INQUIÉTUDE : SUR LES TRACES DE 15 ENFANTS ENLEVÉS À LA BRIQUETERIE

BriquetterieCe quartier de Yaoundé enregistre une série d’enlèvements de mineurs. Enquête sur ce phénomène qui a fini par créer une psychose.

Zainabou et son mari n’ont pas encore rejoint Bitam au Gabon, où ils vivent. Plus grave les deux conjoints sont mêmes malades. Zainabou, la trentaine, trouve de temps en temps la force pour se lever, et faire téter son nouveauné. Lorsque vous lui demandez si elle a les nouvelles de sa fille Hadiza, deux ans, disparue le 09 juillet 2014, elle vous considère, puis se fond en larmes. C’est sa mère, elle-même malade, qui parvient à entretenir les visiteurs. L’atmosphère dans cette maison située au quartier Briqueterie à Yaoundé est morose.

Comme un épais de voile de deuil enveloppe cette famille depuis cette fatidique 09 juillet 2014. Ce jour là, vers 13h, Hadiza, deux ans, venue avec sa mère de Bitam est enlevée alors qu’elle jouait avec des enfants de son âge juste derrière la maison. « Vers 13h, je l’ai cherchée pour la laver, et je ne la vois pas. Les enfants m’ont dit que quelqu’un est venu la prendre. Nous avons cherché partout. Nous ne l’avons pas vue. Je ne me sentais pas bien, surtout que je venais d’accoucher. Ma mère qui connait bien le quartier était à l’hôpital.

À son retour, elle a cherché, rien. Ma file est perdue », se rappelle Zainabou en pleurant. Son mari également en séjour au Cameroun n’en revient pas. Scandalisé, il tombe aussi malade. On en est là jusqu’à ce jour. Comme Hadiza, sept autres enfants dans le même quartier ont été enlevés, le même jour et dans les mêmes conditions pratiquement. En clair, huit enfants sont portés disparus le 09 juillet 2014 à la Briqueterie, au coeur de Yaoundé. Un quartier pourtant entouré d’une brigade de gendarmerie, d’un commissariat de sécurité publique, et même une école de police. La battue effectuée par les parents, puis par les populations dans le périmètre du quartier a été vaine.

Certains ont choisi de placarder des avis de recherche un peu partout dans le quartier. D’autres disent avoir informé les autorités sécuritaires. D’autres encore, résignés, ont accepté la réalité. Ils sont donc restés stoïques chez eux, implorant Dieu de les aider à retrouver l’enfant. Entre novembre 2013 et juillet 2014, 15 enfants, selon plusieurs sources, ont été enlevés. Aucun suspect arrêté, et la saignée continue. Dans ces disparitions, il y a une constante. Ces enfants ont l’âge qui varie entre deux et cinq ans. Ils sont enlevés en mi-journée. Le mode opératoire est le même. Il s’agit selon les témoignages des enfants, des hommes qui viennent munis soit des biscuits, soit des bonbons qu’ils proposent à ces enfants avant de les enlever.

D’autres témoignages évoquent de voitures noires à bord desquelles ces enfants sont emportés. Mais, il s’agit des témoignages des enfants qui ont assisté à ces enlèvements. Parfois ils se contredisent, en fonction de la personne qui les interroge. Seulement, ils répètent que lors de ces enlèvements, l’appas c’est toujours les bonbons. Tout s’arrête là. Le visage des ces bourreaux sont difficiles de dessiner par ces enfants. Mais au fait qui posent ces actes ? Au début de ces enlèvements, une femme avait été soupçonnée. Mais la thèse a été vite balayée lorsqu’il y a eu une nouvelle escalade. Certains parents disent avoir reçu des appels venant des ravisseurs, qui auraient promis ramené l’enfant à condition de payer des rançons. Cette piste n’a pas aussi prospéré.

