Yaoundé-Nsimalen: L'autoroute de toutes les controverses

A peine lancé, le projet révulse des populations qui ne comprennent toujours pas sa pertinence en ces temps de pénurie d'eau et d'électricité.

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Le 22 mai dernier, le gouvernement lançait un projet de construction d'une autoroute Yaoundé-Nsimalen. Le projet n'était pourtant pas prévu dans le schéma directeur urbain de la ville. Qu'importe, une délégation interministérielle a fait une descente sur le tronçon de la section urbaine où va passer cette autoroute. Cette section est longue de 10 Km. Les Ministres de l'Habitat et du Développement urbain, des Travaux Publics, du Domaine et du Cadastre et des Affaires foncières et des Marchés publics se sont rendus sur le terrain. A cette délégation s'est joint, Gilbert Tsimi Evouna, le Délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé.

Plus de 154 milliards de FCFA à mobiliser

Après étude, cette section urbaine va ressembler au boulevard Jean-Paul II [axe du Palais des Congrès, ndIr]. Cette autoroute va prendre sa source à la station-service Mrs Ahala avec une adaptation sur l'échangeur inachevé de ce côté-là et va arriver au point de jonction du Boulevard Jean Paul II, en contrebas du Palais des Congrès, en passant, entre autres, par l'échangeur actuel de Mvan, le carrefour Nsam, Trois statues à Olézoa- Mvog Atan¬gana Mballa, la station-service Mrs de l'Ecole de police et de la sous-préfecture de Tsinga. Difficile à visualiser. La maquette de ce projet titanesque n'est pas encore prête car les études sont encore en cours. Cette autoroute sera construite sur un profil de 2 x 3 voies. Ces voies seront séparées par un terre-plein central et joncières de trottoirs.

La vitesse de référence sera alors de 60 Km/h. Pour réaliser cette grande route qui reliera Yaoundé à l'aéroport international de Nsimalen, pas moins de trois entreprises de travaux publics ont été retenues. Il s'agit de l'entreprise Synohydro qui va travailler sur le tronçon Ahala Carrefour Nsam-Trois Statues. Il est long de 5,8 km. La China Road and Bridge Corporation (Crbc) sur l'itinéraire OlybiaMess des Officiers-Poste centrale dont la longueur est de 1,9 km et Arab Contractors pour celui de Warda-Ecole de Police Carrefour sous-préfecture Tsinga, long de 2,1 km.

La réalisation de cette, section urbaine nécessite 67 milliards de francs Cfa. Lors de cette visite, Jean Claude Mbwentchou a assuré que les études de ce grand axe routier se feront en deux mois. Le chantier sera lancé aussitôt que ces études seront achevées. «Le tronçon devait démarrer en phase d'études d'abord dès le début de la semaine prochaine. Nous leur avons prescrit un chronogramme de deux mois pour boucler ces études. C'est-à-dire en fin juillet, début août. Nous comptons finaliser les documents techniques pour les approuver et donner, le cas échéant, l'ordre de service du démarrage des travaux en septembre», a déclaré le Minhdu.

A ce jour, ces entreprises sont déjà à pied d'œuvre sur leurs différentes sections. Mais le projet de construction ne se limite pas uniquement à la section urbaine. Le deuxième pan du projet, en rase campagne, va boucler la route. Celui-ci va relier Ahala à l'aéroport international de Nsimalen. Le coût des travaux de cette section s'élève b 84 milliards de francs Cfa. Pour l'heure, les études de la section en rase campagne sont encore en examen à la Direction des opérations du Minhdu. Après les deux mois d'études prescrit aux entreprises par le Minhdu, les travaux proprement dit, pourront commencer dès septembre prochain.

«Je marche avec mon cercueil»

Gilbert Tsimi Evouna, le délégué du gouvernement auprès de la Cuy n'a pas encore fini de démontrer aux habitants de Yaoundé qu'il n'a pas peur de la mort. En annonçant les déguerpissements au quartier Tsinga où une partie de cette autoroute doit passer, il s'attire de nouveau les foudres des riverains qui sont hostiles à l'idée de quitter leur quartier. Lors de la visite interministérielle, Gilbert Tsimi Evouna avait annoncé les couleurs. «Nous allons procéder à des déguerpissements sur le tronçon qui va suivre l'autoroute, telle que la Commission interministérielle vient de le confirmer. Il y aura évidemment des casses, mais aussi des indemnisations», a-t-il expliqué. Tout ce qui se trouve sur le côté gauche sera réduit en tas de gravats.

Depuis lors, les habitants concernés par ces déguerpissements ont perdu le sommeil et vivent dans l'anxiété. C'est le cas de cette tenancière d'une boutique de vêtements à Tsinga Dubaï. «Jusqu'à présent, on ne sait pas où on va être relogé? A combien on va être indemnisé? Et les travaux commencent dans deux mois. Ce n'est pas sérieux. Est-ce qu'il peut me garantir que j'aurai la même visibilité avec ma boutique? Je ne pense pas», dit-elle, l'air courroucé. Pour ce propriétaire d'immeuble, c'est la catastrophe. «Qu'est-ce qu'il a à faire passer sa route ici. Elle ne pouvait pas passer ailleurs? Il vient réduire en ruines un immeuble pour lequel je me suis battu toute la vie», se plaint ce dernier.

Cependant des questions demeurent. Pour un tel projet, deux mois d'études suffisent-ils? Yaoundé a-t-il vraiment besoin de cette autoroute lorsqu'on sait que le pays peine à offrir de l'eau et de l'électricité à sa population? D'où proviendront ces fonds colossaux pour lier Nsimalen à Yaoundé? Selon une source rencontrée à la Cuy, «On ne peut pas faire d'omelette sans casser d'œuf. La terre appartient avant tout à l'Etat. Si on veut être moderne, émergent un jour, ça passe par des sacrifices comme celui-là», se défend-elle. Pour Franck Mbakop, ingénieur des travaux publics, deux mois pour étudier la faisabilité de ce projet, c'est insuffisant. «Il faut que le sol soit stable partout. Là où il présente des discontinuités, il faut voir comment harmoniser le sol à ce niveau. Ça me parait trop court sauf si l'entreprise qui a le marché est habituée à faire ce travail», relève-t-il.

© Chrys Bissoué | Le Jour

Commentaires (1)

1. Isidore Baudouin 19/10/2013

Une bonne initiative à conduire jusqu'au bout. C'est progressivement que les choses sont visiblement faites (c'est déjà ça), et une réalisation vaut bien mieux que mille promesses.

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