Visite: Comment Adversaires et Partisans de Paul Biya préparent son séjour en France

PAUL BIYA EN France: Veillée d'armes pour une visite de travail

Rien d'important ne devrait déboucher du séjour hexagonal du chef de l'Etat, également attendu sur des sujets qui fâchent.

C’est l'ambassadeur du Cameroun en France, Lejeune Mbella Mbella, qui a mis un terme à la spéculation. Il a tenu, Jeudi dans les locaux de sa représentation, sise au 73, Rue d'Auteuil, dans le 16ème arrondissement de Paris, une conférence de presse destinée «à planter le décor de la rencontre annoncée» entre Paul Biya et François Hollande. Le président camerounais est attendu dans la capitale hexagonale dans quelques jours pour une «visite de travail et d’amitié», précise-t-il. Ce terme situe mieux l'importance protocolaire accordée à un séjour arraché à l'issue d'âpres négociations.

Le protocole français distingue en effet quatre catégories de visites: les visites d'Etat, les visites officielles, les visites de travail et les visites privées. Selon le ministère des Affaires étrangères de ce pays, le protocole propose le degré de classification de la visite qui est approuvé par la présidence de la République, et c'est de cette classification que découlent «l'organisation de la visite et le type d'honneurs qui seront rendus au visiteur étranger». Celle de Paul Biya se situant à l'avant-dernière marche de l'échelle, on peut donc imaginer qu'elle ne revêt pas, aux yeux des officiels français, le prestige et les enjeux que le président camerounais eût souhaité, lui qui devrait par auteurs être accueilli à l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle par le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Des sources diplomatiques, y compris côté camerounais, n'en attendent donc rien de spectaculaire en termes de déclarations fortes ou de signature d’accords.

A la date du 30 janvier 2013, jour également présenté comme celui du tête à tête entre Paul Biya et son homologue français François Hollande, le site de l'Elysée affichait encore, jeudi en mi-journée à la rubrique «agenda du président», une réunion de travail avec Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, Laurent Fabius, Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense et Jean-Marie Guehenno, président de la commission pour la rédaction d'un nouveau «livre blanc» sur la défense et la sécurité nationale.

Doléances

Mais déjà, la section France-nord du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), par la voix de son président, David Mvondo Mvondo, donne rendez-vous à ses compatriotes le 28 courant à 10h30 devant l'ambassade du Cameroun. Après avoir révélé qu'une rencontre est prévue entre Paul Biya et Henri de Raincourt, ministre français de la Coopération, il précise que le chef de l'Etat camerounais rencontrera également la diaspora qui lui présentera ses projets et doléances.

Autour de cette intense activité diplomatique ou de charme, devraient également se retrouver des opposants en exil et autres défenseurs des droits de l'homme à l'instar de Sos Racisme, bien décidés à manifester leur mécontentement quant a la conduite générale des affaires par le régime de Yaoundé, mais aussi en rapport avec la situation de certains détenus dans les prisons camerounaises. Il s'agit principalement des Franco-camerounais Lydienne Eyoum et Michel Thierry Atangana.

Les soutiens du dernier cité ont a cet effet mobilisé force lobbies en vue d'amener à sa libération, lui qui Amnesty International considère comme un «prisonnier en danger» et qu'eux-mêmes disent otage au pays de Paul Biya. Ainsi du Collectif national contre l'impunité au Cameroun (Cri), du Cercle belgo-africain pour la promotion humaine (Cebaph), du One Cameroon Movement (Ocm), du Mouvement de février 2008 (MF2008) et de la Fondation Moumié, qui dans une lettre conjointe au président français qualifient M. Biya de «piètre élève de la démocratie, qui fait obstruction à l'alternance ou dont les réélections contestées depuis son accession au pouvoir en 1982 sont sujettes à contestations».

Si, de manière concrète, l'arrivée de Paul Biya à Paris diverge selon des sources entre le 28 et le 29 janvier, les préparatifs, eux, se poursuivent sans désemparer à Yaoundé. Jeudi encore en mi-journée, le président de la République a, pendant une heure, reçu en audience l'ambassadeur de France au Cameroun, Bruno Gain. Au menu des entretiens, le point des préparatifs de son déplacement et, surtout, le tour d'horizon de la coopération France-Cameroun. Le volet économique et commercial de ces relations fera en effet l'objet, le 31 janvier prochain de 8h30 à 10h30, d'une rencontre entre Paul Biya, sa délégation et les entreprises françaises implantées au Cameroun ou celles souhaitant y développer leurs activités.

Organisée par le Mouvement des entre prises de France (Medef), cette réunion permettra aux interlocuteurs du Cameroun de s'informer de l'avancement des projets structurants, de l'évolution du cadre des affaires, des réformes à venir, des priorités du gouvernement en termes de développement économique y compris à l'échelle régionale, de réaffirmer leur volonté de participer au développement économique du pays et d'identifier les formes de partenariat adaptées, de présenter leurs projets et les conditions de là réussite, de faire part des éventuelles difficultés qu'elles peuvent rencontrer dans leur développement. Ces échanges avec les investisseurs français devraient, eux aussi, être placés sous le signe du ressentiment et de la dénonciation.

source: mutations

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