Sinistre: Questions autour des incendies au marché Congo

200 boutiques ont brûlé dans cet espace marchand dimanche. La récurrence des sinistres, le déploiement des secours suscitent des interrogations.

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La piste d'une main criminelle n'est pas à exclure. La surface consumée dimanche dernier au marché Congo s'apparente désormais à un vaste champ de ruine. Certains badauds ont tôt fait de comparer cette surface dévastée à un grand terrain de foot. Ce, lundi, au lendemain du sinistre survenu dans l'après-midi du 09 juin, des récupérateurs d'objets s'y affairent. Il y a du boulot. Morceaux de ferraille, clous, tout est passé au crible. Des morceaux de bois, des fourchettes sont utilisés pour effectuer la fouille dans les décombres. Les objets jugés récupérables sont remis dans un sac.

Trois jeunes filles s'activent à la recherche des accessoires pour le tricotage. Une femme adulte disparaît avec un sac rempli d'étoffes et de bobines de fil qu'elle va utiliser pour la couture. Un adolescent trame péniblement un sac rempli d'articles divers. Boris et son compagnon, eux, n'ont ciblé que les bois de chauffage. Les morceaux de bois calcinés sont rangés dans une brouette, que les deux garçons d'à peine quatorze ans, vont pousser jusqu'au domicile familial au camp Bertaut. Au même moment, les commerçants sinistrés s'efforcent de récupérer ce qui peut l'être. Rosine a tout perdu.

Elle se contente tout de même de planches devant servir comme bois de chauffage. Elle les range dans un pousse-pousse qu’un adulte conduit. «On ne bouge pas avec les débris; on les laisse ici et demain, on les transportera», lance Yves, aux prises avec d’autres commerçants. Certains sinistrés tentent de noyer leurs soucis en ingurgitant de la bière. La présence éclair du Délégué régional du Commerce pour le Littoral n'y fait rien.

Pourtant, Simon Omgba Belinga est descendu sur les décombres des commerces brûlés, ce lundi, pour apporter le réconfort du gouvernement aux propriétaires des quelque 200 commerces qui ont disparu dans les flammes. «C'est le Ministre du Commerce qui m'a envoyé pour voir la situation et lui rendre compte fidèlement de l'état des lieux, de l'esprit des commerçants et leur dire qu'il ne ménagera aucun effort à son niveau pour les accompagner dans cette triste et douloureuse situation. Il revient au Ministre de vous dire, le moment opportun, ce qu'il compte faire pour les commerçants sinistrés. Les commerçants sont des partenaires fiables et importants pour le Ministère du Commerce et je suis sûr que le Ministre ne ménagera aucun effort pour que leur situation connaisse une issue favorable», a déclaré le Délégué.

Main criminelle?

Le Délégué a promis d'organiser, dans les prochains jours, des séances de travail avec le syndicat des commerçants et avec le Président de leur association. Question de «voir ce qu'il y a lieu de faire». Les commerçants espèrent que cette fois-ci, les solutions seront définitives. «Pour que ça ne se répète plus, il est souhaitable que la Communauté urbaine prenne ses responsabilités, car ces incendies peuvent provenir d’une main criminelle», propose Etienne Tonfack, le Président de l'Association des menuisiers et tapissiers du marché Congo. Ses soupçons se fondent sur des éclats de voix entendus quelques jours (moins d'une semaine) avant la survenue de l'incendie de dimanche. Les disputent portaient sur le vieux problème de détermination de la portion appartenant aux privés et l’avenue Triomphal (domaine de l’Etat sur une largeur de 40 mètres).

Le Président du Syndicat des commerçants du marché Congo, Nsangou Mama, souhaite lui aussi que la Cud prenne ses responsabilités, et que cette «escalade judiciaire ne puisse pas affecter les commerçants, surtout ceux qui sont dans le domaine de l'Etat, et qui paient régulièrement leurs loyers et leurs quittances de 3000 FCFA», en plus d’autres frais plus onéreux payés aux «Pseudo-propriétaires» locataires d’une surface au marché Congo, Etienne Tonfack évoque, en plus de ce «sempiternel» conflit dont la Cud a été saisie depuis 2009, les problèmes de mauvais branchement qui se matérialisent par des câbles pendants.

«Les autorités doivent faciliter aux bailleurs, ceux qui ont des titres fonciers, l'obtention de permis pour construire des boutiques en matériaux définitifs. Nous avons déjà déposé des dossiers auprès des coopératives et des Banques» dit-il. En outre, les couloirs à l’intérieur ne sont pas bien tracés, toute chose qui rend l’accès difficile aux sapeurs-pompiers. Mais, selon des commerçants approchés, le mauvais accès au marché ne peut pas à lui seul justifier l'ampleur des dégâts observés à chaque incendie. «Ils ont une politique qui consiste à laisser que ça brûle avant d'intervenir.

La preuve, quand ils sont arrivés dimanche, ces sapeurs sont d'abord entrés dans le camp (de la gendarmerie,) où ils ont passé au moins cinq minutes avant de ressortir», déplore un menuisier. Lors du précédent incendie du marché Congo, des véhicules de sapeurs-pompiers ont été au centre de bien de curiosités. Certains se sont immobilisés pendant près d'une heure et demie au carrefour Idéal (à moins d'un kilomètre du lieu de l'incendie), où ils se ravitaillaient régulièrement.

Ça pète tous les jours

Dimanche, un autre commerçant sinistré reprochait aux soldats du feu de n'avoir pas su éviter l'embrasement d'un immeuble de quatre étages jouxtant l'épicentre de l'incendie. Au rez-de-chaussée de cet immeuble et dans la mezzanine, de précieuses pièces pour camions (radiateurs, filtres à eau et à air) étaient stockées. Elles ont toutes brûlé. Un locataire affirme que les étincelles surgissent de manière récurrente au marché Congo. «On risque des incendies dans ce marché tous les jours, mais comme il y a des gens au marché, on parvient toujours à les circonscrire», affirme-t-il.

© Théodora Tchopa | Le Jour

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Date de dernière mise à jour : 12/06/2013