Cameroun - Adoubement - Rétablissement des institutions: Pourquoi Paul Biya n’est parti au Mali ?

Le Chef de l’Etat camerounais était le grand absent de la cérémonie d’investiture du nouveau président de la République du Mali.

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Pourtant, ce n’est pas faute de ses pairs d’Afrique d’avoir fait des démarches dans ce sens, Afin qu’il soit aux côtés de François Hollande qui a fait le déplacement de Bamako. Les relations entre François Hollande, le président de la République de France et Paul Biya, le président de la République du Cameroun serait à nouveau en froid. En tout cas, c’est ce que laisse entrevoir l’absence de Paul Biya à la cérémonie d’adoubement du nouveau président de la République du Mali, Ibrahim Boubacar Keita. Cette cérémonie constituait le volet «populaire», de l’investiture, qui consistait à saluer le rétablissement de l’ordre constitutionnel avec un président démocratiquement élu. Consacrant ainsi l’aboutissement d’une longue recherche de solution à une crise profonde qui a mis le Mali au bord de l’abîme.

Une crise profonde qui a été déclenche par le putsch mené par le capitaine Sanago et qui avait conduit au départ du président Amadou Toumani Touré, avant de produire une instabilité du pouvoir transitoire et à une partition du nord du Mali par des mouvements islamiques rebelles, ce qui a obligé l’armée française d’intervenir à la suite d’une sollicitation des dirigeants de la transition.Après avoir réussi à repousser une rébellion tenace qui n’a pas totalement été mise hors d’état de nuire, le processus du retour à une légitimité des institutions a été entrepris avec l’organisation des élections présidentielles. Ce qui a conduit à l’élection d’Ibrahim Boubacar Keita, élu le 11 août avec plus de 77% des voix au second tour de la présidentielle. Par la suite, il va prêter serment le 4 septembre mais il s'agissait de l'aspect «institutionnel de l'investiture».

Pour remercier la force africaine qui est intervenu aux côtés de l’armée française pour pacifier le Nord du Mali occupé par les Djihadistes, une cérémonie d’adoubement a été organisée hier, jeudi 19 septembre 2013 au stade du 26 mars de Bamako. Elle a connu une mobilisation des chefs d’Etat parmi les plus influents de l’espace francophone en Afrique. Ils s’y sont allés adouber leur nouvel homologue aux côtés de leur parrain français, François Hollande. On comptait parmi les chefs d’Etat africains, Idriss Deby du Tchad, président en exercice de la Cemac ; Alassane Ouattara, de la Côte d’Ivoire, président en exercice de la Cedao ; le Roi du Maroc, Mohammed VI… Mais aussi des délégations conduites par des personnalités de plusieurs autres pays, dont la Turquie, le Qatar, l'Iran, la Russie, les États-Unis, ainsi que des organisations internationales. Le grand absent a été le président de la République du Cameroun, Paul Biya. Une absence aussi remarquée et incompréhensible à première vue, lorsqu’on sait que c’est pour les présidents africains qui ont fait le déplacement une opportunité de se faire recevoir en audience par le Chef d’Etat français. Lorsqu’on sait ce que représente historiquement la France pour les pays africains de l’espace Francophone, et dans les relations diplomatiques, c’est des instants que les présidents africains concernés ne s’empêchent de capitaliser sur le plan politique aussi à l’interne que dans ses relations extérieures. Mais aussi pour régler quelques zones d’ombre qui couvrent d’une brume épaisse les rapports de coopération multilatérale entre la France et les différentes sous-régions ou ses pays globalement ; mais aussi bilatérale entre ces pays africains et leurs tutelles françaises. On est à se demander comment, Paul Biya a pu laisser échapper une telle aubaine ? Lui qu’on dit n’avoir pas des relations sereine avec le régime socialiste au pouvoir en France. Actuel maître de céans de L’Elysée.

Qui joue à qui perd gagne

Pour preuve depuis, l’arrivée de François Hollande au pouvoir en France, il n’a jamais daigne effectuer une visite officielle de travail au Cameroun ou de recevoir Paul Biya Dans le même cadre. Le régime socialiste français reprocherait au Chef de l’Etat du Cameroun d’être politiquement fourbe et taciturne. Ne donnant aucune lisibilité sur la conduite des affaires de son pays. Une situation caractérisée par une lenteur sans pareil dans la mise en place des institutions prévues dans la constitution et surtout susceptible de garantir une transition pacifique constitutionnelle. A cela s’ajoute des promesses non tenues le respect des droits humains et notamment sur la situation critique des ressortissants Français en délicatesse avec la justice dans des détentions qu’on assimile à tort au à raison à des détentions politiques.

A contrario, la France a décidé lui mettre la pression. Ce serait pourquoi, face aux multiples démarches de ses pairs dirigeants en exercice de la Cemac et de la Cedeao, qui espérait en profiter pour tabler sur la crise centrafricaine. On apprend que le Chef d’Etat Camerounais a conditionné son déplacement pour le Mali par l’obtention d’une audience que devrait lui accorder François Hollande pour finaliser les nombreux dossiers en instance. A l’instar pour le président Biya de se faire recevoir en instance à L’Elysée.

La libération des enveloppes accordées par l’Afd pour le financement des projets structurants qui sont bloqués au Quai d’Orsay. Et en échange pour la France, la reconquête de sa position de leader dans les échanges commerciaux et de l’exécution des marchés. Malheureusement cette conditionnalité du président Paul Biya n’a pas été accédée. Ce qui témoigne des relations diplomatiques encore très tendues entre Paul Biya, sexagénaire et François hollande quingénaire. Un conflit de générations.

© Mathieu Nathanaël Njog | Aurore Plus

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