Des appels fantaisistes, a-t-on fini par conclure. En ce moment donc, la piste privilégiée par plusieurs parents et autres habitants de la Briqueterie, est une filière de trafic d’enfants. « Je pense que ceux qui enlèvent ces enfants font partie d’un vaste réseau de trafic d’enfants. Et ceux qui le font ne sont pas des Camerounais », croit savoir une source qui semble bien connaître cette situation. Cette thèse prospère actuellement. Le nom d’un pays de l’Afrique de l’Ouest est même évoqué. Sur quoi porte cette accusation ?

Nos sources disent avoir observé des comportements « bizarres »des ces expatriés, et disent connaître leurs habitudes. Mais une autre voie est à explorer. Il y a un an, raconte nos sources, deux adolescentes ont été enlevées dans le quartier. Deux mois après, elles sont revenues maigries, mais vivantes. « Elles ont dit qu’elles on passé ces temps en brousse avec leur ravisseur, vers Obala. Profitant de la baisse de vigilance de leurs geôliers, ils ont fui. Quelqu’un leur a montré la route. Et de là, une voiture les a ramenées à la Briqueterie ». Histoire presque surréaliste, mais nos sources sont convaincues de sa véracité. Elles ajoutent que les filles disent avoir été enlevées de force par des hommes à bord d’un Land cruiser noir un soir à la Briqueterie.

Faut-il explorer cette éventualité pour les cas de ces 15 bambins ? Forcement. Mais qui peut donc voler au secours de ces familles éplorées ? Malgré la gravité de la situation, personne ne semble s’émouvoir. Du moins dans la sphère étatique. Une situation pourtant gravissime, eu égard au chiffre. Malheureusement, aucun membre du gouvernement n’a pris la parole pour dénoncer, ou condamner ces actes, encore moins demander l’ouverture d’une enquête minutieuse. Chose étonnante, la gendarmerie de Tsinga et le commissariat de Mokolo n’ont aucune maitrise du sujet. Ils expliquent que les parents n’ont pas porté plainte. C’est donc lors de notre passage dans ces services dans le cadre de cette enquête qu’ils ont été mis au courant.

Curieux non ? En tout cas, selon nos informations la brigade et le commissariat spécial de yaoundé 2ème ont fait une décente sur le terrain. « Le quartier là est difficile. Quand vous voulez interroger les parents, ils commencent à pleurer », avance, un policier proche de l ‘enquête. Justement la Briqueterie souffre d’un certain nombre de préjugés. Tantôt il est difficile, tantôt il est opaque et un foyer de désordre. Ces discours sont tenus curieusement par des personnalités insoupçonnables. Il est vrai, la Briqueterie est un quartier populeux. Et comme tout quartier populeux, il est susceptible d’héberger des hommes peu recommandables. Mais pour qui connaît la Briqueterie, ce quartier n’est pas homogène comme il est présenté par certains. C’est un quartier cosmopolite où habite l’échantillon de la couche sociale non pas seulement de l’ensemble du Cameroun, mais aussi de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Des détails importants à considérer pour mener une enquête fructueuse dans ce quartier qui bat le record de la promiscuité.

D’ailleurs selon certains de ses habitants, cette promiscuité serait à l’origine de cette insécurité grandissante. Dans tous les cas, les enfants de ce quartier n’ont pour air de jeu que les trottoirs qu’ils partagent ave passants, moto taximen, et depuis peu par leurs ravisseurs. Il n’est pas rare par exemple de voir des enfants courir dès la nuit tombée sur la chaussé. S’ils ne jouent pas au ballon, ils font du vélo. Lorsqu’ils le font, leurs cadets les poursuivent. C’est pendant ces jeux que les criminels tapis d’ans l’ombre tel l’épervier sautent sur ces innocents.

En attendant de trouver une solution à cette insécurité devenue chronique ici, les familles ne savent à quel saint se vouer. Une psychose généralisée s’empare du quartier. Les parents ont modifié le comportement de leurs enfants. Des prières sont organisées dans les moquées question d’implorer Allah de venir au secours.

© Le Jour : Younoussa Ben Moussa

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