RETARD PRÉJUDICIABLE POUR LES LIONS

51Décidément, les (mauvaises) habitudes ont la peau dure ! C’est lundi au petit matin, à 5h49 exactement, que le vol spécial, transportant les Lions indomptables au mondial brésilien, a décollé de l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen. Soit avec près de 24 heures de retard sur l’horaire initialement prévu. 24 heures de sit-in à marchander des primes, de quelque 56 millions de francs par joueur, finalement payées, rubis sur ongle, avant que les choses ne rentrent dans l’ordre.

Il va sans dire que cette parenthèse malheureuse, qui n’est pas à la gloire de notre pays et de son football, impose désormais trois boulets à traîner à notre sélection. Le moindre de ces boulets n’est sans doute pas l’atmosphère de défiance ainsi née au sein de la délégation. Le second étant un décalage horaire à digéré, additionné à la nuit blanche de dimanche à lundi et au stress des négociations.

Le troisième étant l’objet de la concentration des joueurs. A quatre jours de leur premier match, leur attention s’est sûrement déportée sur ces millions âprement marchandés. Leur gestion, les sollicitations des proches qui ont sans doute commencé à faire jour bien avant l’aéroport, ne vont-ils pas entraver la prestance de nos héros, comme ces danseurs de Zadig, décrits par l’écrivain français Voltaire ? Lesquels eurent peine à se mouvoir, après s’être compromis dans « le corridor de la tentation ».

Ce que l’on pourrait le plus déplorer, c’est que cette situation n’est pas nouvelle. Elle fut exactement la même en 2002, au départ de la coupe du monde Corée-Japon. Ce sont des Lions visiblement fatigués qui avaient été éliminés au premier tour, après 48 heures de sit-in à réclamer des primes à Paris. Or, cette génération des Lions-là, les matches de préparation contre de grandes équipes l’avaient montré, était créditée d’une demi-finale par les bookmakers.

Arrivés tard au Japon, ils avaient à se battre contre deux adversaires : l’équipe d’en face et la fatigue. C’est-à-dire eux-mêmes. C’est malheureusement le même constat que l’on peut faire aujourd’hui : le plus grand adversaire du Cameroun dans cette compétition mondiale se révèle être le Cameroun lui-même. Là où toutes les équipes en compétition mettent toutes leurs chances de leur côté, le Cameroun se comporte comme le mauvais ouvrier de la parabole des talents.

Le répertoire de la sagesse de nos ancêtres dit qu’ « il est stupide de tomber deux fois dans le même piège ». Faudrait-il se résoudre à croire que notre génération est stupide, que nous sommes incapables, au contraire des autres peuples, de tirer les leçons du passé, pour avancer ?

Dans ces turpitudes à répétition, il est sans doute erroné de chercher le coupable. Car les générations de joueurs se succèdent, les structures et les hommes encadrant le football changent, mais les mentalités et les pratiques demeurent statiques.

© Cameroon Tribune : MONDA BAKOA

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