Cameroun : un militant gay torturé à mort

Justice. Les ONG dénoncent l’inertie de Yaoundé dans la lutte contre les violences homophobes.

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Par M.H. Qui a tué Eric Lembembe, militant camerounais des droits des homosexuels ?

Ce journaliste de 33 ans qui collaborait avec Human Rights Watch (HRW) a été retrouvé torturé à mort à Yaoundé, lundi. D’après l’ONG, des amis sont allés à son domicile, faute de pouvoir le joindre, et ont trouvé «la porte d’entrée cadenassée de l’extérieur». La police l’a forcée. Selon HRW, Eric Lembembe, directeur exécutif de Camfaids, une organisation de défense des droits humains, «avait apparemment le cou et les pieds brisés, et son visage, ses mains et ses pieds avaient été brûlés avec un fer à repasser». «Voyous». Le 1er juillet, Eric Lembembe avait dénoncé une vague d’attaques contre des défenseurs des droits des personnes LGBTI (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres et intersexuels) : «Il n’y a aucun doute : des voyous antihomos prennent pour cible ceux qui soutiennent l’égalité des droits.»

En a-t-il été victime ? Rien ne permet de le dire. «Nous ne savons pas qui a tué Eric Lembembe, ni pourquoi, a estimé Neela Ghoshal, de HRW. Mais une chose est claire : le manquement total des autorités camerounaises à leur devoir d’endiguer les violences homophobes constitue pour leurs auteurs un encouragement à les poursuivre en étant assurés de l’impunité.»

Les attaques sont facilitées par l’hostilité à l’égard des homosexuels, dans un pays qui punit les «rapports sexuels avec une personne de son sexe». La police soutient que la loi ne vise que des personnes se livrant à des relations en public. Mais un rapport de HRW publié en mars, auquel Eric Lembembe a participé, démontre le contraire. «Lorsque deux jeunes personnes transgenres ont été arrêtées à Yaoundé, un juge a déclaré que leur choix de boisson - de la liqueur Bailey’s, que le juge a qualifiée de "boisson de femme" - constituait une preuve de leur homosexualité», rapporte HRW. Leur peine initiale - cinq ans de prison - a été annulée en appel. Dans une autre affaire, u n prévenu a été condamné pour avoir envoyé un texto à un autre homme, disant : «Je suis tombé amoureux de vous.» «Barbare».

La justice enquête-t-elle sérieusement sur la mort du militant ? Certains en doutent. Jeudi, deux avocates ont accusé la police de bâcler le travail. «Personne n’a relevé le moindre indice», a affirmé Me Alice Nkom à l’AFP. Selon Me Saskia Ditisheim, présidente de l’ONG Avocats sans frontières - Suisse, aucune autopsie n’a été effectuée. Dénonçant cet «assassinat barbare», le département d’Etat américain a exhorté mercredi le Cameroun à «diligenter sans délai une enquête approfondie». Côté français, le ministère des Affaires étrangères a demandé que «toute la lumière soit faite sur les circonstances de ce crime et que ses auteurs soient traduits en justice».

@AFP

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