain, il médite sur son sort dans les cellules infestées et froides de la prison centrale de Newbell. Avec assurance, il croit dur comme fer qu’il s’en sortira, quitte à mettre à contribution son volumineux carnet d’adresses et d’autres moyens mafieux. Il est également question d’un marché de plus d’un milliard avec l’Administration encaissé, et dont les contours sont des plus opaques. Le Cameroun est-il devenu le refuge des malfrats et des escrocs de tout acabit ? La question est sur toutes les lèvres. L’affaire ne fait que commencer et n’a pas encore révélé les facettes de ce délinquant de haut vol en col blanc, spécialiste des éléphants blancs.

Une enquête de Lambert Fotso

© Lambert Fotso | Cameroun-info.net

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