Senatoriales 2013: Le scrutin de toutes les incertitudes

C’est ce dimanche que les conseillers municipaux vont voter les premiers sénateurs de l’Etat du Cameroun.

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Un scrutin qui, pour certains observateurs, a des allures d’une fête. Ce n’est pas parce qu’il se prépare sous de bons auspices, mais à cause des incertitudes qui pointent à l’horizon. « Ce n’est pas la fête qui compte, mais les lendemains… » nous enseigne une sagesse populaire.

Depuis la publication des premières listes par les formations politiques, on a entendu des vertes et des pas mûres. C’est de la chapelle du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) que sont parties les premières rafales d’une tempête qui met à rude épreuve les fondements même du parti au pouvoir. Le mécontentement est presque général dans les rangs. La base et même les conseillers électeurs ne semblent pas se reconnaître aux candidats que la hiérarchie du parti a sélectionnés. C’est par déférence qu’on parle de la hiérarchie du parti. Mais c’est le président national, M. Paul Biya qui est indexé. Depuis qu’il a annoncé la mise en place de la chambre haute de la représentation nationale, d’aucuns s’attendaient à la tenue des primaires en vue de la désignation des candidats à la candidature. Comme à l’accoutumée, la convocation du collège électoral est tombée comme un couperet et c’était à qui mieux mieux pour confectionner les listes que les instances des partis politiques allaient « corriger »et soumettre à Elecam. La Cour suprême, dans son rôle de Conseil constitutionnel allait, à son tour valider les listes devant compétir. Les « mauvaises » listes pour diverses raisons sont restées dans les poubelles. Privant les régions de l’Ouest et de l’Adamaoua par exemple de futurs sénateurs issus des rangs du parti au pouvoir. Tout comme le Littoral ne pourrra pas compter de sénateurs sortis au Sdf. On comprend dès lors les frustrations, les rancoeurs qui alimentent des querelles de clochers ici et là.

Ce dimanche 14 avril sera un jour spécial pour les Camerounais. Particulièrement pour les partis politiques engagés dans cette compétition. Mais quid de la campagne électorale ? Jusqu’à la veille de la clôture de cette dernière, on n’a pas vu les norias auxquelles sont habitués les Camerounais. Certes, le collège électoral ne compte pas des foules. Moins de onze mille électeurs appelés à voter 70 sénateurs. Sacs de riz, cartons de poissons et bière ne sont pas au rendez-vous. Ce sont des nantis qui vont élire des nantis. Même si les premiers réclament, malgré les consignes de la hiérarchie, que les seconds viennent les « voir ». Langage codé mais connu de tous. Même entre camarades d’un même parti « on se frotte le dos » réciproquement. Mais quand des listes entières sont écartées de la compétition, c’est des grincements de dents, des menaces de vote-sanction et que sais-je encore, qui se font entendre.

Nous venons de vivre une campagne faite par endroit des éclats de voix du genre « on a tous les moyens pour savoir qui a voté quoi… ». A ceux qui promettent d’acheter au prix fort les bulletins du Sdf par exemple Fru Ndi rétorque : « s’ils avaient confiance en vous, ils vous auraient donné cet argent-là avant que vous n’alliez voter.» En clair il s’agit de promesses fallacieuses traduisant la méfiance, la tromperie.

Dans le Wouri, les camarades électeurs du Rdpc trouvent déjà leurs camarades futurs sénateurs « arrogants » ; puisque présentés à l’électorat, ils n’ont pas lancé un seul appel du pied en direction de ce dernier. Ils se sont plutôt tournés vers la commission régionale pour adresser le mot de gratitude à leur « souverain créateur », Son Excellence Paul Biya. Naturel ! N’est-ce pas lui qui fait et défait les carrières et les positions sociales ? Il aura fallu que Laurent Esso leur rappelle : «montrez votre militantisme, soyez humbles. On dit souvent que le Rdpc est le principal adversaire du Rdpc.»

Dans notre livraison de mardi 9 avril Edking tirait un coup de semonce : ce comportement (celui des futurs sénateurs) est décrié par bon nombre de conseillers minicipaux du Wouri qui estiment que bien choisis par le sommet, donc par le président national, le comportement des futurs sénateurs frise l’arrogance. « Ils tirent cet arrongance du président national qui veut tout régenter, ignorant que la base existe. En désignant des personnalités à sa guise, il nous a privés du choix de nos représentants qui apparaissent comme parachutés et se comportent comme tels ». A l’instar d’autres régions où les coups de gueule se font entendre entre les grands électeurs, les déçus et les candidats, la tentative de révolte est grande. Douala envisage d’envoyer un message fort au président Biya : « nous y réfléchissons sérieusement. Nous n’allons pas écrire comme d’autres. Mais il est possible que si le comportement des futurs sénateurs demeure négatif, notre message sera de voter la liste adverse ou d’utiliser le bulletin nul. » Tempête dans un verre d’eau?

A l’Extrême-Nord, on a assisté à une passe d’armes verbale entre le député frondeur du Rdpc, Adama Modi et l’autre frustré des sénatoriales Cavaye Yeguié Djibril. Avec comme arbitre le vice-premier ministre Amadou Ali, chargé des relations avec les assemblées. A l’Ouest les élites sont accusées d’avoir exclu les Bamiléké du Sénat. Benjamin Zébazé, après analyse de la situation alambiquée qui prévaut dans cette région écrit dans Ouest-Littoral du 09 avril que « les affairistes » du Rdpc à l’Ouest se comportent de manière « déraisonnable et extravagante » …comme des fous » Tout semble revenu dans l’ordre depuis mercredi à l’Ouest. jean Nkuete, fils de la région et Sg du Rdpc est allé donner des consignes de vote en faveur du Sdf, semble-t-il, plus conciliant que l’Udc de Ndam Njoya qui a affiché sa dimension départementale. Pour ne pas dire tribale. Par contre dans l’Adamaoua, le Rdpc qui n’a pas de liste non plus dans cette région ne fait de fleur ni à son allié, l’Undp, ni au Sdf dont la lsite est conduite là-bas par le jeune frère d’un certain Issa Tchiroma Bakary. Voilà donc la campagne telle que nous l’avons vécue. Il n’est pas moins vrai que « nul ne peut atteindre l’aube sans passer par le chemin de la nuit » nous apprend un sage. Pourvu que l’aube soit radieuse. Et que les lendemains de ce scrutin soient sereins et paisibles. Pour que vive le Cameroun. Jacques Doo Bell/ Le Messager

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