Sénatoriales: Fotso Victor, Fru Ndi, Bello Bouba, Ndam Njoya... tous perdants

Certains sont octogénaires comme Fru Ndi. D'autres frôlent dangereusement le cap de 90 ans comme Fotso Victor. Ils auraient dû passer la main depuis. Quitter les choses avant que les choses ne les quittent.

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Mais dans ce pays où le mot démission est suicidaire, ils s'accrochent au pouvoir. Dans le désordre, il s'agit de Fotso Victor, milliardaire-Maire de Bandjoun, Bello Bouba, Ministre-Président de l'Undp, Adamou Ndam Njoya, leader incontesté de l'Udc et Ni John Fru Ndi, Président du Sdf. Mais pour ces quatre monstres sacrés de la politique camerounaise, après les sénatoriales, rien ne sera plus comme avant. Vont-ils tirer les leçons de leurs bavures et des déboires subséquents avant et après le vote? Vont-ils tenir compte des résultats acquis sur le terrain? Les consultations inédites du 14 avril ont laissé sur le carreau ces grosses légumes du landernau politique camerounais. Assommés, sans voix, dépités, presque anéantis par la tournure des événements, ils devraient à l'avenir, beaucoup plus se servir du rétroviseur que du pare-brise, pour nourrir leur réflexion sur leur destin lié à l'aventure multipartiste au Cameroun.

A Baschéo, Foumban, Bamenda et Bandjoun, on se pose des questions. Sur l'ensemble du territoire, on en rit et se gausse des déboires de ses hommes politiques qui se sont révélés sans épaisseur. Dans la diaspora, des voix s'élèvent déjà pour exiger des comptes à défaut de démission. A quelques jours de la fin de la campagne pour les sénatoriales, les événements ont pris un tournant inattendu à l'Ouest. En l'absence de la liste du Rdpc dans la compétition, Fotso Victor, en sa qualité de Président des communes et villes unies du Cameroun, section de l'Ouest, avait réuni le 3 avril dernier à sa résidence de Mbouo les Maires Rdpc de l'Ouest, pour un mot d'ordre inédit: «vote blanc»! Quelle différence y-a t-il entre les sénatoriales et la présidentielle de 1992, lorsque Biya déclara à Bafoussam que le Cameroun «se fera avec l'Ouest ou ne se fera pas» et qu'il reçut en retour 10% de suffrages valablement exprimés en sa faveur? Il était pourtant -fait rarissime- l'hôte de Fotso Victor qui prenait ainsi croyait-il du fait de sa fortune, le leadership de l'Ouest. Mais entre le peuple de l'Ouest et le régime, la méfiance s'était installée, ponctuée d'une danse compliquée du toucher et de l'esquive. Plus de 21 ans après une série de péripéties et de drames personnels du milliardaire, la querelle vient d'être enfin vidée.

Entre le mot d'ordre de vote blanc de Fotso et les instructions fermes du Rdpc de voter pour le Sdf, le Renouveau a enfin rabattu son caquet au milliardaire qui en faisait un peu trop, avec une joie non dissimulée de ses compatriotes de l'Ouest. Du coup, les langues se délient: un bulletin nul est sorti du bureau de vote de Pete-Bandjoun? Est-ce le message de mécontentement de celui qui porte le nom prestigieux de «Towagap Bigwon», c'est-à-dire « le chasseur qui attrape, dépièce et partage à son peuple? Fotso voulait partager les votes blancs contre espèces sonnantes et trébuchantes. Le Rdpc a dit non, en partageant espèces sonnantes et trébuchantes pour les votes en faveur de son nouveau protégé. Le milliardaire a perdu la bataille de l'Ouest et d'autres nuages s'amoncellent sur sa tête. Ces innombrables conflits fonciers avec les villages voisins comme Baleng et Kouhékong à Bafoussam....

Ndam Njoya, l'intellectuel monarchique

L'Union démocratique du Cameroun disposait d'un plus grand nombre de Conseillers municipaux dans le collège électoral de l'Ouest. Arithmétiquement, ils devaient rafler la mise. Mais convaincu qu'il était le mal-aimé de la classe politique toutes tendances confondues, surtout du Rdpc, craint par le Sdf, Ndam Njoya au dernier moment essaya de créer un courant de sympathie en direction du Président Biya qu'il méprise dans le privé. Le Président de l'Udc tenta aussi de négocier avec Fotso Victor pour s'assurer de la neutralité des électeurs du parti au pouvoir dans ce combat épique Udc-Sdf. Yaoundé préféra pactiser avec le diable d'hier que de laisser passer ce que le pouvoir considère officiellement selon Fame Ndongo, comme un parti 'départemental'. Surtout qu'en écartant l'Udc, le pouvoir enlevait du coup une épine au pied du Sultan; l'ennemi juré de son cousin. Voilà comment une compétition électorale devient le champ clos des batailles privées et des confrontations politico-tribales. Pour l'heure, Adamou Ndam Njoya a du plomb dans l'aile. Il va falloir qu'il descende de sa superbe intellectuelle, qu'il sorte du repli identitaire pour élargir sa base électorale, mais surtout, Ndam Njoya devra se battre contre la tentation monarchique, et donner à d'autres que son épouse et proches, les moyens de postuler à un mandat électoral. Mais faut-il le dire? L'heure de la relève a sonné pour n'importe lequel des cavaliers de l'apocalypse. Fotso comme Ndam, comme Fru Ndi, comme Bello Bouba...comme Biya?

Ayatollah de Baschéo

A quelques kilomètres de Garoua, le district de Baschéo retient son souffle. Déjà que leur notable n'était plus rien, mais que va-t-il devenir maintenant qu'il est laminé, victime de son alliance avec le Rdpc? Le rouleau compresseur n'est pas que judiciaire. Il est aussi douloureusement politique. Au vrai celui qui est né début 1947 à Baschéo, a grandi dans la cour de Ahidjo, est devenu membre du gouvernement, a été Premier Ministre de Biya, est devenu un exilé politique puis revenu au bercail, le voici leader de parti, à la tête de 68 Députés, excusez du peu! Car beaucoup d'eau a coulé sous le pont. D'intolérances en compromissions, le notable de Baschéo est désormais un homme seul dont la bouée de sauvetage est retenue par son «frère ennemi», Paul Biya.

Et c'est bien connu, l'inimitié est plus dans la famille qu'à l'extérieur. Les sénatoriales viennent de le démontrer. L'alliance Undp-Rdpc a volé en lambeau. Clairement, le Rdpc a trahi l'Undp. En politique, l'enfer vaut mieux que de partager le même toit avec un frère rancunier. Désormais Bello sait qui est le chef, qui est le faiseur de rois…. Avec la mort prochaine de son parti agonisant, la retraite a-t-elle sonné pour le tombeur de Samuel Eboua? Voici venu le temps de la réflexion et de la sagesse avec un axe Nord-Sud recrée entre l'Undp et le Mdp, Bello en moins....

© EDKING | Le Messager

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