Visite officielle de Paul Biya du Cameroun en France : Lettre du CCD à M. François Hollande, Président de la république française

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Monsieur le Président de la République, Dans le 58e des 60 engagements de celui qui était alors le candidat François Hollande, engagement repris dans le projet électoral du Parti socialiste, vous avez indiqué :

« Je développerai la relation de la France avec les pays de la rive sud de la Méditerranée sur la base d’un projet économique, démocratique et culturel.Je romprai avec la Françafrique en proposant une relation fondée sur l’égalité, la confiance et la solidarité. Je relancerai la Francophonie. »

Monsieur le Président de la République,

Depuis votre élection à la magistrature suprême, force est de constater que votre politique en Afrique n’apparaît pas encore comme une politique de rupture, bien qu’il vous reste quatre années de mandat.

Pourtant, votre 58è engagement a suscité tant d’espoir au sein de la population africaine en général, et camerounaise en particulier. Précisément, l’espoir qu’a suscité votre discours se mélange avec l’amertume de la mise en œuvre de la politique africaine, et il est révélateur à cet égard que la République ait accepté de recevoir les présidents de la République africains sans aucune légitimité, comme votre prédécesseur.

Paul BIYA fait partie de cette galaxie de chefs d’Etat illégitimes qui se maintiennent au pouvoir par la force dans tous les sens du terme. S’il est vrai qu’il existe entre la France et le Cameroun, des relations historiques de partenariat et de coopération, il n’en demeure pas moins que ce partenariat suggère, pour recevoir un chef d’Etat, une forte dose d’exigence démocratique que ne satisfait pas le président putatif de la République camerounaise.

Aussi, sommes-nous très surpris que vous ayez décidé de recevoir un chef de l’Etat qui, en trente-un ans au pouvoir, a appauvri le peuple camerounais avec un bilan inexistant dans tous les domaines.

1- Sur le plan institutionnel et politique

Il est constant que Monsieur BIYA, ne respecte pas les institutions du pays. Par exemple, pour se maintenir au pouvoir, il modifie à sa guise les institutions de la République et notamment la constitution.

En outre, les violations flagrantes des droits de l'homme sont récurrentes, et caractérisées notamment par les arrestations arbitraires, l’emprisonnement des opposants politiques, et une liberté de la presse bafouée.

Par ailleurs, il ne vous échappera pas que le système électoral camerounais est marqué du sceau d’un code électoral taillé sur mesure, pendant que la fraude électorale à grande échelle est érigée en système de gouvernance.

D’autre part, les gouvernements successifs de Monsieur BIYA ont instauré une justice à deux vitesses qui entretient l'impunité, nonobstant des évolutions dans la lutte contre la corruption, qui sous couvert d’une opération dite « épervier » n’a malheureusement pour seule ambition que d’éliminer des adversaires politiques aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de son propre camp politique.

2- Sur le plan économique et social

En effet, depuis son arrivée au pouvoir, et en dépit de périodes de croissances fortes grâce à l’exploitation des ressources naturelles, la détresse et la paupérisation des masses est visible à cause de détournements de fonds publics, du tribalisme et de la corruption. Pour preuve, jamais les populations n’ont récolté les fruits d’une croissance putative.

Par ailleurs, les populations camerounaises vivent dans une insécurité ambiante et quotidienne du fait du grand banditisme développé notamment par l’appui de l’autorité policière et militaire.

L’absence d'infrastructures routières et le manque d'eau potable, une éducation au rabais du fait d'un système éducatif déphasé et inopérant, des structures hospitalières en désuétude et détournées de leur noble vocation, à cause là encore des détournements de fonds publics.

Dans la plupart des pays aujourd’hui, dans un contexte de mondialisation, alors que l’on travaille au développement et à l’innovation technologique, les dirigeants camerounais ne pensent qu’au détournement de deniers publics, et n’offrent ainsi aucune perspective d’avenir à la jeunesse camerounaise.

Monsieur le Président de la République,

Compte tenu de ce qui précède, et convaincus que seule une volonté politique peut conduire à mettre sur pied des institutions et une constitution saines, nous réclamons – comme nous l’avons toujours fait avec une constance - la mise sur pied d'une commission électorale nationale indépendante (CENI) avant les prochaines échéances électorales afin de permettre à notre pays de se doter des hommes et des femmes issus du vote populaire, qui à leur tour se chargeront de jeter définitivement les bases de la construction d'un État de droit et de faire renaître l'espoir dont le peuple camerounais a tant besoin pour sa survie.

C’est à cette condition que vous rentrerez dans l’histoire, comme celui qui a facilité la démocratie au Cameroun.

À Paris, le 25 janvier 2013.

Le Président du CCD (Conseil des Camerounais de la Diaspora )

Robert WAFFO WANTO

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