MOTO-TAXI: Vols, viols, meurtres, trafics...

Autant de tares qui minent ce secteur d'activité sur lequel mise le Président de la République pour résorber le chômage.

Bien que comique, l'histoire d'un prélat célèbre au Cameroun remorqué sur une moto à Douala il y a quelques années a montré la place de ce moyen de transport dans notre société aujourd'hui. D'ailleurs, le prélat se rendait à son rendez-vous à bord de son véhicule lorsqu'un embouteillage monstre sur son parcours l'a obligé à emprunter le «benskin». Ce qui l'a aidé à rattraper le temps qu'il avait perdu sur le pont du Wouri. Il a certainement retrouvé les moins réalistes que lui au même endroit, attendant un quelconque miracle pour libérer la voie. Le rôle de la moto est indéniable de nos jours. Grâce à elle, ces localités qu'on ne pouvait rallier qu'à pied, pour des cas de force majeure, lorsqu’on a manqué l'unique voiture qui ne s'y rendait parfois qu'une fois par semaine, sont davantage fréquentées.

Dans les grandes métropoles, la moto est le moyen par lequel ceux qui habitent les périphéries arrivent chez eux. Dans certaines villes comme Maroua à l'extrême-Nord, elle reste le seul moyen de déplacement d'un coin pour un autre. Ce n'est pas Paul Biya qui ignorera la place de ces engins. Lui qui, dans son discours à la jeunesse le 10 février dernier, a reconnu l'apport du secteur des motos dans le développement du Cameroun. Un secteur qui a sa place dans la lutte contre le chômage et qui facilite les déplacements aux citoyens, a dit le Chef de l'Etat. Il n'a cependant pas manqué de déplorer la présence «des brebis galeuses» dans les rangs des conducteurs de motos. Dans l'opinion, l'on dit même que la proportion de l'ivraie dans ce milieu est plus importante que celle du bon grain.

Que penser d'autre, si l'on se réfère à la dernière actualité sociale; à Ntui dans le département du, Mbam et Kim, région-du Centre, une jeune fille âgée de 14 ans a été violée par un conducteur de moto qui la ramenait chez elle, à une quinzaine de kilomètres, au soir du 08 mars 2013. Au quartier Odza à Yaoundé la tentative d'enlèvement d'un enfant de huit ans par un conducteur de moto a été stoppée grâce à la vigilance d'un couple d’expatriés qui suivaient la scène du haut de leur résidence.

A côté de ces faits qu'on peut qualifier de moins graves dans notre contexte, il faut rappeler que 12 jeunes gens ont perdu la vie entre décembre 2012 et janvier 2013. Mimboman, un quartier de la capitale politique du Cameroun, où la moto dicte sa loi comme le mode de déplacement le plus répandu, s'identifie désormais par les «crimes rituels». C'est ici que les dépouilles mutilées des jeunes tués à Yaoundé ont été découvertes. Ces jeunes, comme ceux de l'Ouest, ont tous emprunté des motos pour se rendre soit au travail, à l'école ou chez un parent. Ils ne sont jamais arrivés à destination, ils ne sont pas non plus rentrés à leur lieu de départ.

Assainissement

Pourtant, on trouve des gens qui ont fait leur vie en menant cette activité. Honoré Manga, marié et père de quatre enfants en est une illustration. «Après mon Bepc, j'ai fait du petit commerce pendant trois ans. Grâce à l'argent que j'ai épargné, j'ai acheté une moto à 450.000 Fcfa. C'est cet engin qui m'a permis de verser la dot aux parents de ma femme, de me marier et d'envoyer mes enfants à l'école. J’ai aussi acheté un terrain et j'y ai bâti une maison que j'habite aujourd'hui», se vante-t-il. Choqué par les actes de criminalité attribués aux conducteurs de motos, il confie qu’il a accueilli le discours du Chef de l'Etat avec un grand espoir. Celui de voir enfin le blason de ce secteur incontournable redoré. Depuis le 1er mars se tiennent des réunions entre des représentants des syndicats de conducteurs de motos et les responsables des administrations intervenant dans ce secteur. Celle du 12 mars qu'a présidée le Ministre de la jeunesse, Pierre Ismaël Bindoung MKpwatt était la deuxième du genre.

Il est question, a expliqué le Minjec, de définir le cadre réglementaire du secteur d'activité des motos-taxis au Cameroun. Il est déjà envisagé le recensement systématique de tous les conducteurs d'engins à deux roues, l'attribution d'éléments d'identification, badges et chasubles, par exemple, leur formation, non seulement en conduite mais en civisme. Mais l'opinion s'interroge si les dispositions qui sortiront des réunions vont aider à améliorer l'exercice de cette activité? Des motos-taxis et des leaders syndicaux du secteur se plaignent de nombreuses taxes auxquelles ils sont soumis et des restrictions dans leur travail. Ils sont interdits de franchir certaines zones ce qui ne leur garantit pas des recettes consistantes.

source: mutations

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