Affaire des Faux comptes bancaires: La Police Judiciaire française désavoue Dooh Collins

Francis Dooh Collins va repasser à la Police Judiciaire pour de plus amples explications sur les faux comptes bancaires de l’Opération Epervier.

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Le Procureur Général du Tribunal Criminel Spécial vient de verser un nouvel élément dans ce dossier qui, d’après Emile Zéphyrin Nsoga, nécessite une nouvelle audition de l’expert financier. Il s’agit de la réponse de la Sous-direction des Affaires Economiques et Financières de la Direction Centrale de la Police Judiciaire française. C’est un courrier daté du 27 juillet 2012, et qui conforte la thèse d’une manipulation du listing des comptes bancaires prétendument détenus par des dignitaires du régime en Europe, aux Etats-Unis et dans des paradis fiscaux.

Dans leur requête, les autorités judiciaires camerounaises avaient souhaité avoir des informations sur le compte bancaire logé au Crédit Mutuel, une banque française, et attribué à Emmanuel Ondo Ndong dans la «liste des milliardaires». Elles voulaient précisément les avoirs de ce compte, le «solde, ainsi que les principaux mouvements au crédit et au débit, depuis le 8 décembre 2000 jusqu’à ce jour». Mais aussi, la justice attendait des informations sur «les différents virements en provenance ou à destination de ce compte, ainsi que les bénéficiaires et les autres personnes concernées», et «l’existence d’autres comptes ouverts au nom ou sous le couvert de la personne concernée». Le cas échéant, la Police Judiciaire française devait indiquer aux autorités judiciaires camerounaises la procédure à engager en vue de bloquer les avoirs localisés dans les différents comptes. La réponse de la police judiciaire française est sans appel: «L’enquête a montré qu’aucun compte bancaire français recensé n’est associé à ce nom.

Le Crédit Mutuel indiquait qu’aucun compte n’existait dans son établissement au nom de Monsieur Ondo Ndong Emmanuel». Pourtant, dans la liste des «comptes ouverts au nom de certaines personnalités objet de poursuites judiciaires pour détournement de fonds publics», établie par Amadou Ali et Francis Dooh Collins, l’ex-Directeur Général du FEICOM est affublé d’un compte bancaire doté de 2,435 milliards. Selon la Police Judiciaire française, ce compte (Crédit Mutuel du Sud-Ouest) existe bel et bien, et a été ouvert le 28 janvier 2010 au nom de Maria Josette Hude. A cette date, Emmanuel Ondo Ndong était en prison depuis quatre ans. Ceux qui ont inscrit Ondo Ndong dans la «liste des milliardaires» le savaient, puisque le compte attribué à l’ex-DG du FEICOM apparaît sous le couvert de Marie Josette Hude.

De plus, le solde qui est affiché dans la liste Dooh Collins date du 31 décembre 2009, soit 28 jours avant la création même de ce compte. Sollicitée, la PJ française conclut que: «l’analyse des opérations sur ce compte n’a pas permis de découvrir des éléments susceptibles d’intéresser» les autorités judiciaires camerounaises. Ce nouvel élément appelle quelques observations sur la conduite de cette fameuse affaire des faux comptes bancaires. Notamment, il est intéressant de savoir pourquoi seul le cas Emmanuel Ondo Ndong fait aujourd’hui l’objet d’un traitement documenté qui nécessite une nouvelle audition de Dooh Collins.

En effet, plusieurs démentis ont été apportés à cette liste dès sa publication par l’Œil du Sahel. De plus, lors de l’audition de Dooh Collins le 8 mai dernier à la Police Judiciaire, il avait déjà été interpellé sur les cas de Ondo Ndong, Gilles Roger Belinga, ancien Directeur Général de la SIC, et Nguema Ondo, ancien Directeur Financier du FEICOM. Il est donc possible que la justice dispose à ce titre d’informations sur d’autres personnalités et ait choisi de les utiliser à son rythme. Il serait aussi intéressant de savoir à partir de quel moment les autorités judiciaires camerounaises ont commencé à émettre des doutes sur les comptes bancaires de la liste fournie au Gouvernement par Dooh Collins. En effet, c’est bien le 27 juillet 2012 que la Police Judiciaire française répond à une requête des autorités camerounaises datée du 1er avril 2011, c’est-à-dire bien longtemps avant que cette liste ne soit divulguée par la presse. Et bien avant l’entrée en fonction du Tribunal Criminel Spécial qui n’est intervenue que le 15 octobre 2012.

Des gens savaient-ils depuis longtemps que des faux comptes ont été attribués à des personnalités de ce régime et ont laissé faire? Pourquoi? N’est-il pas temps pour la justice de laver définitivement l’honneur des personnes injustement citées et de libérer celles dont l’incarcération ne dépend que de la présence de leur nom dans cette fameuse liste? La démarche des autorités judiciaires paraît elle-même bien curieuse, qui consiste à dresser d’abord une «liste des milliardaires» sur la base de fausses informations, mettre sous mandat de dépôt des présumés détourneurs de fonds publics et ensuite vérifier la véracité des informations ayant permis leur incarcération.

@L'oeil du Sahel

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