Sénatoriales 2013: Après le scrutin : Fru Ndi se dit trahi pas les siens

Alors que le leader du Sdf accuse le coup d’un « mauvais résultat », le Rdpc jubile ce qu’il croit déjà être une victoire sur l’opposition locale.

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La mine est grave et particulièrement patibulaire à la résidence de John Fru Ndi à Ntarinkon en cette soirée de dimanche 14 avril. Et pour cause, les statistiques transmises par les équipes de terrain sont catastrophiques dans le Nord-Ouest, fief incontestable du leader du Social democratic front. Fru Ndi a été trahi par ses propres conseillers municipaux, électeurs aux sénatoriales. On identifie même une trentaine de traîtres Sdf qui ont « vendu » leur voix au Rdpc. On n’en revient pas à Ntarinkon. « Dans ta propre maison ? », « des ennemis dans la maison » lancent certains militants. L’histoire de « Juda » de la Bible se répète.

Le chairman du Sdf, John Fru Ndi ne décolère pas. La seule solution pour lui, c’est de se retirer. Et autour de 21h, il était déjà dans son lit. Les derniers visiteurs venus lui témoigner leur sympathie se retirent. Pas un seul mot à la presse. Lundi 15 avril 2013, des personnes compatissantes viennent partager la peine du leader du principal parti de l’opposition parlementaire. Certains inconditionnels maudissent les conseillers municipaux. Néanmoins, Fru Ndi se veut fair-play et lâche à ses visiteurs « j’ai toujours dit à M. Biya qui veut me réduire au Nord-ouest que j’ai une popularité nationale ». Et pour preuve, poursuit le chairman en guise de consolation « une trentaine de conseillers municipaux Rdpc dans la région du Sud ont voté la liste du Sdf. Dans le Centre, le Nord où je n’ai pas de conseillers certains ont voté pour le Sdf ».

Il se réjouit d’avoir remporté déjà 14 sièges dans l’Adamaoua et l’Ouest. A l’état-major du candidat Awanga Zacharia de la liste Rdpc, où s’est rendu Le Messager dimanche, on jubile « ce n’était pas facile d’avance même si on avait plus de grands électeurs Rdpc au départ ». Pour sa part Achidi Achu félicite le Sdf « ce sont mes frères et sœurs, nous n’avons pas de problème. M. Fru Ndi par coïncidence, c’est mon petit frère du même village. Quand il y a un deuil chez lui, je vais là-bas et quand il y a un deuil chez moi, il ne peut pas s’absenter. Quand il y a une fête chez lui, c’est une fête de famille. Ça n’a rien à voir avec nos différences politiques. Nous sommes en paix».

Deux partis deux stratégies

John Fru Ndi, avait choisi la stratégie des meetings populaires pour battre campagne dans la région du Nord-ouest. Par contre le Rdpc avait opté pour la rencontre en aparté des conseillers municipaux de leur parti. C’est ainsi lorsque le chairman était à Misaje et Ako, deux communes Rdpc du département du Donga Mantung lundi 8 avril, pour un meeting populaire, le premier ministre Philémon Yang rencontrait au même moment à Nkambe (chef-lieu du même département) tous les grands électeurs Rdpc de Ako, Misaje et Nwa. John Fru Ndi est parti de Misaje et Ako sans rencontrer le moindre conseiller municipal. Pareil à Nwa mardi 9 avril. Toujours est-il qu’on apprendra de sources introduites que le premier ministre et sa suite avaient distribué 100. 000 FCfa à chacun des conseillers Rdpc, avec la ferme instruction que ces derniers accordent leurs votes à la liste Rdpc. La même stratégie initiée à Nkambe s’est poursuivie à Wum dans le département de la Menchum, à Mbengwi dans le chef-lieu du département de la Momo, à Bali ; seule commune Rdpc de la Mezam et à Ndop dans le département du Ngoketunjia.

Aussi, le Rdpc a utilisé la tactique de la « mise en cage » de ses conseillers municipaux pour mieux les contrôler. Par exemple, les conseillers municipaux Rdpc de Nwa, Ako et Misaje ont logé de vendredi à dimanche respectivement chez Shey Jones Yembe, Ngafeeson Emmanuel Bantar à Mbiyeh, Tamfu Simon à Taku et chez Ngala Gerald. Tous ces grands électeurs Rdpc étaien mis aux petits soins. Interpellé sur les allégations de corruption des électeurs par l’élite Rdpc du Nord-Ouest, Achidi Achu a laissé entendre que « le Rdpc n’est pas si riche pour distribuer l’argent partout. Tout ce que j’ai reçu du comité central c’était 200 mille francs ». Et de s’interroger « si je voulais distribuer 200 mille, j’allais donner à combien de personnes pour me voter ? » Et de conclure que « ce ne sont que des allégations. S’ils savaient que c’est vrai, ils allaient le dénoncer avant les élections. Vous savez, après les élections, on peut dire n’importe quoi».

@Donat SUFFO | Le Messager

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