Allemagne-Cameroun,Le Kongossa de "Mbeng": c'est vraiment le grand frère! Ces hommes qui ont défié les femmes

S´il y a un mot emprunté d´une langue nationale et qui est aussi répandu, c’est le "Kongossa", alors version camerounaise du commérage.

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Les générations se succèdent, les années s´égrainent et le Kongossa n´a pas perdu de sa réputation. Pour mesurer sa dimension socio-culturelle, il faut juste faire le tour de la musique populaire, de la littérature ou du cinéma sans oublier son champ lexical qui comprend entre autres la médisance, la jalousie, la mauvaise foi, le mauvais cœur, la calomnie, la diffamation, le dénigrement...

Et la communauté de ses fans va crescendo. Jadis considéré comme l´apanage des femmes, le Kongossa semble avoir conquis entre temps les cœurs des hommes. Qu´on déteste ou qu´on aime le commérage, il reflète les rapports interpersonnels et semble être la chose la mieux partagée chez les individus. C´est en faisant par exemple les tresses qu´on apprend que la copine absente vient d´avoir un nouveau copain. C´est lors des courses au marché qu´on crache sur la réussite de la belle-sœur absente. Pour faire passer le temps et tuer l´ennui, on met sur le tapis la richesse du cousin qu´on maudit et taxe de cupide.

De leur côté, les hommes s´échangent sur leurs conquêtes réelles ou imaginaires. À défaut de conquérir la femme du voisin, on préfère la présenter à ses amis comme sa nouvelle maîtresse, quitte à porter préjudice au foyer de cette dernière. Le Kongossa qui caractérise les communautés humaines, voyage avec l´homme, prend les couleurs de sa nouvelle terre d´accueil et use des nouveaux médias pour dynamiser, animer ou nuire les rapports humains. C´est ainsi que constate un compatriote: «Le Kongossa de Mbeng, c´est vraiment le grand frère».

D´aucuns pensent que l´installation à l´étranger avec ses nombreuses mutations et une nécessité poussée de la solidarité, devraient contribuer à amoindrir les commérages. Or tel n´est pas forcément le cas, à en croire notre compatriote qui s´inquiète de l´atmosphère morose engendrée par le Kongossa entre les compatriotes d´une cité estudiantine. Si beaucoup de Mbenguistes se plaignent du stress, certains ne manquent pas non plus le temps pour passer au peigne fin de la médisance, la vie, les déboires et les prouesses, les échecs et les réussites des autres. Malgré le facteur distance, l´Internet et le téléphone dont les coûts diminuent au fil des ans, contribuent à un rapprochement des expatriés des quatre coins du monde.

Une communication croissante qui ne s´opère pas sans engendrer d´effets néfastes sur les rapports humains, le Kongossa occupant une place de taille dans cet échange. Transporté par le "téléphone arabe", un message à l´origine personnel et secret prend quelques minutes pour faire le tour du monde, revient chez son expéditeur étant estropié. Tentant d´infirmer l´information, le principal concerné envenime encore la situation, crée d´autres quiproquos et c´est ainsi que le compte à rebours des rancunes reprend son cours. Si le Kongossa est un des facteurs gangrénant les rapports entre les compatriotes, la question fondamentale n´est pas celle de savoir s´il est l´apanage de notre communauté ou pas, mais plutôt de savoir jusqu´où nous pouvons donner libre cours à nos envies, jalousies, à notre oisiveté au point de porter préjudice à l´existence d´autrui lorsque nous le plaçons à tort au centre de nos conversations et préoccupations.

© Camer.be : Florence TSAGUÉ

Commentaires (1)

1. D.Marie 11/09/2013

Heureusement le Kongossa ne tue pas mais chacun est juge et partie. On kongossa ur les autres mais quand on entend les mêmes histoires sur soi, on se fâche ou on se rejouit d´être au centre!
Que ferait-on sans le kongossa?

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Date de dernière mise à jour : 25/08/2013